La Ligue arabe en appelle aux Casques bleus : que peut l’ONU ?

La proposition était inscrite dans le communiqué final du 33e sommet de la Ligue arabe, au cours duquel ses 22 membres se sont réunis à Manama, à Bahreïn.

L’Orient Le Jour – Réunis à Bahreïn pour la 33e édition de leur sommet annuel, dominé cette année par des discussions sur la guerre à Gaza, les États membres de la Ligue arabe ont appelé jeudi au déploiement d’une force de protection et de maintien de la paix des Nations unies dans le territoire palestinien occupé, jusqu’à ce qu’une solution à deux États puisse être négociée. Un scénario crédible ? L’Orient Le Jour fait le point sur le processus nécessaire pour établir une telle mission et le rôle de ces gardiens de la paix.

Comment une mission se met-elle en place ?

• Lorsque les conditions de sécurité le permettent, le secrétariat général de l’ONU déploie une équipe pour évaluer la situation et les implications possibles d’une opération de la paix (OMP) dans le territoire concerné. Des conditions qui ne sont pour le moment pas réunies à Gaza, alors que les opérations de l’armée israélienne se poursuivent dans l’enclave. Après la remise d’un rapport au Conseil de sécurité présentant les options et les ressources nécessaires pour la création d’une telle mission, ce dernier – où les membres permanents tels que les États-Unis ont un droit de veto – doit adopter une résolution pour autoriser son déploiement, précisant le mandat, la taille et les tâches des gardiens de la paix dans ce cadre. La question du budget et des ressources doit ensuite être approuvée par l’Assemblée générale de l’ONU.

• Une OMP débute uniquement après que le secrétaire général de l’ONU nomme une équipe composée d’un commandant, un chef de police, des hauts fonctionnaires civils et un chef de mission chargé de planifier tous les aspects, politiques, militaires et opérationnels de l’opération – ses tâches variant d’un conflit à l’autre. Une OMP ne s’établit généralement sur un terrain qu’avec le consentement de l’ensemble des parties belligérantes concernées. Dans le cas présent, Israël et le Hamas devraient donc accepter d’avoir des soldats de la paix onusiens dans la bande de Gaza. Une perspective loin d’être garantie, alors que la question de l’avenir de la gouvernance dans l’enclave n’offre jusqu’à présent pas de convergence d’intérêts, une proposition israélo-américaine d’organiser une force d’interposition arabe dans la bande de Gaza ayant déjà été refusée.

• Les Casques bleus, qui constituent les troupes, sont finalement issus des forces armées de plusieurs pays et ne s’engagent pas dans les zones de combats. La fourniture en troupes de ces missions dépend par ailleurs intégralement de l’engagement individuel des États membres de l’ONU.

À quoi servent ces missions ?

• Les Casques bleus sont généralement chargés d’observer le cessez-le-feu, engager des opérations de désarmement, appuyer des opérations humanitaires ou soutenir un processus de paix. À ce titre, une mission de maintien de la paix avait été créée par le Conseil de sécurité en juillet 1987 et mise en place un an plus tard pour superviser l’application de l’accord de cessez-le-feu conclu en 1988 entre l’Iran et l’Irak, avant d’être dissoute en 1991 suite à la stabilisation des frontières.

• Si les OMP ont pour principal objectif de limiter l’escalade des tensions, certaines opérations peuvent recevoir un mandat élargi. On parle alors de missions de « rétablissement de la paix » ou « d’imposition de la paix ». Concernant les premières, ces mandats spécifiques permettent l’emploi de la force au niveau tactique, avec l’autorisation du Conseil de sécurité et le consentement du pays hôte ou des principales parties au conflit. En revanche, le consentement de ces derniers n’est pas une exigence pour les missions « d’imposition de la paix ». Ce fut le cas pendant la guerre d’indépendance croate, lorsque la mission de 1996-1998 connue sous le nom d’ATNUSO, avait reçu un mandat du Conseil de sécurité l’autorisant à « employer tous les moyens nécessaires » pour faire cesser les combats avec les rebelles serbes et protéger les civils. Cette mission a également été l’une des rares dans l’histoire des OMP à disposer d’un tel degré d’autonomie.

• En septembre dernier, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres avait toutefois appelé à réfléchir à l’avenir des opérations de maintien de la paix, soulignant leurs « limites ». Après des années implantées dans un pays, certaines missions peinent à faire valoir des résultats positifs, à l’image de la MONUSCO, la mission de maintien de la paix dans le nord-est de la République démocratique du Congo, où les populations sont toujours soumises aux dangers liés aux affrontements entre différents groupes armés.

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Tatiana KROTOFF

Source : L’Orient Le Jour (Liban)

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