Bocar Oumar BA à Initiatives News : « Ould Ghazwani n’est pas notre allié naturel.»

Vivant à Strasbourg depuis 20 ans, le philosophe et socio-anthropologue  Bocar Oumar BA est Secrétaire National Chargé de la Diaspora du parti AJD/MR.  Très tôt, au début des années 90, il a milité au sein des premiers mouvements et formations politiques tels que l’Alliance pour une Mauritanie Nouvelle (AMN),  le FDUC, l’Union des Forces Démocratiques (UFD), Action pour le Changement (AC) y compris l’organisation de défense des droits de l’homme, SOS-esclaves. Attentif à l’actualité politique du pays, ce cadre politique de l’opposition donne son point de vue sur la question des candidatures à la veille de la présidentielle de 2019 en Mauritanie. Il donne également sa lecture du discours du ministre de la défense, candidat à cette présidentielle. Entretien

 

Initiatives News : En Mauritanie, des médias ont relayé que l’AJD/MR, le MPR, le PLEJ et les FPC ont choisi Samba Thiam comme candidat à la Présidentielle de 2019. Vous avez démenti cette info dans un posting sur Facebook. Y a-t-il eu oui ou non une initiative dans ce sens ? 

Bocar Oumar BA : Comme je l’ai indiqué dans mon posting Facebook, le président Samba Thiam a toutes les qualités pour être un candidat de consensus pour notre mouvance. Mais il n’y a pas eu d’initiative. En tous cas pas de la part de la commission de travail  dans ce sens. Et ce pour la bonne et simple raison que le temps est encore à la concertation autour de l’idée d’une candidature unique d’abord. Quand viendra le temps du profilage, les candidatures des uns et des autres pourront être examinées avec d’autant plus de sérénité que nous aurons suffisamment éclairci l’horizon.

Initiatives News : Le temps joue-t-il en votre faveur, sachant que l’on est normalement à moins de 3 mois du scrutin ?

Bocar Oumar BA : Il est clair que n’étant pas les maitres des horloges le temps ne peut que jouer en notre défaveur ; surtout dans un pays où le pouvoir en place n’initie jamais de concertations avec l’opposition pour l’organisation des élections. Mais nous avons décidé d’y participer nonobstant cette unilatéralité, nous allons donc assumer cette difficulté.

Initiatives News: L’opposition n’a toujours pas désigné de candidat à la présidentielle. Est-ce pour cette raison que l’option d’une candidature est envisagée par l’AJD/MR, les FPC, le MPR et le PLEJ ?

Bocar Oumar BA : Je présume que vous voulez parler du FNDU …

Initiatives News : Oui, mais de façon plus large de l’alliance électorale, même si votre parti n’en est pas membre.

Bocar Oumar BA : Mais non ! Cela n’a rien à voir. Vous savez qu’à l’AJD/MR,  nous avons toujours fait de la participation aux élections une résolution. Nous n’avons jamais basé nos choix stratégiques sur ceux des autres partis ou coalitions. L’idée de cette candidature unique pour nos partis antisystème qui ont la question nationale comme préoccupation centrale, émane d’une lecture réaliste du contexte politique.

« L’appartenance ethnique des dirigeants des partis n’a de l’importance que pour ceux qui ont cet aspect comme unique grille de lecture politique. »

Nous tentons simplement de répondre à l’exigence d’unité exprimée par notre base, exigence  qui s’est accentuée depuis la fin des dernières élections. Vous voyez, nous sommes mus par d’autres préoccupations, et les autres partis d’opposition ont sans doute les leurs propres.

Initiatives News : Présenté sous un certain angle, n’y aurait-il pas un repli communautaire derrière une initiative qui engage des formations politiques dirigées par des personnalités issues d’une même ethnie ?

Bocar Oumar BA :   Je suis toujours étonné que ce type de débat ne soit engagé que lorsqu’il s’agit de partis dirigés par des noirs. On en oublie même qu’à l’intérieur de ces partis on retrouve toutes les communautés. Je crois que finalement un de nos grands combats en Mauritanie sera de réussir le droit à l’indifférence quand on est noir…

Par ailleurs je précise que nous autres n’avons jamais avancé cet argument chromatique pour nous présenter. Notre seule faute est d’avoir privilégié la concertation avec des formations qui partagent notre vision du pays. L’appartenance ethnique des dirigeants des partis n’a de l’importance que pour ceux qui ont cet aspect comme unique grille de lecture politique.

Initiatives News : Quelle lecture faites-vous du discours du candidat OuldGhazwani ?

Bocar Oumar BA : Monsieur Ould Ghazwani n’incarnera jamais la rupture que nous souhaitons de nos vœux. Son discours de candidature ne rompt pas avec la politique qu’il continue de défendre au sein du gouvernement en tant que ministre de la Défense.

« Je n’ai plus la force ni l’énergie d’accorder une quelconque présomption de bonne foi à ceux qui incarnent la continuité du système »

Nous pensons que la vraie alternative au système raciste et esclavagiste se trouve ailleurs que dans la candidature d’un militaire de plus, que nous croyons plus utile dans une caserne que dans un palais. Vous imaginez bien par conséquent que Ould Ghazwani n’est pas notre allié naturel.

Initiatives News : il a quand même  promis qu’au premier rang de ses préoccupations la multiplication des chances pour toute composante du peuple qui connût à travers son histoire une injustice économique ou sociale. N’est-ce pas plutôt rassurant ?

Bocar Oumar BA :   Le discours lénifiant d’un homme qui a fait partie d’un pouvoir qui, pendant 10 ans, a fait le choix de traiter nos questions avec une surdité condescendante ne m’émeut pas. Rien dans la rhétorique d’un candidat du système raciste et esclavagiste ne me rassure. Il a le droit d’avoir changé d’opinion, mais ce n’est guère au déclaratif qu’il m’en persuadera. Et je n’ai plus la force ni l’énergie d’accorder une quelconque présomption de bonne foi à ceux qui incarnent la continuité du système.

Recueillis par K-Tocka

Source : Initiatives News

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