Climat : un plan pour l’Afrique sur les rails

Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz attire l’attention de François Hollande sur le projet de Grande Muraille verte lancé en 2007 par l’Union africaine pour freiner la dégradation des terres sahéliennes.

L’Afrique repartira-t-elle enfin d’une négociation climatique avec des résultats concrets ? Mardi, au lendemain de l’ouverture de la 21e Conférence des Nations unies sur le climat (COP21), François Hollande réunira une vingtaine de chefs d’Etat africains et de bailleurs pour contribuer à mettre (ou remettre) sur les rails trois projets jugés prioritaires.

Grande Muraille verte, restauration du lac Tchad et Initiative africaine pour les énergies renouvelables : des engagements financiers de plusieurs milliards de dollars sont attendus. La France pourrait annoncer une enveloppe de 2 milliards de dollars (1,8 milliard d’euros) d’ici à 2020.

L’idée de pousser un plan spécifique pour l’Afrique à l’agenda de la COP21 a pris forme à Malte, au lendemain du sommet de La Valette sur les migrations, le 12 novembre. En marge de la rencontre qui réunit les Européens et une trentaine de pays africains, le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz attire l’attention de François Hollande sur le projet de Grande Muraille verte lancé en 2007 par l’Union africaine pour freiner la dégradation des terres sahéliennes. De son côté, le président tchadien Idriss Déby évoque la disparition progressive du lac Tchad comme l’une des causes majeures de déstabilisation de la région.

A moins de trois semaines de la conférence où doit être scellé le premier accord universel de lutte contre le réchauffement, le chef de l’Etat sait que l’Afrique attend des engagements concrets. C’est aussi à l’aune des décisions qui seront prises en faveur des plus vulnérables, et donc de l’Afrique, que l’équité de l’accord sera jugée.

Le continent, où deux tiers de la population n’a pas accès à l’énergie, est responsable de moins de 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais il subit déjà les effets du réchauffement.

Claire volonté de soutien

Pour autant, les 54 pays n’entendent plus se poser uniquement en victimes. Répondant à l’appel des Nations unies, ils ont presque tous déposé une contribution dans laquelle ils tracent leur avenir à l’horizon 2030. Certes, ils chiffrent à des centaines de milliards le coût de l’adaptation au changement climatique qu’ils devront supporter mais ils y affirment aussi leur volonté de réorienter leur développement vers des modèles sobres en carbone et ouvrent grand la porte aux énergies renouvelables.

L’Union africaine a élaboré sa propre feuille de route avec un premier rendez-vous en 2020, l’année précisément où doit entrer en vigueur le futur accord. Celui-ci est précis : doter de 10 gigawatts (GW) supplémentaires la capacité de production à partir d’énergies renouvelables. Son coût : entre 12 et 20 milliards de dollars (9,4 à 18,9 milliards d’euros) selon les technologies retenues.

Entre des projets concrets d’adaptation au changement climatique dans le Sahel et un programme d’électrification, les ingrédients sont là pour mobiliser les fonds des pays industrialisés et afficher une claire volonté de soutien à l’Afrique.

Le marathon commence. Les banques de développement multilatérales sont déjà convaincues. La Banque africaine de développement (BAD) est étroitement associée à l’Initiative africaine pour les énergies renouvelables, dont elle abriterait le secrétariat. La Banque mondiale s’apprête à lancer son Africa Climate Business Plan dont l’objectif sera de financer des projets d’adaptation dans les régions les plus fragiles. Le lac Tchad et le bassin du fleuve Niger sont déjà sur la liste. La France sait que le Fonds d’urgence pour l’Afrique de 1,8 milliard d’euros décidé à La Valette offre un nouveau guichet.

« Emergence d’économies sobres en carbone »

Les pays du G7 doivent aussi venir autour de la table. A Cologne, en juin, ils ont approuvé l’Initiative africaine sur les énergies renouvelables. L’Allemagne est la première pressentie. Elle serait prête à débloquer 2 milliards de dollars.

La Chine, qui a été invitée, devrait réserver ses annonces pour le sommet Chine-Afrique prévu les 4 et 5 décembre à Johannesburg. Souvent échaudés, les Africains, qui entendent ne pas jouer la négociation sur le banc de touche, attendent de voir avant d’applaudir. « On nous a beaucoup promis », rappelle un diplomate. Le souvenir de Copenhague, la dernière grande conférence sur le climat de 2009, reste vif. Même si, jusqu’à présent, chacun reconnaît que le processus de négociation a été mené de façon plus transparente.

Lire aussi : Laurent Fabius : « Le succès de la COP21 est à notre portée »

L’Afrique s’y est en tout cas mieux préparée. « L’Afrique ne peut plus être perçue comme un continent qui se lamente sur son sort. Elle fait des propositions, elle apporte des solutions », insiste Fatima Denton, directrice du Centre africain pour les politiques climatiques de la Commission économique pour l’Afrique des Nations unies. « Dans leur diversité, les pays africains sont unanimes sur plusieurs points. Le développement reste leur priorité. S’ils acceptent de prendre leur part dans la lutte contre le réchauffement, cela ne peut justifier qu’ils diffèrent ou sacrifient leur sécurité énergétique ou leurs projets d’industrialisation. Ils sont convaincus que l’Afrique peut jouer un rôle pionnier dans l’émergence d’économies sobres en carbone à condition de recevoir soutien financier et transfert de technologies. »

« L’Afrique ne peut plus être perçue comme un continent qui se lamente sur son sort », Fatima Denton, directrice du Centre africain pour les politiques climatiques (ONU)

Ce socle commun a permis de définir ce que l’Afrique attend de l’accord de Paris. Premièrement que les engagements de réduction de gaz à effet de serre visent à terme une hausse maximale des températures de 1,5 °C et non de 2 °C. Comme les petits Etats insulaires du Pacifique ou des Caraïbes, elle juge ce seuil trop élevé compte tenu de sa vulnérabilité. Deuxièmement, les Africains demandent une réorientation massive – et au minimum un doublement d’ici 2020 – des financements vers des projets d’adaptation.

Selon les chiffres de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), à peine 15 % de l’argent déboursé pour le climat par les pays industrialisés dans les pays en développement était consacré à l’adaptation en 2014. Au total, l’Afrique en a reçu une part infime. Enfin, que l’accord de Paris apporte un soutien concret au plan d’électrification du continent à travers l’Initiative africaine sur les énergies renouvelables. Les négociateurs africains recevront mardi une première réponse à leurs attentes.

Laurence Caramel

 

Source : Le Monde Afrique

 

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