Véhicules patriarches, état des routes, indiscipline: Accidents de la circulation

Les routes mauritaniennes continuent de charrier  leurs lots de morts. Après le drame de Nouadhibou qui a fait 5 morts le mois passé, c’était à Boutilimit, dernièrement, que la route a encore arraché la vie de 2 personnes. Les causes sont nombreuses : défectuosité des pneus, vitesse, indiscipline, stress, ignorance ou non respect du Code de la route.

Cette situation catastrophique a poussé le gouvernement, à réclamer des sanctions contre les fautifs. Biladi  a mené l’enquête.
C’est un après-midi, comme tous les autres. La capitale fourmille de monde. Des klaxons chantonnent à vos oreilles comme un essaim d’abeilles autour d’une ruche. Un piéton qui se faufile entre des rangées de voitures qui ne lui donnent aucune possibilité de traverser la route. Des « chauffards » qui se précipitent après un feu vert. Des chauffeurs de « car rapide » et de taxi, qui se donnent en algarade après un petit choc, sous les regards des lambins. C’est le quotidien du citoyen lambda.
Après une matinée de courses, Oumar  et ses collègues se retrouvent, chaque jour, devant  l’école justice, en face  de la maison du livre à la médina 3.  Leur siège, un hangar en bois, donne sur la rue. C’est aussi leur restaurant. Des taxis garés sont devant le local. Des groupuscules sont formés. Certains décortiquent l’actualité au moment où d’autres attendent d’être servis par une jeune dame. Dans la bâtisse, Oumar, habillé léger, du fait de la forte touffeur, est en pleine discussion avec la restauratrice. Abdou  est un chauffeur de taxi « jaune noir » et en même temps le responsable du parc, chargé de l’organisation.   Même s’il admet qu’il y a des brebis galeux dans la profession, M. Abdou  reste convaincu que les chauffeurs de taxi, taxés d’indisciplinés par la population, ont un « casier judiciaire » vierge.
« C’est vrai que certains peuvent attribuer cela à l’indiscipline, mais il faut reconnaître qu’un profane commet toujours des fautes. Les chauffeurs professionnels n’ont pas une telle attitude. En ce qui nous concerne, c’est rare de voir des cas d’accidents mortels », défend Abdou. Il estime qu’aucun chauffeur n’a nullement l’intention de tuer une mouche, à plus forte raison, un être humain. C’est pourquoi, conscient de la récurrence des accidents, M. Abdou appelle tous les acteurs du transport à se pencher ensemble sur les difficultés du secteur.

Situation précaire des chauffeurs

Dans un souci de défendre leurs intérêts, les chauffeurs de taxi forment des regroupements d’une vingtaine de membres dans chaque garage. Le regroupement des chauffeurs « garage de Rosso » en fait partie. À noter que la place de l’ancien garage de Rosso, situé à Riyad depuis plus de deux décennies a été attribué à des on ne sait qui, pour usage commercial. Le même garage se trouvant actuellement près du cimetière en face du four jaune.    Comme d’habitude, les chauffeurs se retrouvent à leur garage, se prélassent. D’autres prennent l’air sous un petit arbre. Samba vall et 2 autres de ses collègues prennent leur sieste sur une natte. Vêtu d’un grand boubou vert et d’un turban de même couleur, lunettes bien vissées, samba Vall, président dudit regroupement, ampute le problème au mauvais état des véhicules.
Il affirme que le manque à gagner pousse les transporteurs à mettre de côté l’entretien des voitures. « Il y a un défaut de visite. En plus, on doit réparer les routes, mettre les chauffeurs dans de bonnes conditions, d’autant que certains évoquent la situation de cette catégorie professionnelle », fustige M. Vall. A l’en croire, «beaucoup de chauffeurs sont gagnés par le stress. Même les chauffeurs des bus  dont on dit qu’ils sont dans de bonnes conditions, sont déjà au volant à 6 heures et ne descendent que la nuit. Il faut leur laisser un temps de repos », dit-il, suggérant que l’on mette 2 chauffeurs dans chaque voiture. Il s’y ajoute, poursuit M. Vall, que les jeunes chauffeurs « subissent la pression des agents préposés à la circulation ».
Toutefois, il n’a pas manqué d’inviter ses collègues à toujours se comporter comme s’ils passaient le permis de conduire.

Le tâtonnement abusif du versement

«Nous attendons de l’Etat qu’il change le parc automobile », lance Ely. Au garage de la polyclinique, l’activité bat son plein. Partout, des rabatteurs accueillent les potentiels clients. «Où allez-vous ? Pk, piqueuh, toujnine, Darnaim, Aravat ou carfour Madrid…. Venez, c’est par là», lancent-ils. Au hangar des regroupements de chauffeurs, certains conducteurs, apparemment harassés, se prélassent.  M. Ely abonde dans le même sens qu’Abdou. « Les véhicules sont vieux. Cela peut causer des accidents », argue-t-il, même s’il est d’avis qu’il y a « un manque d’éducation de ses frères de profession ». Mais, ajoute-t-il, le stress, le manque de sommeil, la fatigue, les mauvaises conditions de travail sont aussi des facteurs qui peuvent pousser à la dérive. « Imaginiez un chauffeur qui n’a fait aucune course toute la journée ! Cela veut dire qu’il ne fera pas de versement et risque d’être renvoyé», justifie-t-il. Son collègue, Bechir, met tout sur le compte de l’indiscipline. « Les mauvaises routes ne sont jamais à l’origine des accidents, car cela oblige les chauffeurs à rouler doucement. Mais, depuis qu’on a eu de bons tronçons, on assiste à des cas d’accidents très fréquents. Ils se laissent aller sur les routes. Voilà le problème », accuse le responsable du garage. Il exhorte alors à une bonne éducation des jeunes conducteurs et à un changement de comportements. Des arguments corroborés par Sidigh, chauffeur de Bus.
« Certains d’entre nous ne sont pas des références. Ils fument et boivent. Ils ne méritent aucun respect. Celui qui ne respecte pas les clients, ne mérite pas qu’on le respecte », fustige-t-il, tout en appelant les transporteurs à faire une visite technique régulière de leur véhicule.

La psychose gagne les passagers

Garage à l’arrêt des bus. En compagnie de ses 2 enfants, Néné Dia cherche un véhicule en partance pour Pk ou piqueuh. Pour cette femme, la vie de milliers de personnes est encore en danger. Car, explique Néné, « les chauffeurs se comportent mal au volant. Une fois dans les véhicules, on a l’impression qu’ils nous mènent en enfer. On est en danger permanent». De l’avis de certains passagers, les autorités devront prendre des mesures fermes et urgentes. Isselmou est marchand à la sauvette. Il réclame l’assainissement du  secteur du transporteur. « Les chauffeurs ne respectent plus le Code de la route. On roule comme on veut sans être inquiété par les agents de la circulation ». Pis, dénonce-t-il, « il y a toujours une surcharge, mais les policiers ferment les yeux sur ce problème. L’Etat n’attend qu’une tragédie pour agir ».
Awa, également passagère au même garage ne trouve pas de mot pour qualifier « l’indiscipline obvie » des chauffeurs. « Même sur les accotements, on n’est pas tranquille. Ils foncent sur les pauvres citoyens et on n’ose pas parler. Sinon, on risque d’être agressé par le conducteur et l’apprenti », se lamente-t-elle. Elle ajoute : « chaque jour, on assiste à des accidents. Des piétons, surtout les vieilles personnes, sont toujours écrasées par les conducteurs. Il faut arrêter cela ».

Auto-écoles: Le permis de conduire à tout prix

L’envie d’obtenir un permis de conduire est devenue une véritable préoccupation pour les mauritaniens. Ils sont prêts à injecter des sommes considérables dans les auto-écoles pour décrocher le précieux sésame. Le manque de contrôle et l’immixtion de quelques moniteurs inexpérimentés dans ce secteur en plein essor gangrènent le secteur.
Sur la grande piste qui entoure le  stade olympique, s’offre un décor pittoresque,  Une forte canicule.  Cet endroit animé et envahi par des marcheurs atteints de diabète. De l’autre côté, sont alignés des véhicules  de toutes marques. Quelques motocyclistes, des enfants en majorité, s’adonnent à des jeux de course moyennant  100 ouguiyas qu’ils versent aux propriétaires. Non loin de là, se trouve un petit périmètre aménagé. Il fait office de lieu pour  les cours d’auto-école.
Un moniteur, préférant garder l’anonymat,  explique les techniques de conduite aux candidats. Ces derniers, très attentifs aux consignes, sont sur le qui-vive. Ils expriment leur confiance quant à l’issue de l’épreuve. « J’avais fait les tests de conduite après un mois de cours consacré au code de la route », lance Halima Bâ, étudiante dans un institut privé de formation. « Les cours théoriques ont été bien assimilés durant la formation. J’ai réussi à l’examen de passage», affirme Mme Bâ. Interpellée sur ses motivations, elle explique que le permis de conduire est parfois exigé par les entreprises dans les dossiers de demande d’emploi.

La maîtrise du Code de conduite en question

Toutefois, M. xy au ministère du transport, tente d’expliquer la fréquence des accidents.
A son avis, la non maîtrise du Code de la route est à l’origine de tous ces drames sur les routes. « Nombreux sont les conducteurs détenant un permis de transport en commun, les poids lourds, qui occultent la formation théorique au départ », constate-t-il.
« Il ne faut pas que les personnes parlent du non respect du Code de la route, mais parler plutôt de méconnaissance de celui-ci », pour lui, il revient aux auto-écoles d’inculquer ces lois et règlements aux chauffeurs.
La prolifération des auto-écoles à Nouakchott doit pousser à s’interroger sur le profil du moniteur, voire les conditions d’ouverture des centres de formation.
A en croire M. xy, un moniteur doit d’abord être titulaire de toutes les catégories de permis, ensuite être soumis à une enquête de moralité menée par le commissariat central. Après, il est tenu de subir un examen national organisé par les services compétents de l’Etat, sous la supervision du service des transports. « C’est après avoir réussi toutes ces épreuves que l’Etat vous délivre une carte professionnelle de moniteur », explique M.xy  Quant à l’ouverture d’un centre de formation auto-école, elle obéit à des normes comme la disposition d’un local de 24 m2, d’un véhicule de moins de 10 ans et du matériel didactique pour les cours. Malheureusement, regrette M. xy, rares sont ceux qui respectent toutes ces procédures normales. Pis, certains vont même jusqu’à ouvrir des bureaux fictifs qui font office de centre de formation. « Ce qui représente un grand danger pour notre secteur ». Dans cette optique, il invite l’Etat à les appuyer dans leur volonté d’« assainir » le secteur des auto-écoles. Quant aux forces de sécurité, elles sont invitées à corser les contrôles routiers.

Le Groupement Général Pour la Sécurité Routière veut durcir les contrôles et les sanctions

. Ce déploiement s’explique par le souci d’une meilleure coordination de ses activités sur le terrain.
Pour dérouler son plan de sensibilisation, l’Etat doit s’appuyer  sur les médias, principalement sur la radio et la télévision à travers des bandes-annonces, des spots.
Malgré tout, la route continue de tuer. « On communique beaucoup, mais la sécurité routière est un système d’actions où interviennent plusieurs acteurs. Chacun doit jouer sa partition »,  d’où l’interpellation au premier chef, l’Etat qui, doit durcir les contrôles et les sanctions.  Ce n’est pas à la presse de faire la police. Il appartient à l’Etat de mettre en place un système de contrôle-sanction fermement appliqué, de manière impitoyable, sans complaisance ni distinction.
C’est seulement à travers une  bonne prévention routière accompagnée du binôme contrôle-sanction peut faire réduire les accidents.
Parallèlement à la sensibilisation en direction du grand public, il faut compter, mener une autre campagne de sensibilisation à l’endroit des autorités afin de les amener à faire des analyses coûts-avantages des accidents.
« Il faut qu’on explique aux autorités que les bénéfices tirés de la prévention routière sont plus importants que les dépenses qui seront engagées après l’accident.
Aujourd’hui, ce sont des millions d’ouguiyas qui sont engloutis dans les accidents », affirme un agent de la sécurité routière.

Quand la crise des valeurs influe sur les comportements

Des sociologues associent la recrudescence des accidents à la perte de repères, à la crise de valeurs et à la course pour la maximalisation des recettes.
Les mauritaniens sont face à une crise des valeurs.  La famille qui est la cellule sociale de base est disloquée. De ce fait, les chauffeurs ne sont pas suffisamment formés dans le noyau familial  le manque de civisme est en train de battre son plein. D’autant que l’essentiel, pour bon nombre de conducteurs, est de tirer son épingle du jeu, quitte à bafouer les règles. Si les gens ne respectent absolument rien, c’est parce qu’on est confronté à une crise d’identité, de repères. Ce qui explique le relâchement de l’éducation. Les parents ne restent plus à la maison. Ils n’ont plus le temps d’éduquer leurs enfants. Et c’est la rue qui le fait à leur place.
Le laxisme des agents de la circulation est  à citer également  Il y a un défaut du système de régulation de la conduite. Les policiers et les gendarmes chargés de gérer la circulation n’appliquent pas, avec rigueur, les règles qui sont édictées. La pauvreté peut être à l’origine des changements de comportements.  Les conducteurs sont à la recherche de la pitance, de la dépense. Ils subissent la pression de la vie quotidienne. L’Etat,   Il est aussi responsable de cette situation. Il doit revoir le système de vérification des véhicules. Il y a un manque de transparence dans la délivrance des permis de conduire. De nombreux chauffeurs ne sont pas passés par les auto-écoles ou s’ils le sont, ils sont mal informés.

Zeine Yedali

Source  :  Biladi le 06/03/2014{jcomments on}

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