Être Français et royaliste

Tribune - Les Français sont tous républicains, ils ont coupé la tête à leur roi et ils ne retourneraient à l’Ancien Régime pour rien au monde. Vraiment ? Le Français moyen sait-il seulement comment l’Ancien Régime fonctionnait ?

Le 360.maPourquoi être royaliste en France ? Arguments.

Vivre dans une monarchie, les Marocains le savent bien, c’est avoir la chance que le souverain national ait une vision sur le très long terme. Des projets peuvent être lancés avec un horizon décennal sans risquer une passation de pouvoir et un changement de cap politique.

Cela est particulièrement vrai dans le cas de l’industrie, de l’écologie, de la transition énergétique, des  politiques démographiques, des réformes de taxes, des politiques de logement et de la chose militaire.

Un roi n’appartient à aucun parti, il domine et s’affranchit de ces derniers. Il agit comme arbitre national et favorise les intérêts du peuple et du Royaume.

Tous les Français se souviennent des promesses républicaines qu’on leur faisait lorsqu’ils étaient écoliers. Les référendums à la napoléonienne, la République qui consulte le peuple, la démocratie directe. Non seulement la France n’a pas été consultée par référendum depuis plus de 20 ans, mais le dernier référendum, celui de 2005 sur la Constitution européenne, a été bafoué. Les Français avaient voté non à 55% et l’État a simplement ignoré l’avis du peuple et a procédé. Un roi ne donnerait pas cette illusion de fausse démocratie.

Culture marocaine

 

À l’époque déjà, des officiers royaux étaient envoyés dans chaque province pour entendre les doléances et les besoins de la société, mesurer les tensions et faire remonter les données au gouvernement, afin que le roi prenne une décision avec l’appui de ses ministres. Dans des cas exceptionnels, cela pouvait même prendre la forme de cahiers de doléances avec un rassemblement des États généraux. Le roi entend le peuple et s’appuie sur la connaissance de ses conseillers, les ministres, pour prendre la décision la plus bénéfique à ce dernier. Il ne gouverne pas démagogiquement ni émotionnellement en promettant monts et merveilles à la population, contrairement aux candidats à une élection présidentielle, qui se doivent de se draper de promesses afin d’être élus.

En outre, la démocratie dans une monarchie absolue n’est pas inexistante. À l’époque déjà, elle prend simplement une autre forme, celle des corporations, plus locale. En effet, chaque corps de métier national se constitue en corporation, une sorte de syndicat national. La corporation agit comme ordre professionnel, chambre consulaire et syndicat, tout en un. Elle permet d’intégrer un corps de métier, légifère sur la déontologie, les horaires et le cadre de travail, mais a aussi une dimension morale et religieuse. Les corporations s’occupent financièrement des veuves des artisans, lancent des projets de restauration d’églises, de chapelles, de protection des forêts, etc. Les maîtres, ceux ayant réussi leur chef-d’œuvre et forts de plusieurs années d’expérience, organisent des votes à bulletin secret et à main levée pour légiférer sur leur corps de métier. Les officiers royaux supervisent les assemblées des corporations pour empêcher certains maîtres de pactiser entre eux ou de s’entendre. Comme disait Maurras: «L’autorité en haut, les libertés en bas».

Finalement, les corporations et le pouvoir royal se contrebalançaient bien avant que Montesquieu ne théorise l’équilibre des pouvoirs.

Outre le caractère démocratique local qu’a la royauté, elle évite irrémédiablement l’un des problèmes majeurs des républiques: les avides de pouvoir. En effet, en République, les élections ont tendance à rassembler les mégalomanes. Cela ne veut pas dire qu’ils sont étranges ou peu charismatiques, bien au contraire. Cela implique seulement que, pour atteindre de tels échelons de la société, il faut une soif de pouvoir malsaine, ainsi qu’une capacité à sacrifier ses pairs au cours de sa carrière pour gravir les échelons de l’État profond sur les cadavres de ses anciens collègues. Veut-on réellement laisser le pouvoir suprême à de telles personnes?

Dans le cas du roi, ce dernier naît dans le pouvoir. Il ne le cherche pas, il ne tente pas de l’acquérir. C’est une tâche qui lui incombe, qu’il a le droit de refuser par abdication, mais rien ne se situe au-dessus de lui. C’est un filtre à personnalités froides, manipulatrices et machiavéliques. Bien entendu, ce type de profil peut malgré tout devenir ministre, mais ces personnes seront toujours les éternels numéros deux dans une monarchie. Le souverain sait d’ailleurs se protéger de ce genre de profil.

Outre cela, le roi permettrait aussi une meilleure continuité diplomatique, en évitant les crises politico-diplomatiques avec d’autres pays. Il est en effet plus facile d’établir une connexion durable entre deux pays lorsque l’on est au pouvoir pendant 30 ans ou plus, comme l’a illustré Louis XIV avec le Maroc.

Pour le commun des mortels, le meilleur argument en faveur de la monarchie est l’effacement de la bureaucratie excessive qui rend l’administration aussi lourde. Dans un royaume, les affaires administratives fonctionnent plus vite, car elles sont une extension de l’État, lui-même représenté par le roi. Une lenteur administrative serait très mal vue et répréhensible par le pouvoir royal.

L’Action française (AF) et le mouvement de restauration nationale

C’est donc au beau milieu de tout cela qu’a émergé l’AF, en 1898, avec pour but de mettre en place un mouvement intellectuel et militant de restauration nationale, mais aussi, à l’époque, un véritable mouvement royaliste au sein du Parlement. Pour ceux qui connaissent mal le XXsiècle, un tel mouvement pourrait paraître marginal. Et pourtant, c’est bien ce mouvement qui avait conquis des millions de Français avec son journal L’Action française, aujourd’hui Le Bien commun, dans lequel écrivaient de grands noms, comme Léon Daudet, Charles Maurras ou encore Jacques Bainville. C’est également ce mouvement qui a fait vaciller la Troisième République en février 1934. Bien qu’ayant connu une scission dans les années 1950, le mouvement renaîtra un peu plus tard et se positionnera, dans une France très républicaine, comme un mouvement intellectuel à tendance think tank, de formation d’une jeunesse française engagée et royaliste.

Évidemment, les royalistes français ne sont pas très nombreux. Souvent, on nous pose la question: «Tu veux le retour du roi?», l’air estomaqué. En affirmant cela, les premières objections approchent. La question du roi fou, la démocratie, l’ère dans laquelle nous vivons. On se rend rapidement compte que le Français moyen n’a pas la moindre idée de comment fonctionnait l’Ancien Régime. Il ne sait ni ce qu’est une corporation, ni comment fonctionne la prise de décision royale, ni à quoi servent les conseillers du roi, etc. C’est là le résultat du grand endoctrinement de l’école républicaine. Le problème du royalisme en France ne vient pas du fait que les Français n’aiment pas le système en soi, mais du fait que la République leur a fait croire que la Révolution de 1789 était une révolution du peuple contre la tyrannie royale et noble. C’est faux. La Révolution était une révolution à caractère bourgeois, contre un régime qu’ils estimaient imparfait. Son but final n’était même pas la République, mais la monarchie constitutionnelle. Les problématiques liées aux finances, un hiver glacial qui appauvrit les récoltes et la guerre d’indépendance des États-Unis, à laquelle la France a participé treize ans plus tôt, en 1776, épuisant les caisses de l’État, sont les principaux éléments déclencheurs. Les élites bourgeoises se sont fait dépasser par leur propre créature.

Ainsi, petit à petit, lorsque l’on «débat» avec des républicains, on se rend vite compte que tout ce qu’ils croient savoir sur l’Ancien Régime est faux, inventé et manipulé à des fins de «roman national».

Bruno, royaliste parisien, nous explique: «Je pense que les Français ne sont pas au fait de leur histoire et de ce qui a façonné la France. S’ils prenaient le temps de s’intéresser, ne serait-ce qu’un jour, pour savoir ce qui a réellement détruit organiquement le peuple français, son histoire, ses coutumes et son fonctionnement, ils ne vanteraient plus les valeurs républicaines, ni cette République.»

Ce qui est rassurant, c’est que l’AF est un foyer d’intellectuels. On y rencontre toutes sortes de gens extrêmement cultivés, très intelligents et pleinement ancrés dans l’histoire de France.

«Cette jeunesse, celle dont je veux parler, et qui brillât et fleurira toujours d’un lys des plus ardents, c’est celle d’Action française.

À côté de ces jeunes gens, tous pouvaient bien beugler, ils n’étaient rien. Ils furent mes héros, mes mentors.»

Vigny, militant royaliste parisien

Comment la Révolution a-t-elle vraiment eu lieu?

Bien que les Lumières soient souvent perçues comme un grand mouvement intellectuel, un mouvement avant-gardiste même, nous ne considérons pas les choses ainsi. C’est un mouvement de pensée désordonné, composé de matérialistes, de déistes, d’athées et de chrétiens sans aucun socle idéologique clair. Bien que la plupart d’entre eux ne se disent eux-mêmes pas républicains et ne souhaitent pas de révolution, leurs idées, en grande partie basées sur la Glorious Revolution de 1688 en Angleterre, sont celles d’un monarque «éclairé» et partiellement soumis à un Parlement. Montesquieu théorise notamment cela dans De l’Esprit des lois en 1748, lorsqu’il expose sa théorie sur la séparation des pouvoirs. La plupart des philosophes des Lumières souhaitent donc une monarchie constitutionnelle et même Rousseau, le plus républicain des philosophes, dit à Mirabeau: «Je ne vois pas de milieu supportable entre la plus austère démocratie et le hobbisme le plus parfait. […] Si malheureusement cette forme n’est pas trouvable, […] et je crois qu’elle ne l’est pas, mon avis est qu’il faut passer à une autre extrémité, […] établir le despotisme arbitraire».

Ce n’est donc pas le mouvement des Lumières qui est entièrement responsable de la Révolution. Mais leurs idées de monarchie constitutionnelle, de refonte du système, des droits de l’Homme et de supposées libertés ont créé le terreau favorable à la Révolution. Dès lors, une révolution ne constituait plus simplement un élan insensé contre un régime puissant. Une révolution était désormais un assaut soutenu par quarante ans de philosophie circulaire contre un régime affaibli.

En supplément, les jansénistes, suiveurs d’un mouvement politique d’inspiration religieuse, saint Augustin, commencent à transposer leurs idées de «réforme» au gouvernement royal. Ils s’imposent de plus en plus au sein de l’Assemblée nationale constituante, entre 1789 et 1791, où, malgré leur faible effectif, ils influent considérablement sur le débat politique à travers les députés Camus et Grégoire. Ils alimentent l’idée que la Nation est au-dessus du roi, idée qu’ils tirent de leur doctrine religieuse: le concile supérieur au pape. Les jansénistes ont contribué à la dégradation de la gouvernance royale.

Évidemment, la tangente économique constitue l’une des causes majeures de la Révolution. Les physiocrates, un mouvement libéral ancien, émettent une idéologie d’ordre naturel de l’économie, de propriété et de liberté de commerce. C’est le baron de Turgot, contrôleur général des finances, qui appliquera une politique très proche de celle des physiocrates entre 1774 et 1776. Il libéralisera le commerce du grain et tentera déjà de supprimer les corporations nationales. Ses  politiques conduiront à la guerre des farines de 1775, liée à une explosion des prix du grain dans le royaume de France. Il était trop tard pour le roi pour revenir sur les décisions prises avec Turgot. Il nomme donc Jacques Necker directeur général des Finances et non pas contrôleur, car Necker est suisse et protestant. Necker tentera de redresser les finances publiques par l’emprunt et publiera le célèbre Compte rendu au roi en 1781. Le peuple commence donc à s’intéresser aux finances du gouvernement, se sentant impliqué à la fois par Necker et par l’évolution progressive de la situation politique du XVIIIe siècle. Les augmentations d’impôts liées à la dette vont progressivement accentuer les tensions entre le gouvernement et une frange remontée de la bourgeoisie.

En outre, pour tenter de sauver ses finances, la monarchie fait appel à des réformateurs issus des milieux éclairés et financiers. Leurs projets contribueront à remettre en cause les corporations, les privilèges et les pratiques traditionnelles, sans parvenir à véritablement résoudre la crise fiscale. Le problème n’est que reporté. L’échec successif des réformes affaiblit alors la crédibilité du pouvoir royal, jusqu’à ce qu’une partie des élites bourgeoises transforme cette faillite administrative en procès politique de la monarchie et utilise la mobilisation populaire pour imposer la souveraineté nationale. Cependant, cette bourgeoisie ne constituait pas un groupe uni, et le peuple, animé par ses propres difficultés, ne resta pas un simple instrument. Une partie se révolta.

Le problème d’aujourd’hui, c’est que beaucoup croient que la France est devenue un autre pays. Comme si, en 250 ans, le peuple français s’était métamorphosé et détestait soudainement le régime qui l’a gouverné pendant presque 1.300 ans. Comme si les Français avaient perdu de leur caractère historique. Non.

La France a toujours accouché d’âmes extravagantes. Des excentriques, des inventeurs, des savants fous, des généraux vaniteux, des tacticiens hors pair, des architectes ayant vu les plus belles œuvres du paradis, des œnologues obsessionnels et des cuisiniers dont les dons feraient rougir les femmes les plus distinguées.

On n’a jamais manqué de fous sur le sol de France. Seulement, vous voyez-vous sérieusement demander l’avis de tout ce beau monde au lieu de les laisser prospérer dans leur art, sous l’égide d’un habile chef d’orchestre fédérateur ?

 

 

Quentin Arnaud
 Quentin Arnaud, étudiant en science politique à Paris, journaliste stagiaire au média  Le 360.ma

Source : Le 360.ma 

 

 

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