Vu des États-Unis – “Les femmes noires sont fatiguées” : l’expatriation comme issue

De plus en plus de femmes noires américaines s’installent hors des États-Unis, seules ou en famille. Dans “The Boston Globe”, la journaliste afro-américaine Delores Edwards raconte ce mouvement qui se structure en ligne.

Courrier expat – Dans The Boston Globe, Delores Edwards analyse la montée en puissance d’un phénomène encore peu documenté : l’expatriation de femmes noires américaines, qui choisissent de s’installer hors des États-Unis pour améliorer leurs conditions de vie. L’autrice, ancienne productrice exécutive de l’émission Basic Black sur GBH, le groupe de médias publics de Boston, aujourd’hui journaliste indépendante, s’appuie sur son propre parcours et sur l’observation attentive de communautés numériques pour éclairer ce mouvement.

Loin d’être marginales, ces trajectoires se structurent en ligne. “Dans des communautés virtuelles, des femmes noires parlent ouvertement du fait de vivre dans un autre pays, sur un autre continent — et les images d’elles faisant exactement cela remplissent les réseaux sociaux.” Conférences virtuelles, podcasts et chaînes vidéo servent de relais d’information, mais aussi d’espaces de mise en commun d’expériences concrètes, transformant des décisions individuelles en dynamique collective.

“Pour elles, partir vivre à l’étranger est devenu, eh bien, un mouvement.”

Les profils sont variés — mères, cadres, retraitées, entrepreneuses —, mais les motivations se recoupent. “Les raisons invoquées par les expatriées sont aussi variées que les personnes qui partent, mais des fils communs émergent.” L’article insiste sur la recherche de sécurité, le climat politique américain et l’usure provoquée par le racisme quotidien. Cette aspiration s’inscrit dans une histoire longue : Delores Edwards rappelle l’exil d’écrivains afro-américains vers la France au XXᵉ siècle et souligne qu’en 2019, “environ 1 500 Afro-Américains ont déménagé au Ghana” à l’occasion de la “Year of Return”, une initiative officielle lancée par le gouvernement ghanéen pour marquer les 400 ans de l’arrivée des premiers Africains réduits en esclavage en Amérique du Nord.

Le travail et la santé constituent des facteurs déterminants. Les chiffres cités sont sans appel : en décembre 2025, le chômage des femmes noires atteignait 7,8 %, contre 4,4 % pour l’ensemble des travailleurs, et leur rémunération représentait 64,4 % de celle des hommes blancs. “Les femmes noires sont fatiguées.” Fatiguées de devoir prouver leur légitimité, d’endurer les micro-agressions et d’affronter des environnements professionnels hostiles.

Installée au Portugal depuis 2023, l’une d’elles, Nicole Barrett, incarne cette recherche d’un cadre plus respirable. Elle évoque une rupture avec “le stress constant, le changement de code et l’‘armure’ que portent les femmes noires aux États-Unis”. Sans nier la persistance du racisme ailleurs, l’article met en lumière une attente centrale : vivre dans des sociétés “où la couleur de leur peau n’est ni un débat, ni un sujet, ni une classification”.

Source : Courrier expat – Le 05 mai 2026

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