– La police nationale de la République démocratique du Congo (RDC) possède une caractéristique rare. Elle est tout à la fois en sureffectif et en sous-effectif. Jacquemain Shabani, le vice-premier ministre chargé de l’intérieur, de la sécurité, de la décentralisation et des affaires coutumières, a en effet présenté, vendredi 10 juillet, en conseil des ministres, le résultat d’un audit révélé la veille montrant que 63 817 policiers étaient « non actifs » ou « fictifs ». Soit près d’un agent sur deux, dès lors que les effectifs globaux sont de 157 886 policiers congolais. Corrigé de ses impuretés qui gonflent les statistiques, le taux réel de policiers par habitant en RDC serait donc de moins de 1 pour 1 000. Un taux jugé notoirement insuffisant. Par comparaison, en 2024, la moyenne dans l’Union européenne était de 1 pour 289.
Dans la foulée de la publication de l’audit, Jacquemain Shabani a donc lancé une opération de « contrôle physique des effectifs et de la délivrance des cartes biométriques ». Ce processus, qui commencera par Kinshasa, sera ensuite étendu aux 25 autres provinces du pays. Selon le ministère de l’intérieur, l’identification biométrique permettra de constituer un fichier unique et sécurisé des policiers, d’assainir les effectifs, d’éliminer les doublons et les agents fictifs, tout en améliorant la gestion de la paie, des recrutements, des affectations et des promotions.
Cette opération devrait contribuer à améliorer la gouvernance et la maîtrise de la masse salariale de la police nationale, car ses emplois fictifs coûtent cher à l’Etat et aux contribuables. Le rapport d’audit estime en effet que le « manque à gagner potentiel » s’inscrit dans une fourchette allant de 99,8 millions à 233 millions de dollars (de 87 millions à 204 millions d’euros) par an. Une somme qui n’est pas perdue pour tout le monde. « Comme dans les forces armées de RDC touchées par ce même fléau, les soldes et traitements des inactifs sont détournés en cours de route pour atterrir dans les poches de personnes initiées au plus haut sommet des chaînes de commandement », confie, sous couvert d’anonymat, un ancien député congolais spécialiste des questions de sécurité.
Ce recensement prévu pour durer six mois sera exécuté par la société Africa Business Agency. Aucun détail n’a été communiqué sur la nature ni le montant du contrat passé avec l’Etat congolais. Pas plus que la technologie employée. Y a-t-il eu un appel d’offres ou un contrat de gré à gré ? Quelles sont les raisons du choix de cette entreprise ? L’audit et l’identification biométrique, qui vient à peine d’être lancée, s’inscrivent dans le cadre beaucoup plus large d’un programme de réformes de la police nationale. Annoncé en juillet 2025, il court jusqu’en 2030 et son budget est officiellement évalué à 2,55 milliards de dollars.
« Rétablir la confiance »
Trois priorités avaient alors été mises en avant par Jacquemain Shabani. Tout d’abord, la professionnalisation, le recrutement et la formation de 90 000 policiers (alors que 10 000 « actifs » seront mis à la retraite d’ici à 2028). Ensuite, le renforcement du cadre institutionnel en redéfinissant notamment l’organisation et la cohérence des structures sécuritaires. Enfin, un volet de communication destiné à améliorer le dialogue et la confiance de la population envers sa police.




