
Saharamedias – Lorsqu’un commerçant mauritanien avait décidé de quitter l’Afrique du Sud, il n’a pas eu le temps de trouver un seul acheteur pour le magasin qu’il tenait depuis des années.
Il a donc vendu le magasin à quatre personnes, venues chacune séparément, qui ont versé une partie du prix en pensant, selon une version courante de l’histoire, être l’unique acheteur… Puis l’homme est parti.
Après son départ, les quatre acheteurs ont découvert qu’ils avaient payé pour le même magasin et que chacun d’entre eux pensait être l’unique acquéreur. Depuis lors, ils se disputent les clés du magasin
L’histoire s’est répandue sur les réseaux sociaux en Afrique du Sud comme un fait insolite, mais derrière cette ironie se cache une réalité bien plus sombre pour un pays où vivent des millions de migrants, alors qu’une campagne politique et populaire contre la présence des étrangers, en particulier des sans-papiers, s’est intensifiée ces derniers mois.
Selon les récits qui circulent sur cet incident, le Mauritanien tenait son magasin depuis plusieurs années avant que les pressions à son encontre ne s’intensifient.
Des personnes de son entourage ont déclaré qu’il avait été victime de menaces, de chantages et de fouilles répétées, et qu’il en était venu à craindre pour sa sécurité avant de décider de partir.
Un commerçant étranger, s’exprimant sous couvert d’anonymat auprès d’un journal local sud-africain, a déclaré que cet homme « n’avait plus le choix » et que la peur faisait désormais partie de son quotidien.
Le départ de cet homme mauritanien ne s’inscrit pas isolément dans le climat tendu qui règne autour des migrants en Afrique du Sud, où les appels à l’expulsion des étrangers se sont multipliés ces derniers mois, allant même, dans certaines régions, jusqu’à des attaques contre des magasins et des habitations appartenant à des migrants.
En juin, le groupe « March and March » a lancé une campagne contre les migrants en situation irrégulière et a fixé au 30 juin la date de leur départ du pays.
Le groupe a organisé des manifestations dans plusieurs villes, exigeant du gouvernement qu’il expulse les migrants en situation irrégulière. Dans certaines régions, le climat de protestation a dégénéré en actes de pillage, d’intimidation et de persécution à l’encontre des étrangers.
À la fin du mois, les craintes ne se limitaient plus aux migrants sans papiers.
À Johannesburg, selon Reuters, des manifestants anti-immigration ont pénétré dans des habitations à la recherche d’étrangers soupçonnés de séjourner illégalement, ont forcé certains d’entre eux à sortir et les ont remis à la police. Ces agissements ont suscité des craintes au sein des communautés étrangères, qui redoutent que les contrôles de régularité ne se transforment en une forme de justice extrajudiciaire.
Dans un pays qui compte environ trois millions d’immigrés, la question ne semble pas marginale. Selon Reuters, les immigrés représentent environ 4 % de la population sud-africaine, et bon nombre d’entre eux vivent et travaillent dans le pays depuis des années.

Les campagnes anti-immigrés visent l’un des domaines où leur présence économique est la plus visible : les petites épiceries répandues dans les quartiers pauvres, connues sous le nom de « spaza shops ».
Ces commerces, dont beaucoup sont tenus par des immigrés, font désormais partie intégrante de la vie quotidienne dans ces quartiers. Mais ils sont également devenus la cible récurrente d’un discours xénophobe qui attribue aux étrangers la responsabilité du chômage, de la criminalité et de la dégradation des services.
Les groupes anti-immigration affirment que le problème réside dans l’entrée d’étrangers sur le marché du travail et dans la gestion illégale d’activités commerciales. Cependant, des chercheurs et des économistes remettent en cause l’hypothèse selon laquelle les migrants seraient à l’origine de la crise du chômage en Afrique du Sud, qui souffre déjà de l’un des taux de chômage les plus élevés au monde.
Selon Reuters, l’intensification des manifestations pourrait également avoir un coût économique ; en effet, les immigrés travaillent dans des secteurs tels que le bâtiment, l’agriculture, le commerce de détail et les transports, tandis que les petits commerces de quartier dépendent de réseaux de fournisseurs, de propriétaires immobiliers et de travailleurs.
Les effets de cette vague de départs commencent déjà à se faire sentir dans certains secteurs.
En août, Reuters a rapporté que des usines de confection de la ville de Newcastle avaient perdu entre 12 et 19 % de leurs effectifs après la fuite de milliers de migrants pendant les manifestations.
Les propriétaires d’usines ont déclaré que certains postes restaient vacants car ils ne trouvaient pas de travailleurs locaux disposés à les occuper, tandis que d’autres estimaient que le problème était davantage lié aux salaires et aux conditions de travail qu’à une pénurie de main-d’œuvre.
Mais les chiffres économiques ne rendent pas compte de ce que vivent les personnes qui se retrouvent du côté opposé de cette campagne.
En juin, Reuters a relayé les témoignages de migrants africains, dont certains vivaient en Afrique du Sud depuis de nombreuses années avant de décider de partir après avoir été victimes d’agressions ou de menaces. Certains ont quitté leur domicile et leur emploi, tandis que d’autres ont laissé des membres de leur famille derrière eux.
Dans le cas du commerçant mauritanien, c’est son magasin qu’il a dû abandonner. Il l’a vendu à la hâte à quatre personnes, qui ont chacune versé une partie du prix en pensant être l’unique acheteur, avant de quitter le pays.
Source : Saharamedias (Mauritanie) – Le 19 août 2026
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