Tech – L’Afrique pourra-t-elle développer une IA africaine ?

Quelles sont la place et la partition propres au continent africain dans l’architecture mondiale de l’intelligence artificielle (IA) ? Alors que se déroule, du 7 au 10 juillet à Genève, l’IA for Good Global Summit, coprésidé par le Rwandais Paul Kagame, la question d’une IA africaine occupe la presse du continent.

 Courrier international  – Un an après le premier sommet africain pour une IA africaine, organisé dans la capitale rwandaise en avril 2025, le Rwanda est placé au premier plan de l’IA for Good Global Summit, événement dédié à l’IA organisé à Genève. Sous l’égide des Nations unies, Paul Kagame a été désigné pour le présider aux côtés de Marc Benioff, PDG de l’entreprise américaine Salesforce.

Lors du discours d’ouverture, le président rwandais a appelé “à un accroissement des investissements dans la jeunesse africaine et dans les capacités en IA, affirmant que le continent a un rôle crucial à jouer dans la construction de l’avenir de l’économie numérique mondiale”, rapporte Tech Review Africa.

Le choix des mots n’est pas anodin. L’Union africaine, et plus particulièrement son Conseil de paix et de sécurité (CPS), s’est intéressée à la création d’une IA continentale “harmonisée”, écrit Afrik, mais l’objectif reste lointain, qualifié de “techno optimisme” par le groupe de réflexion indépendant Amani Africa.

Car, en l’état, “l’écosystème africain de l’IA dépend déjà d’entreprises américaines, chinoises et européennes, ainsi que de centres de données du Moyen-Orient. Cela fait de l’Afrique un consommateur d’IA importée plutôt qu’un producteur souverain et fiable”, constate ISS Africa.

Le rôle clé du Rwanda

Selon ce titre panafricain, la souveraineté en matière d’IA se définit par la capacité d’un État, d’une institution ou d’une entreprise à développer, héberger, réglementer et utiliser des systèmes d’IA avec une autonomie réelle, “plutôt que de dépendre excessivement d’infrastructures externes, de fournisseurs de services dits ‘cloud’ et de jeux de données”.

Pour pouvoir développer une IA, il faut des infrastructures capables de fournir de l’électricité en quantité suffisante, du matériel informatique, des dispositifs de refroidissement et des infrastructures physiques qui permettent d’assurer “la connectivité et les écosystèmes de données” nécessaires.

Or l’électricité reste un grand obstacle pour le continent. Selon l’Agence internationale de l’énergie, l’Afrique a un réseau électrique “inégalement réparti”, l’Afrique du Sud et l’Afrique du Nord “représentant 65 % de cette capacité”, souligne ISS Africa, qui permet au continent de produire au total seulement 3 % de l’électricité mondiale.

C’est en étant conscient de ces lacunes que le Rwanda a organisé le premier Sommet mondial sur l’IA africaine à Kigali en avril 2025. Le but affiché ? L’émergence d’une IA issue du continent. Cet événement a conduit à la création d’un fonds continental d’une ambition de 60 milliards de dollars (52 milliards d’euros), ainsi que d’un Conseil africain sur l’intelligence artificielle, dont Paul Kagame occupe la présidence, rappelle l’Agence Ecofin.

Ce faisant, le Rwanda s’est bâti une réputation de médiateur de l’IA en Afrique, au grand dam du Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, qui convoitait aussi ce statut pour son pays.

Où se trouve la capitale africaine de l’IA ?

Après la désignation d’un pays “moteur” en matière de réglementation, ne reste qu’à désigner d’autres États capables de supporter le poids d’une IA. “Accra, Nairobi, Lagos, Johannesburg… [Quelle sera la ville] africaine de l’intelligence artificielle ?” interroge l’Agence Ecofin.

“Il y a encore cinq ans, la réponse semblait évidente : Lagos, avec sa démographie, ses fintechs licornes [une start-up indépendante évaluée à plus de 800 millions d’euros, non cotée en Bourse] et son vivier d’ingénieurs.”

Mais en juillet 2026 “la carte des paris des géants américains du numérique raconte une tout autre histoire”, avec un éclatement des fonctions d’une capitale de l’IA africaine dans plusieurs villes du continent. Johannesburg est à ce jour la grande favorite. Lors du Google Cloud Summit, organisé dans la ville sud-africaine le 1er juillet, l’entreprise a annoncé implanter son premier laboratoire d’IA appliquée en Afrique dans le pays en raison “de son avance sur le terrain des compétences numériques et de la robustesse de ses infrastructures de données”, ajoute Afrik.

Nairobi a aussi longtemps été une favorite. Microsoft y a déjà placé ses forces vives grâce à son Africa Development Center (sorte de laboratoire de développement de l’IA) établi dans la capitale kényane. Mais l’histoire s’est arrêtée lorsque Nairobi a refusé de garantir les paiements annuels exigés par Microsoft pour la construction d’un mégaprojet de centre de données alimenté par géothermie (1 milliard de dollars, soit environ 800 millions d’euros, en première phase) qui aurait nécessité d’“éteindre la moitié du pays” pour garantir son fonctionnement, précise l’Agence Ecofin.

En contrepartie, le pays a accueilli des centres de données modulaires qui lui permettent de rester la “capitale de l’infrastructure numérique est-africaine” à une échelle plus supportable pour son réseau électrique.

L’outsider marocain

C’est ici qu’entrent en jeu les outsiders d’Afrique du Nord. Le Maroc “a surgi dans la course” en annonçant la construction de quatre centres de données aux capacités largement supérieures à celles de ses concurrents. L’Égypte “suit la même logique d’entrepôt numérique” en comptant, pour convoiter la place de pays de l’IA, sur le point d’atterrissage de la majorité des câbles sous-marins reliant l’Europe à l’Asie et sur une quinzaine de centres de données.

Pour l’heure, “la ‘capitale’ africaine de l’IA n’existe donc pas. […] Accra pense, Lagos fournit les cerveaux, Nairobi héberge ce que son réseau supporte, Johannesburg fait tourner les machines, Casablanca concentre la puissance, Kigali écrit les règles”. Reste à savoir lequel de tous ces candidats parviendra à combiner tous les critères pour accueillir une IA africaine.

 

 

Source : Courrier international (France)

 

 

 

 

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