Stephen Miller, idéologue réactionnaire et défenseur du suprémacisme blanc, promu chef de l’administration Trump

Le fidèle conseiller de Donald Trump, qui nourrit des théories conspirationnistes, remplace Susie Wiles. Une nomination en forme de fuite en avant après la déroute des républicains lors des midterms, le 3 novembre.

– Une majorité d’Américains ont sanctionné Donald Trump lors des midterms pour ses choix stratégiques et sa pratique autoritaire du pouvoir. En réponse, le président américain a choisi de doubler la mise et de promouvoir son conseiller le plus extrémiste, mais aussi le plus loyal. Vendredi 6 novembre, il a désigné Stephen Miller, l’idéologue réactionnaire de la Maison Blanche, comme chef de l’administration en remplacement de Susie Wiles.

« Stephen a été avec moi depuis le début, a commenté Donald Trump devant la presse, il comprend, il est très bon politiquement, et il fera du très bon boulot. Excellent chef d’équipe. » Pour autant, le magnat n’a pas donné de véritable explication. « Parfois, dans la vie, il faut faire des changements », s’est-il contenté de noter. Le changement en question est une fuite en avant, un repli sur le dernier carré des fidèles dépourvus d’états d’âme, prêts à tout pour leur chef. Il montre à quel point Donald Trump envisage les deux dernières années de son mandat comme la fortification d’un bunker contre les assauts d’un Congrès démocrate et la poursuite d’une action présidentielle unilatérale, sans consultations.

Sa désignation a au moins fait un heureux : l’animateur en ligne Steve Bannon, ancien conseiller spécial de Donald Trump durant son premier mandat, promoteur inlassable du national-populisme. Interrogé par Le Monde, il juge que la décision de Donald Trump « est un “fuck you” adressé à l’establishment républicain et aux démocrates socialistes. Stephen est un idéologue MAGA [Make America Great Again ] intransigeant ».

Stephen Miller accompagne Donald Trump depuis 2015. Outre la reconnaissance qu’il lui voue, le conseiller voit aussi dans le milliardaire le véhicule historique d’une contre-révolution, d’une modification en profondeur des institutions américaines et de la définition de l’identité nationale. A 41 ans, il accède enfin au poste dont il rêvait, lui qui était déjà l’architecte des politiques les plus controversées de l’administration, rejetées massivement par les électeurs le 3 novembre.

D’après le New York Times, Stephen Miller aurait défendu sa candidature en mettant notamment en avant la nécessité de mettre fin au conflit contre l’Iran. Mais inutile d’attendre de sa part une approche paisible de la politique extérieure. En janvier, il justifiait sur CNN le désir de Donald Trump d’annexer le Groenland. On vit « dans le vrai monde », disait-il, qui est gouverné par « la force » et la « puissance ».

« Dangereux xénophobe »

Dans un message sur Truth Social, le président a remercié Susie Wiles pour son « travail remarquable », annonçant qu’elle allait rejoindre « l’organisation politique de Trump ». La désignation de Stephen Miller confirme les rumeurs qui couraient déjà avant le scrutin sur un départ imminent de la grande organisatrice de la campagne présidentielle de Donald Trump. Ce dernier avait démenti et avait exprimé sa reconnaissance à l’égard de l’ancienne stratège républicaine de Floride, qui avait appris au printemps qu’elle souffrait d’un cancer du sein. Son autorité semblait avoir fondu, ces derniers mois.

Difficile de ne pas voir une sanction dans son départ, après le résultat catastrophique des midterms pour les républicains. A de nombreuses reprises pendant la campagne, Donald Trump avait regretté la mauvaise communication de la Maison Blanche sur les résultats supposément formidables obtenus depuis janvier 2025. Encore une fois, c’est une femme qui perd sa place, après Kristi Noem à la sécurité intérieure, Pam Bondi au département de la justice ou encore Tulsi Gabbard, directrice du renseignement national.

Stephen Miller, lui, semble récompensé pour son zèle. Dans le fonctionnement clanique qu’affectionne Donald Trump, il est à la fois un procureur cruel, un avocat enflammé et un homme de main brutal et intimidant, redouté par les élus républicains. Les réactions n’ont pas tardé dans le camp démocrate après l’annonce de sa nomination. Le chef de file du parti à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, l’a qualifié sur X de « dangereux xénophobe et d’extrémiste irresponsable qui a du sang américain sur les mains. Sa présence dans le gouvernement devrait être éradiquée comme une tumeur cancéreuse ». Des mots sévères, mais à la hauteur de la réputation du personnage.

Stephen Miller est le représentant le plus influent du suprémacisme blanc aux Etats-Unis, de l’idée d’une discrimination contre les Blancs dans toute la société, depuis des décennies. Elle débuterait dans l’enseignement de l’histoire à l’école, trop focalisé sur le sort des Amérindiens puis sur l’esclavage et la ségrégation. Elle se poursuivrait dans la sélection des étudiants à l’entrée des universités ; elle continuerait dans le recrutement au sein de l’armée, des administrations publiques et des entreprises privées. Tous ces aspects ont fait l’objet de décrets présidentiels au cours des cent premiers jours de cette présidence, préparés bien en amont par Stephen Miller et une petite équipe de conseillers et de juristes.

Le nouveau directeur de cabinet voit des conspirations partout. Il a relayé les mensonges sur les fraudes électorales imaginaires dont aurait bénéficié Joe Biden lors de sa victoire en 2020. Mais il est surtout obsédé par la purification de la société américaine, qui serait menacée par la présence de millions de clandestins, entrés sur invitation démocrate. Stephen Miller a supervisé la politique migratoire de l’administration Trump II, l’obtention de moyens sans précédents pour le département de la sécurité intérieure, transformant les agents de l’ICE, la police fédérale de l’immigration, en garde prétorienne, au mépris des droits individuels. Il a poussé pour fixer des objectifs très élevés d’arrestations et d’expulsions quotidiennes, pour créer des centres de rétention aux conditions déplorables.

L’ennemi communiste

Les conséquences dramatiques de cette politique répressive ont été vues à Minneapolis (Minnesota), en janvier, avec la mort de deux civils tués par des agents de la sécurité intérieure. Stephen Miller avait osé qualifier l’une des victimes d’« assassin en herbe », provoquant un scandale. La déroute des républicains au Texas lors des midterms est notamment due aux raids de l’ICE dans les communautés d’origine étrangère, qui ont poussé les électeurs hispaniques horrifiés à se mobiliser en masse.

Après l’assassinat en septembre 2025 du militant Charlie Kirk, le fondateur de l’organisation conservatrice Turning Point USA, Stephen Miller a ouvert un front dans la guerre larvée menée contre toutes les oppositions internes, des médias aux juges fédéraux en passant par les démocrates et les immigrés. Le nouvel ennemi était communiste. Il a veillé à la classification du mouvement d’extrême gauche antifa comme organisation terroriste, ce qui n’a aucun sens, de l’avis de tous les spécialistes des questions de sécurité. La mise sous tension de la société est pour lui une méthode de gouvernement, pour permettre d’aller plus vite et plus loin. « C’est du terrorisme intérieur, c’est une insurrection », disait-il début octobre 2025 sur CNN, lorsqu’il était interrogé au sujet des manifestants dénonçant les abus de l’ICE contre les migrants.

Stephen Miller a peu de goût pour la contradiction et la démocratie. Pour lui, tout s’inscrit en politique dans un combat existentiel, en termes civilisationnels. Voilà par exemple comment il commentait sur Fox News, fin juillet, les succès des candidats socialistes dans certaines primaires démocrates. « C’est une philosophie et une idéologie qui commencent par la coercition et finissent toujours en bain de sang répressif et violent. Ce n’est pas juste une question de désaccords avec eux, de points de vue différents. La survie même de la liberté, des libertés individuelles, de l’humanité, de votre famille, de vos enfants et de votre avenir dépend de notre capacité à empêcher le communisme de s’implanter en Amérique. »

 

 

 (Washington, correspondant)

 

 

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