
Récemment, j’ai eu un débat passionnant avec un ami qui soutenait que le niveau des élèves mauritaniens a fortement baissé. Je lui ai répondu que la question mérite d’être posée autrement.
Oui, il est vrai que le niveau en français et en arabe n’est plus celui d’il y a plusieurs décennies. Mais réduire le niveau d’une génération à sa maîtrise des langues est, à mon avis, une erreur.
Le monde a changé.
Les compétences qui comptent aujourd’hui ne sont plus les mêmes qu’hier. Les jeunes Mauritaniens sont exposés à la technologie, à l’informatique, à l’intelligence artificielle, à l’entrepreneuriat, au numérique et à des domaines qui étaient pratiquement inexistants dans notre système éducatif il y a quelques années. L’enseignement supérieur mauritanien offre aujourd’hui des opportunités de formation beaucoup plus diversifiées qu’auparavant.
Chaque année, des étudiants mauritaniens brillent dans des universités étrangères, obtiennent des bourses, innovent et réussissent dans des secteurs de pointe. Je pense notamment à une jeune femme de Nouadhibou que je connais. Après son baccalauréat, elle a poursuivi ses études supérieures à Nouakchott avant de continuer son master en Algérie. Elle n’est peut-être pas capable de rédiger parfaitement deux paragraphes en français, mais dans son domaine, l’informatique et les télécommunications, elle est tout simplement remarquable. Elle maîtrise des compétences que beaucoup de personnes parfaitement francophones ne possèdent pas. C’est pourquoi je trouve le projet FulanIA particulièrement inspirant.
Il illustre parfaitement cette nouvelle génération qui ne se contente plus de consommer la technologie, mais qui la crée et l’adapte à ses réalités culturelles et linguistiques. Pendant longtemps, nos langues africaines ont été absentes des grandes innovations technologiques. Voir aujourd’hui des jeunes développer une intelligence artificielle capable de valoriser le pulaar, est une excellente nouvelle. La véritable question n’est donc pas de savoir si nos jeunes parlent mieux ou moins bien le français qu’avant. La vraie question est sont-ils capables d’innover, de créer, de résoudre des problèmes et de participer au monde de demain ?
À voir des initiatives comme FulanIA, ma réponse est clairement oui. Bravo aux porteurs de ce projet. Vous démontrez que l’innovation peut aussi parler nos langues, porter nos cultures et construire notre avenir.

Souleymane Hountou Djigo



