Singapour paie ses citoyens pour qu’ils lisent des livres et lâchent un peu leur téléphone

La riche cité-État vient de lancer un programme de soutien à la lecture. Elle rémunère désormais ses habitants en monnaie virtuelle, pour chaque période de quinze minutes passée avec un bon roman.

Slate  – Pour lutter contre le scroll infini, les politiques regorgent de propositions. Mais une nouvelle mesure pour le moins inattendue fait désormais parler d’elle: depuis ce mois de septembre, Singapour rémunère ses citoyens qui lisent pendant au moins quinze minutes par jour. L’objectif est double: stimuler l’esprit critique et l’imagination et diminuer le temps passé à scroller, «dans un monde où les stimuli abondent».

Cette stratégie de gamification a de quoi séduire: les lecteurs accumulent des points qui peuvent être échangés contre quelques centimes. Les participants doivent enregistrer cinquante séances de lecture quotidienne sur un site gouvernemental pour gagner 1 dollar singapourien (environ 68 centimes d’euro), rapporte le Guardian.

Pour une séance de quinze minutes ou plus, le lecteur reçoit vingt pièces virtuelles. Au total, il faut 1.000 pièces pour obtenir un dollar. Une seule séance de lecture est rémunérée par jour. Certes, les amoureux de la littérature ne vont pas devenir millionnaires, mais les petits ruisseaux font les grandes rivières.

Un bon roman pour plus de concentration

Le programme, porté par le Conseil national des bibliothèques, espère insuffler une routine de lecture quotidienne chez les citoyens. Sa directrice, Melissa Tam, en est convaincue: face à la possibilité de faire défiler des centaines de titres, de vidéos ou de résumés générés par intelligence artificielle, la lecture favorise la concentration. «Nous savons que les habitudes se forgent par de petites actions régulières, souligne-t-elle. Nous commençons donc par un objectif simple: lire quinze minutes par jour. Dans le bus, avant de se coucher ou pendant le déjeuner.»

Le gouvernement réfléchit à des moyens pour limiter l’impact des réseaux sociaux sur les jeunes, notamment en instaurant une limite de temps quotidienne. Selon une étude publiée en septembre, les adolescents sont particulièrement concernés par les effets nocifs liés aux réseaux sociaux, dont le doomscrolling (le fait de passer une grande partie de son temps en ligne à absorber des nouvelles négatives et anxiogènes).

Ce n’est pas la première fois que Singapour a recours aux incitations financières pour tenter d’encourager certains comportements chez ses citoyens. Des récompenses ont déjà été mises en place pour favoriser la marche et l’activité physique.

Cette nouvelle mesure intervient peu après la publication du classement mondial PISA, qui compare le niveau des élèves de 15 ans à l’échelle mondiale. Malgré les inquiétudes des autorités, les élèves singapouriens figurent en tête du classement mondial en lecture, devançant la Chine et Taïwan. Mais pour la cité-État, ce n’est peut-être pas suffisant.

Laura Perren

Source : Slate (France)

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