Sénégal : une domination du Ouolof devenue norme

Dans  le pays de la « Teranga », l’hégémonie de la langue Ouolof sur les autres langues nationales, est abordée rarement par la classe politique et l’intelligentsia. Ce n’est pas un simple fait culturel mais un systeme de domination culturelle visible dans l’administration, les médias publics et privés et dans la vie quotidienne et pas facilement contestable par les Sénégalais.

Et pourtant les Ouolofs ne sont pas plus nombreux démographiquement au Sénégal mais la langue est majoritaire culturellement parce que toutes les communautés linguistiques parlent le Ouolof. Ces dernières sont tolérées et jamais centrales dans l’administration parce que assignées à résidence culturelle, cantonnées le plus souvent à la ruralite et aux périphéries.

Cette domination culturelle est héritée de la colonisation française qui a fait de Dakar , une capitale Ouolophone, centre politique et economique. Ce sont notamment les médias qui ont transformé le ouolof en langue dominante de l’espace public. Cette hégémonie culturelle n’est pas neutre. Elle produit une frustration chez les non-wolophones en particulier les pulaarophones dont la langue est parlée de Dakar à Djibouti alors que le ouolof ne dépasse pas la sous-région. Les observateurs pointent une pression assimiliationniste. Les autres communautés linguistiques parlent le ouolof pour exister. Cette violence culturelle est d’autant plus symbolique surtout quand tous les sénégalais disent que c’est pratique de parler la langue.

Le ouolof est là langue de tout le monde. Et pourtant les locuteurs  notamment du pulaar, du sérère, du soninke, du dioula ne sont pas passifs. Ils résistent par la littérature, les radios communautaires et télévisions privées. Mais cette résistance se heurte à un État sénégalais fort, à des médias publics et privés forts, à l’école publique hésitante pour introduire l’enseignement des langues nationales. Les observateurs ne sont pas dupes. Les discours officiels reposent sur un mensonge confortable qui met en avant le Sénégal comme pays multilingue et harmonieux alors qu’il ne protège pas la diversité linguistique. La citoyenneté est implicitement ouolophone. C’est une forme de nationalisme linguistique qui ne dit pas son nom.Qu’on le veuille ou non, une nation qui écrase ses langues dites minoritaires prépare des fractures futures. Le Sénégal a juste besoin d’une justice linguistique. Un grand défi pour tous les dirigeants.

Cherif Kane

Coordinateur journaliste

 

 

(Reçu à Kassataya.com le 10 juin 2026)

 

 

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