Une clarification s’impose pour lever toutes les équivoques.
La liberté de croire ne dispense pas de la rigueur dans l’interprétation
Personne n’a à vous dicter ce que vous devez croire, ni à décider à votre place si vous êtes musulman, chrétien, athée ou autre. Vous êtes libre de vos convictions, de vos recherches et même de vos contradictions. Mais cette liberté vaut pour tout le monde : elle ne donne à personne le monopole de la définition de l’islam, pas plus qu’elle ne permet de présenter comme enseignement coranique ce qui relève d’une interprétation personnelle.C’est justement là que votre texte pose problème.
Vous demandez aux autres de ne pas surfer sur votre identité religieuse pour vous qualifier d’« anti-islamique », mais, en retour, vous demandez implicitement au lecteur musulman d’accepter comme compatibles avec l’islam des affirmations qui remettent en question certains de ses fondements. Il faut donc distinguer deux choses : le droit de penser librement et la prétention à interpréter les textes religieux.
Vous affirmez notamment : « L’Éternel n’a rien écrit, tous les livres sont l’œuvre des humains. » C’est une position philosophique parfaitement défendable. Mais elle ne peut pas être présentée simultanément comme une simple lecture interne de l’islam. Dans la conception islamique classique, le Coran est précisément considéré comme la Parole révélée de Dieu, transmise au Prophète Muhammad (PsL). On peut contester cette conception, la discuter philosophiquement ou historiquement, mais il faut alors assumer qu’on s’éloigne de la doctrine islamique traditionnelle sur ce point.
Le problème du verset cité : 6:62 n’est pas le verset que vous reproduisez
Il y a surtout une erreur textuelle importante dans votre raisonnement.
Le texte arabe que vous citez : إِنَّ الَّذِينَ آمَنُوا وَالَّذِينَ هَادُوا وَالنَّصَارَىٰ وَالصَّابِئِينَ…
n’est pas le verset 6:62.
C’est Al-Baqara, 2:62, avec un passage très proche en Al-Maidah, 5:69.
Quant au Coran 6:62, il dit en substance : ثُمَّ رُدُّوا إِلَى اللَّهِ مَوْلَاهُمُ الْحَقِّ أَلَا لَهُ الْحُكْمُ وَهُوَ أَسْرَعُ الْحَاسِبِينَ
Il est donc difficile de construire une démonstration théologique sur « 6:62 » alors que le texte cité appartient à un autre endroit du Coran.
Mais le problème ne s’arrête pas à une simple erreur de référence. Le verset 2:62 ne peut pas être isolé de l’ensemble du discours coranique pour en faire une sorte de déclaration générale selon laquelle toutes les identités religieuses seraient automatiquement équivalentes devant Dieu, indépendamment de la foi et de la révélation.Le Coran lui-même établit ailleurs des distinctions précises concernant la foi, la révélation, les prophètes et l’acceptation du message de Muhammad (PsL). Une lecture honnête exige donc de mettre les versets en relation plutôt que d’en extraire un seul pour confirmer une conviction préexistante.
Quant au « Pulaagu »
Vous avez parfaitement le droit de revendiquer le Pulaagu comme héritage culturel, philosophique ou spirituel. Vous pouvez même considérer qu’il constitue une source majeure de votre rapport au monde. Mais là encore, il faut avoir le courage de nommer clairement les choses.
Si certaines de vos convictions personnelles ne correspondent pas à la doctrine islamique classique, dites-le simplement. Il n’est nul besoin de chercher à tout prix une « pseudo-interprétation » de l’islam permettant de faire entrer toutes les convictions personnelles à l’intérieur de celui-ci.
C’est précisément cela, pour moi, le véritable Pulaagu : avoir le courage de dire haut ce que l’on pense, sans se cacher derrière des interprétations arrangées de l’islam, du Coran ou de la tradition. Vous êtes libre de croire ce que vous voulez. Libre de vous définir comme vous voulez. Libre également de rechercher Dieu dans le Coran, dans le Pulaagu, dans la Bible, dans les traditions africaines ou dans la philosophie.
Mais cette liberté doit être réciproque : le musulman est lui aussi libre de dire que certaines de vos affirmations ne correspondent pas à l’islam tel qu’il est compris par ses sources et sa tradition.
Une autre confusion : « suis-je toujours musulman ? »
La question ne peut pas être résolue simplement par un vote des « fanatiques » ou des « modérés ». Si « musulman » signifie simplement « personne issue d’une éducation musulmane », alors vous pouvez naturellement conserver cette identité culturelle et familiale. Mais si « musulman » désigne l’adhésion à la foi islamique, il faut alors prendre au sérieux ce que l’islam affirme de lui-même : le Coran, la prophétie de Muhammad (PsL), la révélation, le Jour dernier, les fondements de la foi et les enseignements transmis. On ne peut donc pas simultanément redéfinir certains piliers de la foi islamique selon sa propre philosophie et demander ensuite à la tradition islamique de confirmer automatiquement cette nouvelle définition.
Enfin, sur les anciens peuples et les « premiers livres »
Il est parfaitement légitime d’étudier Kemet, Kush, leurs traditions religieuses, leurs hymnes et leur héritage spirituel. Mais affirmer que les papyrus égyptiens ou koushites constituent les « premiers livres révélés » au sens théologique islamique est une affirmation qui nécessite des preuves. Il faut distinguer histoire des religions, comparaison des traditions et doctrine islamique. L’islam affirme que Dieu a envoyé des révélations à différents peuples et à différents prophètes. Cela ne signifie pas que tout texte religieux ancien retrouvé par l’historien peut automatiquement être identifié à une révélation divine au sens coranique.
En définitive, le problème n’est donc pas que vous exploriez, que vous questionniez ou que vous refusiez les dogmatismes. Au contraire, le questionnement peut être fécond.
Le véritable problème est celui de la cohérence intellectuelle.
Si vous voulez être un homme libre, soyez-le pleinement.
Si vous voulez être musulman, assumez ce que l’islam affirme.
Si vous voulez être héritier du Pulaagu, assumez également ce que vous en retirez.
Et si vous construisez une spiritualité personnelle à partir de plusieurs traditions, assumez-la comme telle, sans avoir besoin de la faire passer pour la seule interprétation authentique de l’islam.
La liberté de conscience est respectable. La liberté d’interprétation aussi. Mais ni l’une ni l’autre ne dispense de respecter le texte que l’on prétend interpréter.
Et surtout, avant de demander aux autres s’ils vous considèrent encore comme musulman, il serait peut-être plus juste de commencer par cette question : qu’est-ce que moi-même j’entends exactement par « être musulman » ? C’est là que commence la véritable clarification.
@Yoo Alla Faabo !
Abdoul Bocar GUISSÉ (Informaticien)
(Reçu à Kassataya.com le 11 août 2026)
Suggestion Kassataya.com :
SUIS-JE CONTRE L’ISLAM ? / Par Siree KAN
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