Qu’est‑ce qu’un « bon » prof à l’ère de l’IA ?

  • L’identité des enseignants s’est construite sur la maîtrise de disciplines : maths, histoire, français, sciences…

  • Mais être expert d’un domaine ne suffit pas à bien « faire apprendre » les élèves. Et l’intelligence artificielle change la donne.
  • Or, le système favorise l’étendue des connaissances à transmettre, au détriment du temps nécessaire pour les utiliser.

À l’heure où l’intelligence artificielle (IA) fournit résumés et explications en quelques secondes, les professeurs sont bousculés dans leur mission de transmission des savoirs.

Historiquement, en France, l’identité professionnelle des professeurs au collège et au lycée s’est principalement construite autour de la maîtrise d’une discipline (mathématiques, français, histoire-géographie, etc.) et d’un rapport à la culture, plutôt qu’autour d’une identité de pédagogue.

Mais être expert d’un domaine suffit-il à « faire apprendre » ? La question est cruciale alors que les derniers résultats de l’enquête PISA, sur les compétences des élèves âgés d’environ 15 ans, font apparaître une baisse des performances des jeunes Français, à l’heure où une grande partie des savoirs est immédiatement accessible en ligne.

Que signifie être un « bon » enseignant lorsque la transmission des connaissances ne suffit pas à garantir leur appropriation par les élèves ?

Être spécialiste d’une discipline avant d’en être professeur

Après le baccalauréat, les futurs enseignants s’inscrivent à l’université dans une discipline qu’ils ont choisi d’étudier et au sein de laquelle ils acquièrent des connaissances et des compétences spécialisées. Ce n’est que dans un second temps, notamment au cours d’un master Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation (MEEF), qu’ils bénéficient d’une formation professionnelle à l’enseignement, comprenant une formation à la didactique de leur discipline et à la pédagogie.

Or, si ces deux termes paraissent proches dans le langage courant, ils ne sont pas synonymes. La didactique étudie les conditions de transmission et d’appropriation de savoirs disciplinaires déterminés tandis que la pédagogie porte plus largement sur l’organisation des situations et des relations permettant de faire apprendre les élèves.

Cette distinction se traduit concrètement dans la formation des futurs professeurs et dans la représentation qu’ils construisent de leur métier. Leur identité professionnelle demeure ainsi fortement attachée à leur discipline : ils se perçoivent d’abord comme des experts des mathématiques, du français ou de l’histoire-géographie, avant de se penser comme des professionnels de l’enseignement et de l’apprentissage.

Cette orientation conduit notamment à interroger l’articulation entre le temps consacré à enseigner et celui réellement laissé aux élèves pour apprendre.

Temps d’enseignement et temps d’apprentissage

Notre système scolaire reste organisé autour de la figure de l’enseignant, qui y occupe principalement une position d’émetteur chargé de transmettre des savoirs tandis que l’élève est placé dans une posture de réception.

Or, le temps consacré à l’enseignement ne correspond pas nécessairement à un véritable temps d’apprentissage. Le fait qu’un contenu ait été présenté et expliqué ne garantit ni sa compréhension par tous les élèves, ni sa mémorisation durable, ni la capacité de ces derniers à le mobiliser ultérieurement. De ce fait, une partie du travail d’appropriation des connaissances est alors différée et reportée hors du temps scolaire, notamment à travers les leçons à mémoriser et les devoirs à réaliser à la maison.

Un adolescent écrit dans un cahier
Au-delà du cours, le temps d’apprentissage inclut le temps d’appropriation des connaissances, à travers les devoirs. Shutterstock France (no reuse)

Plusieurs raisons permettent d’expliquer cet écart entre temps d’enseignement et temps d’apprentissage.

Une première raison tient à la place relativement limitée qu’occupe la pédagogie dans la formation et dans l’identité professionnelle des enseignants. Un professeur peut ainsi considérer que sa responsabilité première consiste à exposer clairement les savoirs et que leur appropriation relève ensuite du travail personnel des élèves. La réussite d’une partie de la classe aux évaluations peut conforter cette représentation : puisque certains élèves ont appris, le cours semble avoir rempli sa fonction.

Une deuxième raison tient à l’étendue des programmes scolaires, dont la mise en œuvre impose un rythme d’enseignement soutenu. Le souci de couvrir l’ensemble des contenus peut conduire à privilégier l’accumulation des connaissances au détriment du temps nécessaire à leur appropriation et à leur mobilisation. Le développement de compétences exige en effet des mises en situation répétées, des retours sur les erreurs et une mobilisation régulière des connaissances afin de les consolider et d’apprendre à s’en servir.

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Maître de conférences en sciences de l’éducation et de la formation, Université de Haute-Alsace (UHA)

 

Docteur en sciences de l’information et de la communication, Université de Strasbourg

 

Directeur départemental Atelier Canopé de Nancy. Doctorant en sciences de l’éducation et de la formation, Université de Strasbourg

 

 

Source : The Conversation  – (Le 28 août 2026)

 

 

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