Quand le gouvernement américain publie une carte fantaisiste de l’Afrique

Lors d’une conférence internationale sur le sida, au Brésil, fin juillet, le département d’Etat a présenté une carte de l’Afrique où la Côte d’Ivoire s’est retrouvée dans le sud du continent et le Nigeria enclavé dans le Sahara. Le Cameroun, quant à lui, est devenu un Etat fantôme.

 

La présentation concernait les coupes massives de l’aide américaine dans la santé mondiale depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, début 2025. Durant une session préparatoire dimanche, les émissaires américains ont projeté un diaporama représentant le continent africain, principal bénéficiaire des aides, afin d’illustrer les nouveaux mécanismes de financement

A l’écran, la Côte d’Ivoire s’est retrouvée dans le sud de l’Afrique alors qu’elle est située dans l’ouest du continent. Le Nigeria a perdu son accès à la mer pour finir enclavé dans le Sahara. Le Cameroun est, quant à lui, un Etat fantôme, invisible sur la carte. Enfin, le Mozambique, pays d’Afrique australe, était placé dans l’est du continent.

Six pays africains, dont des représentants étaient présents, ont ainsi vu leur géographie maltraitée par les délégués américains. La « bourde » a immédiatement fait réagir la communauté de spécialistes présents lors de ce grand raout mondial.

« Erreur regrettable »

« L’incapacité du gouvernement américain à déceler cette erreur avant de présenter la diapositive lors de la plus importante conférence internationale sur le sida au monde, dans une session où le directeur général du Nigeria était invité, est un manque de respect envers les collaborateurs africains », s’est insurgée Emily Bass, experte du VIH, dans un article publié sur le réseau Substack. La chercheuse y a vu l’illustration du manque d’intérêt de Washington pour la santé mondiale.

Face au concert de critiques en ligne, Washington a évoqué une « erreur regrettable ». « Nous assumons l’entière responsabilité de la confusion et des informations erronées que cela a pu causer aux participants, y compris à nos partenaires africains », a déclaré un porte-parole du département d’Etat. Pour toute explication, ce dernier a fait savoir qu’un membre de la délégation avait modifié à la hâte le diaporama juste avant la présentation.

Mais, selon l’agence Reuters, qui a constaté la présence d’un filigrane d’intelligence artificielle sur la carte, celle-ci a été créée avec les outils de l’entreprise d’OpenAI. Il pourrait s’agir d’une hallucination, ou d’une défaillance du modèle de la société américaine.

« Cet incident montre le danger d’une dépendance aveugle à l’IA et l’importance de l’intervention humaine, non seulement pour le développement des modèles pour limiter les biais, mais aussi pour la vérification des données produites par l’IA », observe Adji Bousso Dieng, spécialiste de l’IA et enseignante à l’université américaine de Princeton. Elle rappelle aussi que les hallucinations demeurent un écueil de ces technologies et une préoccupation majeure. « La vérification est devenue un important sujet de recherche de l’IA pour les sciences », constate-t-elle.

Donald Trump, le multirécidiviste

Pour autant, la maladresse américaine révèle aussi une méconnaissance de la géographie. Enseignée comme une discipline mineure au collège, la matière fait souvent partie d’un cours commun avec la sociologie, l’histoire ou l’économie. En 2015, un rapport du gouvernement fédéral estimait que plus de la moitié des professeurs de 4e consacraient moins de 10 % de leur temps d’apprentissage à la géographie.

Une part non négligeable d’Américains peine aussi à situer des pays contre lesquels les Etats-Unis sont en conflit, même durant des années. Au lendemain de la mort du général iranien Ghassem Soleimani, tué par une frappe américaine en janvier 2020, un sondage dévoilait que seuls 23 % des électeurs américains inscrits sur les listes électorales étaient capables de situer l’Iran sur une carte du monde vierge.

Donald Trump est par ailleurs un multirécidiviste des approximations géographiques. En juillet, en marge du sommet de l’OTAN, il a confondu l’Iran avec le Japon, rebaptisé « République islamique du Japon ». En mai, lors d’une réunion consacrée à la guerre en Iran, il avait menacé de « pulvériser » Oman. Là aussi, Téhéran était visé. Mais le président américain n’est pas le seul à déformer la cartographie du monde. En 2011, lors du G20 à Cannes, la chaîne CNN situait la ville des Alpes-Maritimes en Espagne. Deux ans auparavant, sa rivale Fox News plaçait l’Egypte en Irak…

Plus étonnant, le 15 février, lors du gala annuel de la NBA à Los Angeles, une carte de la France, sans l’Alsace et la Lorraine, était projetée pendant la présentation du joueur de basket tricolore, Victor Wembanyama. Pas d’incident diplomatique pour autant. Emmanuel Macron avait pris le parti d’en rire. « Je veux rassurer nos voisins, nous n’avons pas fourni la carte », avait-il moqué dans un message en ligne.

 

 

 

 

Source : Le Monde

 

 

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