(Nouakchott – Initiatives News) – La tension est montée d’un cran, jeudi, au tribunal de Nouakchott lors du procès en appel des députées de l’opposition Mariem Cheikh Dieng et Ghamou Achour.
Le parquet général a requis cinq ans de prison ferme ainsi que la déchéance de leurs droits civils et politiques.
En réaction, les avocats de la défense ont quitté la salle d’audience pour dénoncer ce qu’ils qualifient de graves irrégularités de procédure, tandis que les deux élues ont refusé de s’exprimer devant la cour.
Des réquisitions plus lourdes qu’en première instance
L’audience, marquée par de vives tensions, s’est achevée jeudi à la mi-journée sur des réquisitions du parquet général jugées particulièrement sévères.
Les magistrats ont demandé cinq ans d’emprisonnement ferme contre les deux parlementaires, assortis de la déchéance de leurs droits civils et politiques, une peine plus lourde que celle prononcée en première instance.
La défense claque la porte
Estimant que la cour avait porté atteinte aux droits de leurs clientes, les avocats ont quitté l’audience après que les juges ont décidé de joindre les incidents de procédure au fond du dossier. « Le collectif de la défense s’est retiré de la salle d’audience en signe de protestation contre cette décision », ont déclaré les conseils des deux députées.
Selon eux, des irrégularités majeures ne pouvaient être examinées en même temps que le fond de l’affaire.
L’immunité parlementaire au cœur du débat
La stratégie de la défense repose principalement sur deux arguments : l’immunité parlementaire garantie par l’article 50 de la Constitution mauritanienne et la nullité de la procédure engagée.
Les avocats soutiennent que les faits reprochés, relevant de la législation sur les cyber-infractions, nécessitent une véritable instruction judiciaire en raison de leur complexité technique et ne peuvent être traités dans le cadre d’une procédure de flagrant délit.
Les deux députées ont, de leur côté, observé un silence complet devant les juges, affirmant qu’elles ne s’exprimeraient pas tant que leur statut de parlementaires ne serait pas respecté.
Des critiques sur l’indépendance de la justiceLe collectif de défense a également mis en cause l’indépendance de la juridiction, évoquant les récents changements intervenus au sein de la magistrature.
Selon les avocats, « la mutation du juge d’appel et de ses conseillers, ainsi que la nomination de nouveaux juges, témoignent de la volonté du pouvoir exécutif d’influencer la décision du tribunal ».
Les poursuites
Les deux députées de l’opposition avaient été arrêtées après la diffusion de contenus sur les réseaux sociaux.
Elles sont poursuivies pour « atteinte aux symboles nationaux, attroupement illégal, dénonciation calomnieuse, atteinte à la cohésion sociale et incitation à la violence », en application de la loi n° 2016-07 relative aux cyber-infractions.
Depuis le début de l’affaire, l’opposition et plusieurs mouvements de soutien dénoncent une arrestation arbitraire, estimant qu’elle est intervenue sans levée préalable de l’immunité parlementaire par l’Assemblée nationale, comme le prévoit la Constitution.
À l’issue de l’audience, après le retrait de la défense et le refus des deux prévenues de comparaître sur le fond, la cour a mis l’affaire en délibéré. Le jugement est attendu le mercredi 8 juillet.
Oumar Elhaj Thiam, JP
Source : Initiatives News (Mauritanie)
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