Pourquoi cette question ? Parce qu’elle ne va pas de soi. En 1863, lors de la création des premières lois du jeu par la Football Association en Angleterre, la règle interdit de fixer sous les chaussures des clous, plaques de fer et autres matériaux dangereux, mais ne comporte aucune mention explicite de l’obligation de porter des chaussures.
Des buts en chaussettes
À l’époque, dans de nombreux pays chauds, à commencer par le Brésil, le football est un sport de rue, voire de plage, qui se pratique sans tenue particulière et souvent sans chaussures. Chez les amateurs comme chez les professionnels. Leônidas da Silva, l’un des plus grands joueurs brésiliens, surnommé « le Diamant Noir », est entré dans l’histoire en marquant un but en chaussettes à la Coupe du monde 1938, à Paris ! Lors du match épique contre la Pologne (victoire 6-5 du Brésil), le terrain est à ce point détrempé que ses chaussures s’enlèvent toutes seules. L’arbitre l’autorise à continuer ainsi.
Au début des années 1950, le règlement a évolué vers une obligation stricte de porter des chaussures, pour des raisons de sécurité. Les pieds sont exposés aux tacles, aux crampons des autres joueurs, aux chocs avec le ballon. Cette règle vise à éviter l’écrasement des orteils et les plaies ouvertes susceptibles de s’infecter. De plus, les pelouses (naturelles puis synthétiques) sont conçues pour être foulées en chaussures. Jouer pieds nus entraîne une moins bonne adhérence, donc glissades et blessures.
Un forfait pour des chaussures
La FIFA a voulu des règles identiques sur tous les continents. Certaines régions autorisaient encore le jeu pieds nus, d’autres non : cela posait un problème d’équité. Le cas survient en 1950, quand l’Inde se qualifie pour le premier Mondial de l’après-guerre au Brésil. L’équipe doit affronter au premier tour l’Italie, tenante du titre, la Suède et le Paraguay. La FIFA refuse que les joueurs indiens jouent pieds nus, comme ils en ont l’habitude.
En avril 1950, dans les colonnes de France Football, M. Escartin, membre de la commission d’arbitrage, est formel : « Le port des chaussures est obligatoire pour tous les joueurs – et sur le terrain tout au moins – lors du tournoi de Rio. » Les responsables de la fédération indienne ont été prévenus officiellement quelques semaines avant le début de la compétition. Ils ont brandi ce prétexte pour déclarer forfait.
Aujourd’hui, les règles de l’IFAB (International Football Association Board) stipulent que l’équipement obligatoire englobe « des chaussures », sans plus de précisions sur leur nature. Si les crampons sont bien vérifiés pour s’assurer qu’ils ne présentent aucun danger pour l’adversaire (taille, matière et forme), ils ne sont toutefois pas exigés. Concrètement, rien n’empêche un footballeur de jouer avec ses vieilles baskets. Jusqu’à preuve du contraire.
Source : Sud Ouest (France) – Le 12 juin 2026
Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com
