Coupe d’Afrique des nations féminine : le Malawi à une victoire de l’un des plus beaux exploits du tournoi

Les Scorchers, emmenées par les sœurs Temwa et Tabitha Chawinga, ont déjoué tous les pronostics en se qualifiant pour la finale, qu’elles disputent contre le Cameroun, dimanche à Rabat. L’équipe, 153ᵉ au classement mondial, n’avait jusqu’alors jamais pris part à la compétition.

Le Monde – Le sport en général, et le football en particulier, aime les contes de fées. Les histoires où les petits triomphent des grands et déjouent les scénarios écrits à l’avance. A l’image de celle de la sélection féminine du Malawi, opposée au Cameroun, dimanche 16 août à Rabat, en finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN). Un tournoi qu’elle n’avait jusqu’alors jamais disputé.

Les Scorchers – leur surnom, que l’on pourrait traduire par « les Fulgurantes » avaient arraché leur qualification dans la douleur, en octobre 2025, aux dépens de l’Angola (0-0 à l’aller ; 2-0 au retour). Leurs matchs de préparation à la compétition s’étaient soldés par de cinglantes défaites : 0-5 contre l’Australie, 1-2 face au Maroc et 0-4 contre le Ghana. Au coup d’envoi de la CAN, dimanche 26 juillet, l’équipe était la moins bien classée des 16 engagées, n’occupant que le 153e rang mondial. Les voilà, près d’un mois plus tard, à une victoire de l’exploit.

Dès leur entrée en lice, mercredi 29 juillet, les Malawites ont pris de court les observateurs, en renversant le Nigeria (3-2), la sélection tenante du titre qui a remporté 10 des 13 éditions de la CAN disputées jusque-là. Puis elles ont atteint les demi-finales, validant par la même occasion leur billet pour la prochaine Coupe du monde, prévue à l’été 2027, au Brésil.

La tournure des événements est tout sauf une surprise pour l’attaquante Temwa Chawinga, 27 ans. Avant la compétition, elle n’a eu de cesse de répéter que les Scorchers disposaient du talent nécessaire pour briller dans un grand rendez-vous. Avec sa sœur Tabitha, de trois ans son aînée, elle aussi attaquante, elles tiennent d’ailleurs le rôle de protagonistes de cette belle épopée, inscrivant 9 des 12 buts du Malawi dans le tournoi – 5 pour la première ; 4 pour la seconde.

Il faut dire que les Chawinga sont habituées à battre en brèche les préjugés, à commencer par celui, encore tenace dans leur pays, selon lequel le football est un sport d’hommes. « J’étais heureuse de pouvoir jouer. Mais, chaque fois que je rentrais, ma mère me battait, me giflait. Mes parents voulaient que j’arrête », expliquait Tabitha dans un entretien à l’agence Associated Press, au printemps 2024.

Elle peut aujourd’hui se targuer d’avoir remporté deux titres de championne de France avec l’OL Lyonnes et d’avoir joué une finale de Ligue des champions. Temwa, elle, n’est rien de moins que double Soulier d’or (meilleure buteuse) et MVP (Most Valuable Player, meilleure joueuse) de la National Women’s Soccer League des Etats-Unis, considérée comme l’un des championnats féminins les plus compétitifs du monde, où elle porte les couleurs du Kansas City Current.

« Jeunes joueuses prometteuses »

Pour vivre leur rêve, Temwa et Tabitha ont dû partir loin, avant leur majorité, notamment en Chine où elles ont toutes les deux évolué quelques saisons. « Cela n’a pas été facile d’en arriver là où nous sommes aujourd’hui », reconnaissait l’aînée auprès de Forbes Africa, en avril 2025.

Car au Malawi, pays coincé entre la Zambie, la Tanzanie et le Mozambique, comptant parmi les plus pauvres du monde, les infrastructures sont limitées et le manque de soutien financier criant. Mais les choses avancent petit à petit. La première division a été lancée en 2020, puis rebaptisée Ligue féminine Goshen-FAM en 2023 après un parrainage de 60 millions de kwachas malawites (un peu moins de 30 000 euros) du Goshen Trust, dirigé par le prédicateur et homme d’affaires Shepherd Bushiri. Et, bien que plusieurs Scorchers soient également pensionnaires de clubs étrangers (Rose Kadzere à Montpellier, ou encore Faith Chinzimu au BK Häcken, en Suède), la majeure partie de l’effectif est issue du football local.

Interrogée par le quotidien britannique The Guardian en 2025, Suzgo Ngwira, ex-présidente de la fédération féminine malawite, se réjouissait que « le succès de joueuses » comme les Chawinga ait « contribué à accroître la visibilité » de la discipline. Et d’insister : « Grâce à un meilleur accès à l’éducation et aux ressources, de plus en plus de filles s’y mettent. » « Nous avons beaucoup de jeunes prometteuses. Je pense que nous sommes en train de construire une bonne équipe nationale », confirmait de son côté l’aînée des sœurs, lors de la CAN.

Qu’importe l’épilogue, l’épopée de la sélection dans cette Coupe d’Afrique des nations est déjà, en soi, une réussite. A l’exception logique de la première édition du tournoi, en 1998, aucune nation néophyte ne s’était invitée en finale, et seuls trois pays ont inscrit leur nom au palmarès (le Nigeria, la Guinée équatoriale et l’Afrique du Sud). De quoi prouver que le potentiel de développement du football au féminin sur le continent existe, au-delà des têtes d’affiche traditionnelles.

 

 

 

 

Source : Le Monde

 

 

 

 
Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com
Quitter la version mobile