Pour l’Iran, un statu quo inconfortable, entre cessez-le-feu et blocus

La prolongation de la trêve annoncée par le président américain, mardi, place Téhéran, étranglé économiquement, dans une situation difficile à tenir dans la durée. Le risque d’une nouvelle escalade demeure élevé.

Le Monde – L’annonce, mardi 21 avril, de la décision du président américain, Donald Trump, de « prolonger le cessez-le-feu » jusqu’à « ce que l’Iran présente une proposition visant à mettre fin au conflit » ne constitue pas un scénario favorable pour l’establishment iranien. Alors que les Etats-Unis maintiennent Téhéran dans une forme d’entre-deux – ni guerre ni paix, une configuration que ses dirigeants ont historiquement cherché à éviter –, et que le blocus naval américain demeure en place, la perspective d’une reprise des hostilités continue de planer sur l’Iran, étranglant encore plus son économie déjà fortement fragilisée.

« La situation actuelle – pression économique via le blocus, incertitude stratégique et confrontation de basse intensité persistante – est perçue [à Téhéran] comme érodant progressivement les capacités stratégiques restantes de l’Iran », explique, sur X, Hamidreza Azizi, chercheur au cercle de réflexion Stiftung Wissenschaft und Politik, à Berlin. Pour Téhéran, la prolongation du cessez-le-feu par Washington « n’est donc pas interprétée comme une sortie honorable du conflit, mais plutôt comme une reconfiguration de sa forme et de sa dynamique, réduisant les coûts pour les Etats-Unis tout en les augmentant pour l’Iran », poursuit le chercheur.

Dans sa première réaction officielle, le quartier général central Khatam Al-Anbiya, organe de commandement unifié des forces armées iraniennes, a affirmé que les forces de la République islamique étaient « prêtes à tirer » et répondraient « en cas d’agression ». « Nos forces sont puissantes et capables et depuis longtemps en état de préparation à 100 % (…), afin qu’en cas d’agression ou de toute action contre l’Iran islamique elles frappent immédiatement et avec force des cibles prédéterminées », a déclaré son porte-parole, Ebrahim Zolfaghari, évoquant « les menaces répétées du président des Etats-Unis et des commandants de l’armée ».

Mardi, alors qu’une réponse iranienne était attendue concernant sa participation à un nouveau cycle de négociations à Islamabad, les autorités ont conditionné leur présence à un geste concret de Washington, en particulier la levée du blocus maritime dans le détroit d’Ormuz. Faute d’un tel geste, s’asseoir à la table des négociations serait, du point de vue iranien, assimilable à une forme de capitulation, d’autant plus que l’Iran estime avoir pris l’avantage dans cette guerre asymétrique face aux Etats-Unis et à Israël.

« Consensus au sommet de l’Etat »

« Donald Trump, en imposant un blocus et en violant le cessez-le-feu, cherche à transformer la table des négociations en table de capitulation, ou à justifier une reprise des hostilités, a écrit, le 19 avril, sur X, Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien et chef de la délégation lors du premier cycle de pourparlers à Islamabad, les 11 et 12 avril. Nous n’acceptons pas de négocier sous la menace. »

Contrairement aux affirmations de Donald Trump, qui a évoqué un « gouvernement iranien très divisé », l’establishment iranien ne laisse pas apparaître, à ce stade, de fractures majeures quant à l’attitude à adopter face aux Etats-Unis. « Depuis le début du processus d’Islamabad, il existe des sensibilités différentes : le ministère des affaires étrangères adopte une approche plus flexible que les gardiens de la révolution, mais cela ne signifie pas qu’ils défendent des lignes distinctes, explique Babak Vahdad, chercheur et analyste spécialiste de l’Iran, du golfe Persique et du chiisme. La position iranienne résulte d’une coordination étroite et d’un consensus au sommet de l’Etat, sous l’autorité du Conseil suprême de sécurité nationale et des gardiens de la révolution. »

Le régime doit également composer avec une base populaire ultraconservatrice, profondément méfiante à l’égard de l’Occident. Estimée à plusieurs millions de personnes, cette base reste attentive à tout signe de faiblesse. « En période de guerre, perdre son soutien serait difficilement récupérable, alors même que le pouvoir a déjà perdu une grande partie de sa légitimité sociale », souligne Hamidreza Azizi, faisant allusion aux multiples vagues de contestation que le pays a connues, dont la plus récente, en janvier.

Vague massive de licenciements

Début mars, Téhéran a annoncé la fermeture du détroit d’Ormuz, mais les tensions se sont fortement accrues après l’échec du premier cycle de discussions à Islamabad et l’annonce par Donald Trump de l’instauration d’un blocus naval dans la zone. Le 20 avril, les Etats-Unis ont arraisonné le cargo iranien Touska, pour avoir ignoré des avertissements répétés.

Désormais, l’évolution de la situation dépendra largement du caractère réel ou simplement symbolique du blocus naval américain. Toute nouvelle interception ou saisie de navires iraniens pourrait rapidement déclencher une escalade militaire entre l’Iran et les Etats-Unis, avec un risque d’extension du conflit à Israël. Dans un tel scénario, la reprise des hostilités ouvertes n’est pas à exclure.

Pendant ce temps, en Iran, la situation économique et sociale se dégrade rapidement. Le pays reste en grande partie coupé d’Internet, à l’exception de certains cercles proches du pouvoir ou de ceux qui peuvent accéder à des VPN coûteux. Chaque jour, des informations font état d’une vague massive de licenciements, notamment dans les secteurs de la publicité, du numérique et des start-up. Certains retraités n’ont pas perçu leur pension depuis le début du conflit. Dans ce contexte, une aggravation significative de la crise économique est à redouter dans les prochaines semaines.

 

Source : Le Monde

 

 

 

Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page