Deutsche Welle – Ce mardi 21 avril ont débuté les auditions des quatre candidats en lice pour succéder à Antonio Guterres au poste de secrétaire général des Nations unies. Ils vont défendre leur vision pour reprendre, à compter de début 2027, les rênes d’une organisation internationale en crise profonde.
Les quatre postulants sont : le Sénégalais Macky Sall, la Chilienne Michelle Bachelet, la Costaricaine Rebeca Grynspan et l’Argentin Rafael Grossi. Portrait de ces candidats.
Macky Sall
L’ancien président sénégalais (2012-2024), géologue de formation, est le seul candidat en lice n’étant pas issu d’Amérique latine. Il insiste dans sa « vision » sur le lien intrinsèque entre paix et développement, la première ne pouvant être « pérenne » quand le second pilier est miné « par la pauvreté, les inégalités, l’exclusion et la vulnérabilité climatique ».
Sa candidature à l’Onu, portée par le Burundi – à la tête de la présidence tournante de l’Union africaine -, n’est soutenue ni par le bloc régional, dont 20 des 55 pays membres s’y sont opposés, ni par son propre pays, le Sénégal.
Les actuelles autorités sénégalaises l’accusent notamment d’avoir réprimé les manifestations politiques. Des violences qui ont fait des dizaines de morts entre 2021 et 2024. Ce manque de soutien au sein du continent constitue un sérieux handicap pour sa candidature.

Michelle Bachelet
Agée de 74 ans, la socialiste, qui a subi la torture dans les prisons du régime militaire d’Augusto Pinochet, a été la première femme présidente du Chili (2006-2010 puis 2014-2018), devenant une personnalité politique internationale de premier plan.
Son passage à la tête du Haut-commissariat de l’Onu pour les droits de l’Homme (2016-2022), poste sensible, lui a attiré certains ressentiments.
La Chine avait vivement critiqué sa publication d’un rapport accablant sur le sort de la minorité des Ouïghours.

Dans sa lettre exposant sa « vision » de secrétaire générale, Michelle Bachelet se dit « convaincue » que son expérience l’a « préparée à affronter » cette époque où le système international « fait face à des défis d’une ampleur, d’une urgence et d’une complexité sans précédent ». Sa candidature est portée par le Mexique et le Brésil.
Son pays, le Chili, lui a retiré son soutien après la prise de fonction du nouveau président d’extrême droite, José Antonio Kast.
Michelle Bachelet a essuyé les critiques des conservateurs américains pour ses opinions en faveur du droit à l’avortement et l’envoyé de Washington auprès de l’Onu a semblé torpiller sa candidature en déclarant qu’il partageait les inquiétudes quant à son aptitude à occuper ce poste.
Rebeca Grynspan
L’ancienne vice-présidente du Costa Rica, peu connue du grand public, dirige l’agence de l’Onu pour le Commerce et le Développement (Cnuced). A ce titre, elle a négocié, en 2022, avec Moscou et Kiev, « l’Initiative de la mer noire » pour faciliter l’exportation des céréales ukrainiennes après l’invasion russe.
Forte de son histoire personnelle, avec des parents juifs ayant « à peine survécu » à l’Holocauste avant d’immigrer au Costa Rica, elle met en avant son attachement à la Charte de l’Onu, fondée sur les cendres de la Seconde Guerre mondiale : « un avertissement permanent contre les dangers de la déshumanisation, de la méfiance et de la fragmentation ».

Rafael Grossi
Diplomate de carrière, l’Argentin de 65 ans, est entré sous les projecteurs en prenant la tête de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA), en 2019.
Ce poste l’a ainsi amené à s’occuper du programme nucléaire iranien et des dangers liés à la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia, occupée par les forces russes. Deux dossiers brûlants dans lesquels sont impliqués plusieurs membres permanents du Conseil de sécurité.
Dans sa lettre de candidature, il plaide pour un « retour (de l’Onu) à ses bases fondatrices : sauver l’humanité du fléau de la guerre ». Un discours porté par l’administration Trump, alors que d’autres Etats soulignent l’importance de la cohabitation des trois piliers onusiens (paix, droits humains, développement).
Rafael Grossi, père de huit enfants, parle anglais, espagnol, français et italien.

Une femme cette fois-ci ?
Le poste de secrétaire général de l’Onu est traditionnellement attribué à tour de rôle aux différentes régions, bien que lorsque le Portugais Antonio Guterres a été élu, en 2016, c’était au tour de l’Europe de l’Est. La prochaine région sur la liste est l’Amérique latine.
Aucune femme n’a jamais occupé le poste de secrétaire générale au cours des 80 ans d’histoire de l’Onu et de nombreux États plaident pour qu’une femme prenne, enfin, la tête de l’organisation.

Le dernier mot au Conseil de sécurité
L’Amérique latine revendique le poste en vertu d’une tradition de rotation géographique, qui n’est cependant pas toujours respectée. Mais, ce sont les cinq membres permanents du Conseil de sécurité avec leur droit de veto (États-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni, France) qui ont véritablement l’avenir des candidats entre leurs mains.
Le prochain secrétaire général devra être en phase avec « les valeurs et les intérêts américains », a d’ailleurs prévenu l’ambassadeur américain Mike Waltz.
Les quatre candidats officiels à ce jour pour prendre la tête de l’Onu, le 1er janvier 2027, mettent tous en avant la nécessité de reconstruire la confiance envers une organisation malmenée et au bord de la crise financière.
Un candidat doit être désigné par un État membre de l’Onu. Une règle tacite veut qu’un secrétaire général ne soit jamais issu des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’Onu, à savoir le Royaume-Uni, la Chine, la France, la Russie et les États-Unis, afin d’éviter une concentration excessive du pouvoir.
Journaliste au programme francophone de la Deutsche Welle
Source : Deutsche Welle (Allemagne)
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