Le Soleil – À l’ère qu’on a appelé à tort «la révolution des communications», la technologie nous a laissé miroiter un âge d’or où on communiquerait plus, on jaserait tous ensemble, on échangerait mieux.
Par-dessus tout, on rêvait d’un monde où on pourrait discuter avec des gens qui ne sont pas de notre univers et qui ne pensent pas comme nous. On apprendrait mutuellement. On évoluerait.
Mais les algorithmes en auront décidé autrement, nous enfermant dans notre chambre d’écho. On est renforcé dans nos valeurs, dans nos préjugés. La machine physique elle-même nous aura isolés. Chacun dans son espace… plus individualiste que jamais.
Sur Instagram, un humoriste partage ses numéros d’humour qu’il donne dans le métro de New York. Ce qu’on remarque, ce n’est pas tant les blagues de Marcus Monroe mais l’indifférence des citoyens qui l’entourent. Il se déguise, il utilise un haut-parleur et fait des jeux de mots comiques. Impossible de lui accorder de l’attention.
Pourtant, autour de lui, tous sont enfermés dans leurs téléphones cellulaires. Écouteurs aux oreilles, ils agissent comme si l’interprète n’existait pas. Parfois, ils rient un gag, mais simulent que c’est dû à leur portable plutôt qu’à l’artiste.
Dans le transport public, dans la rue, dans les magasins, chacun vit maintenant dans sa bulle. Même les rares légers contacts visuels créent un malaise.
Lorsque je demande à la caissière à l’épicerie comment elle va, le plus souvent, elle me répond avec bonheur, puisque plus personne ne lui adresse la parole à part les quelques mots succincts : «Crédit», «Sac de papier brun» et «facture par courriel». Même plus de «s’il vous plait» d’ailleurs.
À cet instant exact, les autres clients nous dévisagent. Le message non dit est clair : vous nous faites perdre notre temps. Mais quand sommes-nous devenus si intolérants à l’autre ?
Autre exemple. Avec plusieurs de mes collègues, nous avons donné du temps récemment au journal l’Itinéraire dans le cadre de leur événement intitulé «camelot d’un jour». Avec des intervenants du milieu et de vrais camelots, on plonge dans la rue pour proposer le journal à tout un chacun.
Ce qui marque ? La presque totalité des gens ne nous regardent même pas. On a beau leur présenter le plus beau des «bonjour» avec le sourire, peu nous répondent. C’est simple, ils font mine que nous n’existons pas. Rares sont ceux qui prennent le temps d’une «jasette».
Le réveil est brutal. Notre rapport à l’autre, qu’il soit dans la rue ou non, s’effrite. Les personnes en situation d’itinérance nous le confirment. Une conversation avec d’autres humains, être considéré comme une personne de valeur vaut bien plus que quelconque don monétaire.
Comment ça va aujourd’hui ? Il est arrivé de quoi de particulier ? Comment tu vas de ce temps-là ? Ces questions sont devenues précieuses, mais rares.
Si les machines promettaient de nous «connecter», elles auront fait tout le contraire. Lâchons nos maudites «bébelles». Intéressons-nous aux autres.
S’il est devenu un acte de résistance de jaser avec tout un chacun, je vous invite à embarquer dans ma révolution. Parlons-nous, qu’on se connaisse ou non. On est plus fort à la gang.
C’est clairement comme ça qu’on créera un monde meilleur.
MC Gilles
Source : Le Soleil (Québec)
Les opinions exprimées dans cette rubrique n’engagent que leurs auteurs. Elles ne reflètent en aucune manière la position de www.kassataya.com
Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com
