À peine la sortie médiatique de Son Excellence le Président de la République achevée — une prestation largement saluée et encore analysée sur les plateaux de télévision — qu’apparaît une pétition appelant à une révision de la Constitution afin d’y inscrire les Haratines comme communauté constitutionnellement reconnue. Chacun appréciera le calendrier. Hasard ou stratégie de communication, le débat est ouvert.
Le véritable sujet est ailleurs. Cette pétition ne soulève pas seulement une revendication sociale ; elle remet en discussion le pacte constitutionnel lui-même. Or la Constitution mauritanienne repose sur un choix fondamental : le peuple est un et indivisible. Son préambule, ainsi que ses articles 1, 2 et 4, consacrent une République fondée sur l’égalité des citoyens, sans distinction d’origine, et sur une souveraineté appartenant au peuple dans son ensemble, non à des communautés juridiquement constituées.
C’est pourquoi la demande de constitutionnaliser une composante particulière se trouve en porte-à-faux avec les principes fondamentaux de la Constitution mauritanienne….
Dès lors, si l’on ouvrait cette voie , au nom de quel principe s’arrêterait-on aux seuls Haratines ? Faudrait-il également distinguer, dans la Constitution, les descendants d’affranchis des autres composantes nationales ? Une telle logique conduirait à transformer progressivement la citoyenneté en inventaire des appartenances, au risque d’institutionnaliser ce que la Constitution cherche précisément à dépasser.
Ce qui frappe davantage est que cette initiative émane, pour une large part, d’anciens serviteurs de l’État, parfaitement familiers des principes constitutionnels. On peut dès lors se demander si cette démarche procède d’une méconnaissance du droit constitutionnel ou d’un choix délibéré de promouvoir un modèle d’organisation politique qui conduirait à la balkanisation du pays.
Mais l’ironie de cette séquence réside dans le fait que la pétition signée par le président du RAG, l’ancien ministre Oumar Ould Yali, a été immédiatement critiquée par Biram Dah Abeid. Tout en reconnaissant la réalité des injustices historiques et la nécessité de politiques publiques destinées à les corriger, il refuse de transformer la République en une fédération de communautés négociant chacune sa part de l’État. Sa distinction entre la réparation des inégalités et la communautarisation des institutions rejoint, sur ce point précis, la philosophie même de la Constitution.
L’histoire enseigne une leçon constante : les États se fragmentent rarement parce qu’ils reconnaissent les souffrances ; ils se fragilisent lorsqu’ils substituent aux citoyens des communautés titulaires de droits politiques distincts. La réparation des injustices est une exigence de justice ; la constitutionnalisation des appartenances est une transformation du pacte national. Les deux ne relèvent ni de la même logique, ni des mêmes conséquences.
Au fond, la Constitution mauritanienne pose une question simple mais décisive : voulons-nous que les générations futures héritent d’une République où chacun entre dans l’État par sa citoyenneté, ou d’une République où chacun y entre d’abord par son origine ? C’est dans cette alternative que réside le véritable enjeu de cette pétition.
Mohamed Ould Echriv Echriv
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