Mauritanie : un statut qui prétend moderniser la police, mais qui verrouille surtout

Au lendemain de l’adoption des modifications du statut de la police nationale, les observateurs s’interrogent sur un État qui renforce son appareil sécuritaire sans renforcer les droits des citoyens. Cette centralisation accrue du pouvoir est voulue par le puissant premier flic du pays, le ministre de l’Intérieur.

Dans un pays où les forces de sécurité sont déjà au cœur du contrôle politique et plusieurs scandales de corruption et d’assassinats de citoyens paisibles, ce statut n’est pas neutre. Il redessine les rapports de force au profit du pouvoir exécutif. La création de nouveaux grades supérieurs de contrôleurs généraux, d’inspecteurs en chef, n’est pas anodine. Dans un système où les promotions sont historiquement opaques obéissant à des critères d’appartenance tribale, cette élite devient un instrument de loyauté politique plutôt qu’un vecteur de professionnalisme. L’article 22, réécrit en profondeur, impose un devoir de réserve quasi absolu. C’est un message clair. Les policiers n’ont plus le droit de parler, même lorsqu’ils sont témoins d’abus, de corruption ou de pressions politiques. C’est la justice qui prend encore un coup. Le renouvellement générationnel est sacrifié au profit de la stabilité des cercles d’influence. Ce statut révèle un projet politique dont l’objectif principal est de consolider l’État sécuritaire. Il s’agit d’une modernisation pour l’État, pas pour la République.

 

Cherif Kane

Coordinateur journaliste

 

 

(Reçu à Kassataya.com le 23 juillet 2026)

 

 

 

Les opinions exprimées dans cette rubrique n’engagent que leurs auteurs. Elles ne reflètent en aucune manière la position de www.kassataya.com

Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page