Une enfant de sept ans. Depuis quelques heures, son visage circule sur les réseaux sociaux. Elle aurait été victime d’un viol à Toujounine. La police a annoncé aujourd’hui l’interpellation d’un suspect. Je regarde cette image et une question me vient avant toutes les autres. Pourquoi faut-il montrer le visage d’une enfant pour que nous mesurions enfin la gravité de ce qu’elle a subi ?
Cette petite fille n’a pas besoin de devenir une image virale. Elle a besoin d’être protégée, soignée, entourée, et que son avenir ne soit pas confisqué par une photographie que nous aurons nous-mêmes fait circuler. Nous pouvons nous indigner sans l’exposer davantage. La honte, de toute façon, ne lui appartient pas. Elle appartient tout entière à celui qui a commis ce geste. Mais une autre question me poursuit. Que faisons-nous, collectivement, pour protéger nos enfants avant que le drame ne survienne ?
Nous sommes très nombreux à nous indigner lorsqu’une affaire éclate. Nous partageons, nous commentons, nous demandons justice. Puis quelques jours passent, une autre actualité arrive, et nous attendons la prochaine enfant. Cela ne peut pas être notre seule réponse. Car ce qui protège réellement un enfant, ce n’est pas notre émotion. C’est notre capacité à l’écouter, et à ne pas laisser une affaire s’éteindre lorsqu’elle nous dérange. Combien d’enfants se taisent parce qu’ils savent qu’on ne les croira pas ? Combien parlent à demi-mot et rencontrent en face d’eux notre gêne, notre incrédulité, ou notre souci de préserver une réputation ? Chaque fois que le silence l’emporte, c’est l’agresseur qui gagne, et c’est l’enfant qui est condamné une seconde fois. Notre religion ne nous a jamais demandé cela. Elle nous a demandé de protéger le faible, et elle nous a appris qu’un peuple se perd lorsqu’il punit le petit et épargne celui qui a un nom.
Je veux également interpeller ceux qui ont la responsabilité des politiques publiques. Protéger l’enfance ne peut pas commencer au commissariat, après l’agression. La prévention doit entrer dans l’école, dans les mahadras, dans les centres de santé, dans les quartiers. Les enseignants, les éducateurs, les personnels de santé et les familles doivent savoir reconnaître un signal, accueillir une parole et vers qui orienter un enfant. Il faut former ceux qui les encadrent, faire connaître les dispositifs de signalement, accompagner les familles, et faire en sorte que la première réaction, lorsqu’un enfant parle, soit de le protéger. La justice fera son travail dans cette affaire, et je tiens à ce qu’elle le fasse jusqu’au bout. Mais notre responsabilité collective commence ailleurs. Bien avant le tribunal, bien avant le commissariat, bien avant la prochaine photographie qui bouleversera nos téléphones pendant quelques heures. Cette petite fille a sept ans. Elle devrait penser à apprendre, à jouer, à grandir. Pas à survivre à ce qu’un adulte lui a fait subir. Protégeons son identité. Protégeons son avenir. Et surtout, protégeons nos enfants avant qu’il ne soit trop tard.
Mansour LY
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