« Né le 30 juin 1930 en Caroline du Nord, Thomas Sowell est un économiste, historien des idées et intellectuel américain. Principalement reconnu pour ses analyses de l’économie, de la pauvreté, des inégalités, de l’éducation, des politiques publiques, des questions raciales et de la culture, il a longtemps exercé comme chercheur au sein de la Hoover Institution. »
Le cœur de sa pensée réside dans la primauté accordée aux effets réels plutôt qu’aux intentions. C’est le prisme essentiel pour saisir son œuvre : il distingue systématiquement l’objectif affiché d’une politique de ses retombées effectives. Selon lui, une mesure publique se mesure à ses impacts concrets, en particulier sur les populations ciblées, et non à ses motifs moraux. Son ouvrage « Basic Economics », d’abord vivement critiqué lors de sa parution, est ainsi devenu au fil du temps une référence mondiale.
Nous citons ici l’exemple de Sowell pour répondre à nos contradicteurs. Nous sommes d’avis que nos réflexions sur le soufisme et notre livre, « Résider au confluent du spirituel et du temporel », demeureront une pensée vivante et pérenne. Ils tirent leur force de la science gnostique, la même tradition qui continue d’irradier à travers les figures d’Averroès, d’Avicenne, d’Al-Ghazali, de Cheikh Tidjani, de Cheikh Ibrahima Niasse ou encore de Rûmi. Plutôt que de nourrir des controverses dans l’ombre, nous invitons chacun à faire preuve de la même audace en venant débattre frontalement, arguments solides et références à l’appui. Cette mise au point étant posée, poursuivons la réflexion sur la dynamique entre le maître et ses disciples.
Être un véritable disciple, c’est aussi avoir l’audace de faire descendre son maître de son piédestal. Cela peut sembler paradoxal, voire provocateur. Comment peut-on aimer profondément son maître, lui vouer respect, admiration et reconnaissance, tout en refusant de le placer sur un piédestal ? Précisément parce que le véritable respect ne consiste pas à idéaliser l’homme, mais à reconnaître sa fonction tout en gardant toujours présente à l’esprit son humanité.
Que ce dernier soit un maître spirituel, un maître politique, un maître universitaire, un mentor ou encore un ancêtre, il faut savoir le faire descendre de son piédestal afin de pouvoir, en quelque sorte, le « tutoyer » sans le tutoyer, le contredire sans lui manquer de respect et oser lui soumettre son propre point de vue, sans chercher nécessairement à avoir raison ou à le convaincre. Mettre le maître sur un piédestal, c’est parfois prendre le risque de ne plus voir l’homme derrière le maître. Le disciple doit être apte à analyser sans critiquer, à discerner sans juger les limites, les fragilités, les erreurs et les contradictions de celui qui le guide, tout en gardant à l’esprit, surtout lorsqu’il s’agit d’un maître spirituel, sa propre condition de serviteur de Dieu.
Pour que cela advienne, il faut aussi que le maître soit capable de mettre en place les conditions permettant de transformer intérieurement le disciple, mais également d’accepter d’être « nu sans se dénuder » au milieu de tous ses disciples. Autrement dit, il doit être suffisamment libre intérieurement pour ne pas avoir besoin d’être constamment protégé par l’image que les autres ont de lui. Par conséquent, ce ne sont pas tous les disciples qui sont capables, avec sagesse, de faire descendre le maître politique, spirituel ou le mentor de son piédestal.
Être disciple, c’est donc conserver la capacité de discerner. C’est admirer sans idolâtrer, aimer sans aveuglement, suivre sans renoncer à son intelligence et recevoir sans abandonner sa responsabilité. Faire descendre son maître de son piédestal ne signifie pas perdre le respect que l’on a pour lui ; cela signifie refuser de lui attribuer ce qui n’appartient qu’au Réel. Le maître peut être une lumière sur le chemin, mais il n’est pas le chemin lui-même. Il peut être un guide vers le Réel, mais il ne doit jamais devenir un voile entre le disciple et le Réel. Le jour où le disciple ne voit plus que le maître et cesse de regarder dans la direction que celui-ci lui indique, le guide risque de devenir un voile.
Le véritable apprenant ne renonce donc ni à son maître ni à son discernement. Il apprend à tenir ensemble deux exigences : honorer profondément celui qui guide tout en restant intérieurement libre de l’emprise de ce dernier. C’est peut-être là l’une des formes les plus exigeantes de la fidélité : il ne faut jamais assimiler la grandeur d’un maître à son infaillibilité.
@Yoo Alla Faabo !!!
Abdoul Bocar GUISSÉ (Informaticien)
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