
En déclarant que l’enrôlement de la population est devenu un service public permanent, le ministre de l’Intérieur semble oublier le système dans lequel est plongée la Mauritanie depuis 2009 qui trie, exclut et fabrique des citoyens invisibles.
Officiellement, l’enrôlement biométrique est un progrès. Dans la réalité, il est devenu un instrument de tri identitaire, un dispositif qui fabrique des exclus et redessine silencieusement les frontières de la citoyenneté. C’est le sens de la déclaration du député de l’opposition Kadiata Diallo qui pointe l’exclusion de certains citoyens des processus d’inscription au Registre National des Documents Sécurisés à la suite de leur clôture. La majeure partie des témoignages dans les centres au niveau de la vallée du fleuve Sénégal,finissent par des refus. Ce traitement comme des suspects permanents fait de milliers négro-africains des apatrides, des étrangers dans leur propre pays. Les exigences administratives deviennent des obstacles insurmontables. L’État mauritanien crée ainsi une catégorie silencieuse mais massive. Autrement dit des citoyens fantômes, présents dans le pays mais absents dans les registres. L’enrôlement devient alors un bras armé du régime pour redessiner le corps électoral sans débat public.
Cherif Kane
Coordinateur journaliste
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