En Mauritanie, le discours officiel n’a jamais été aussi ambitieux : école républicaine, transformation numérique, modernisation de l’économie. Sur le papier, tout y est. Dans la réalité, tout se contredit.
Comment comprendre qu’au moment où l’on impose aux parents d’élèves l’achat d’uniformes scolaires pour un coût pouvant atteindre 600 MRU par enfant, soit jusqu’à 1800 MRU pour une famille moyenne, on décide simultanément d’augmenter de 30 % le prix des téléphones portables ?
Ce téléphone, pourtant, est devenu un outil essentiel : pour apprendre, communiquer, entreprendre, payer, s’informer. Le taxer lourdement, c’est taxer l’accès au savoir et aux opportunités.
On nous parle d’école républicaine, mais on alourdit le fardeau des familles.
On nous parle de numérique, mais on en renchérit l’accès.
On nous parle d’inclusion, mais on multiplie les barrières.
Ce n’est plus une incohérence. C’est une politique à double langage.
Une économie fragilisée par des décisions mal calibrées
Le gouvernement affirme que la taxe sur les téléphones n’affectera pas les commerçants. C’est ignorer les mécanismes économiques les plus élémentaires.
Quand les prix augmentent :
• la demande chute,
• les stocks s’accumulent,
• les marges s’effondrent.
Une hausse de 30 % peut entraîner une baisse des ventes de 20 à 40 % dans un marché aussi sensible que celui des équipements mobiles.
Derrière ces chiffres, il y a des réalités humaines : des boutiques qui ferment, des jeunes qui perdent leur activité, des familles privées de revenus.
Et ce n’est pas tout. La taxation des transactions numériques vient ajouter une couche supplémentaire d’absurdité. Comment prétendre digitaliser l’économie tout en pénalisant son usage ?
Un petit commerçant qui réalise 100 000 MRU de transactions mensuelles verra ses coûts augmenter, réduisant encore une rentabilité déjà fragile.
Un environnement déjà défavorable à l’investissement
Ces décisions interviennent dans un pays où entreprendre relève souvent du parcours du combattant :
• routes dégradées ou inexistantes,
• accès irrégulier à l’eau potable,
• coupures d’électricité fréquentes,
• main-d’œuvre insuffisamment formée.
Dans certains secteurs, les délestages électriques entraîneraient jusqu’à 5 % de pertes annuelles de chiffre d’affaires.
Dans ce contexte, alourdir la fiscalité revient à décourager davantage l’investissement. C’est envoyer un message clair : produire, investir, entreprendre devient un risque plus qu’une opportunité.
Le sentiment d’injustice
Ce qui choque le plus, au-delà des mesures elles-mêmes, c’est le sentiment d’injustice qu’elles nourrissent.
D’un côté, des citoyens à qui l’on demande toujours plus : payer, s’adapter, supporter. De l’autre, une perception persistante de mauvaise gestion, de projets mal exécutés, et d’un enrichissement de certains responsables publics.
Qu’elle soit fondée ou non, cette perception est aujourd’hui profondément ancrée. Et elle est dangereuse. En effet, une économie ne fonctionne pas seulement avec des chiffres, mais avec la confiance.
Une question simple : pour qui gouverne-t-on ?
À force d’accumuler les contradictions, une question finit par s’imposer : ces politiques sont-elles réellement pensées pour améliorer le quotidien des Mauritaniens ?
Car au final :
• l’éducation coûte plus cher,
• le numérique devient moins accessible,
• les petites entreprises sont fragilisées,
• l’investissement est découragé.
Le risque est clair : une économie qui ralentit, une jeunesse qui doute, une population qui s’éloigne de ses institutions.
Conclusion : changer de cap ou assumer les conséquences
Un pays ne peut pas avancer durablement dans la contradiction.Promouvoir l’école tout en appauvrissant les parents.Encourager le numérique tout en le taxant lourdement.Parler d’investissement tout en le décourageant.
À un moment donné, il faut choisir.
En Mauritanie, ce choix devient urgent. En effet, à défaut de cohérence, ce sont toujours les mêmes qui paient : les citoyens, les petits entrepreneurs, et l’avenir du pays lui-même.
(Reçu à Kassataya.com le 22 mars 2026)
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