
Le temps – A M’Hamid El Ghizlane, le dernier village marocain avant les dunes de l’Erg Chigaga, on pratique encore le «mokhacha», le hockey des sables. Une pratique ancestrale des tribus nomades du Sahara, transmise oralement et par le jeu, loin des patinoires du Mondial
Abderrahmane a une vingtaine d’années, il porte sa daraa bleue nouée à la taille par un tissu rouge, son turban blanc sur la tête, sa crosse de tamaris contre lui. Autour de lui, le petit groupe de jeunes joueurs s’apprête pour le match dans un brouhaha joyeux, on se charrie, on rit, on s’ajuste mutuellement la coiffe et le vêtement. Comme beaucoup d’amis du village, Abderrahmane travaille dans le tourisme à M’Hamid El Ghizlane, porte du désert prisée, mais ici, sur le terrain tracé par le sillon des crosses, il est autre chose: l’un des meilleurs joueurs de mokhacha. Il sait que si les joueurs de sa génération abandonnent, il ne restera plus personne pour maintenir la tradition de ce jeu.
Le mokhacha ressemble, au premier coup d’œil, à une version désertique du hockey sur gazon, avec sa balle, ses crosses et ses deux équipes qui s’affrontent dans la poussière. Pourtant, ce sport n’a rien d’un import venu d’ailleurs: il est né au cœur du Sahara, porté depuis des siècles par les tribus nomades de la région, qu’elles soient amazighs, touareg ou sahraouies. La balle est en laine de dromadaire et les crosses sont taillées à la main par les joueurs eux-mêmes dans du bois de tamaris. Les deux équipes se distinguent par la couleur de leurs daraas, ces longues tuniques sahariennes que l’on porte bleues d’un côté et blanches de l’autre, et chacun joue le turban sur la tête, pieds nus ou en sandalettes dans la terre ocre.
Raj Alaya
Source : Le temps (Suisse)
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