Mauritanie : l’alternance pour combler le fossé entre formation industrielle et emplois

Agence Ecofin – En Mauritanie, les difficultés d’accès à l’emploi concernent aussi les diplômés de la formation technique. Le suivi de leur insertion rappelle l’importance des liens entre les qualifications acquises et les débouchés.

La Mauritanie prévoit de développer les stages et l’alternance à l’École d’enseignement technique et de formation professionnelle industrielle de Nouakchott. Le pays a signé lundi 2 novembre avec la France un protocole d’accord de 4 millions d’euros pour moderniser l’établissement.

D’après le communiqué officiel, Expertise France pilotera le projet pendant trois ans, avec l’école et le ministère chargé de la Formation professionnelle. Dans sa présentation d’avril 2026, l’agence française prévoyait déjà d’expérimenter les stages et l’alternance dès la formation initiale, et d’en définir l’organisation avec les entreprises partenaires.

Ce rapprochement avec le monde de l’entreprise s’accompagnera d’une rénovation des enseignements. L’école renouvellera ses équipements pédagogiques, et ses formateurs verront leurs compétences renforcées. Il s’agit d’adapter les qualifications aux besoins des employeurs, pour améliorer l’employabilité des jeunes et soutenir la compétitivité des filières économiques prioritaires.

Si l’annonce ne précise ni les effectifs attendus ni les objectifs chiffrés d’insertion, des sociétés mauritaniennes pratiquent déjà l’apprentissage en situation de travail. À la mine de Tasiast, l’électricité et la soudure sont enseignées en entreprise. Son exploitant, le groupe aurifère canadien Kinross, indiquait le 20 octobre 2026 y avoir accueilli 60 apprentis pour douze mois de formation dans ces deux spécialités et en mécanique. Retenus parmi plus de 1 885 candidats, ils se forment aux côtés de professionnels expérimentés.

Les promotions antérieures laissent entrevoir des débouchés concrets. En août 2023, Tasiast a publié un bilan faisant état de 167 professionnels ayant reçu une offre d’emploi à l’issue de leur formation. L’entreprise affirme en avoir employé 90 %, ses partenaires commerciaux ayant recruté les 10 % restants.

Cette dynamique s’observe également à Zouérate, un important pôle minier du nord du pays. La Société nationale industrielle et minière (SNIM) y a créé en 2012 un centre qui prépare au CAP ou au BTS des jeunes titulaires du brevet de l’enseignement secondaire ou du baccalauréat. En septembre 2024, l’entreprise recensait plus de 2 800 candidatures à des postes d’ouvriers spécialisés ouverts aux détenteurs d’un certificat d’aptitude professionnelle ou d’un brevet de technicien. Elle déclare avoir recruté 351 jeunes en 2025, contre 185 l’année précédente, sans préciser leurs diplômes.

Ces exemples ne disent toutefois pas tout, car le passage du diplôme à l’emploi reste très inégal selon les établissements. Selon l’Analyse du secteur de l’éducation 2024, publiée avec le soutien de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), le taux d’insertion atteignait seulement 22,5 % pour les diplômés de l’école industrielle de Nouakchott sortis en 2020 et interrogés en 2022. Dans l’ensemble de la formation technique et professionnelle, un peu plus de quatre sortants sur dix étaient insérés, et seize établissements restaient sous la barre des 50 %.

Félicien Houindo Lokossou

Source : Agence Ecofin

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