
Après avoir lu le témoignage bouleversant de Chbih Cheikh El Mélanine, j’ai ressenti le besoin de lui adresser ces quelques mots. Non pour apaiser sa douleur, nul ne le peut, mais pour saluer le courage d’un enfant qui, au cœur de l’épreuve, a trouvé la force de consoler ceux qui l’aimaient.
À Chbih Cheikh El Mélanine, père de Jéliss.
Il est des douleurs que les mots n’apaisent pas. Elles traversent l’âme comme le vent du désert traverse la dune, sans demander la permission, sans laisser intact ce qu’elles touchent. Ce que vous portez aujourd’hui, nul ne peut le porter à votre place.
Mais dans nos terres, on dit souvent que lorsque l’épreuve s’abat sur une maison, elle ne vient pas seule. Elle vient regarder ce que les cœurs contiennent. Et le cœur de votre fils a parlé.
Un enfant de onze ans, privé de ses pas, et pourtant capable de consoler sa mère. Ya Allah. Ce jour-là, il n’a pas perdu ses jambes. Il a révélé sa grandeur.
Vous l’avez écrit vous-même, et nul ne le dira mieux que vous. Ce qui lui a été arraché appartient au monde matériel. Mais ce qu’il a montré appartient à ce que rien ne peut atteindre, ni l’accident, ni le temps, ni l’oubli des hommes. Je n’oublie pas, cher père, qu’une main a causé cela puis s’est dérobée, qu’un nom manque encore au pied de cette épreuve. Votre colère est juste. Réclamer que justice soit rendue à votre fils n’est pas contraire à la patience. Car le sabr n’efface pas l’injustice, il donne la force de la porter sans qu’elle nous brise, et de la nommer sans qu’elle nous dévore.
Peut-être que Jéliss ne courra plus derrière un ballon comme avant. Mais qui dira jusqu’où portera la lumière qu’il a désormais en lui. Ses pas ne marqueront plus le sable, son courage marquera les cœurs, et ce que le sable oublie, la mémoire des hommes le garde.
Votre douleur est légitime, votre colère aussi. Mais à travers votre fils, quelque chose de plus grand que nous tous est en train de parler. Et parce que ce courage dépasse désormais le cercle de votre famille, il nous engage tous. Nous n’avons pas le droit de laisser cette histoire se perdre dans le silence, ni ce courage s’éteindre dans le bruit des jours. Il nous revient d’en faire une mémoire vivante, une leçon pour notre société, un rappel que la vie humaine est sacrée et qu’aucun profit ne vaut un enfant.
Qu’Allah vous enveloppe de sabr. Qu’Il accorde à votre fils une force plus grande encore que celle qu’il a déjà montrée. Et qu’Il transforme cette épreuve en élévation.
Dans le désert, après la tempête, il reste toujours une chose. La dignité de ceux qui sont restés debout. Le temps passera, beaucoup oublieront le bruit du drame. Mais ils se souviendront du courage d’un enfant nommé Jéliss.
Avec respect, et avec le cœur.
Mansour LY
Suggestion Kassataya.com :
Voici le témoignage de son père, Chbih Cheikh El Mélainine
Jéliss, mon enfant, mon héros, ma douleur
Jéliss est mon enfant. Il était un garçon plein de vie, de joie et d’espérance. Il aimait jouer, courir, rire et rêver. Le football était sa passion. Capitaine de son équipe malgré son jeune âge, il connaissait les joueurs, les clubs, les championnats et suivait tous les matchs avec une attention extraordinaire.
Nous partagions ensemble ces moments de bonheur. Nous regardions les rencontres, commentions les actions et célébrions les victoires. Dans notre maison, Jéliss était une source permanente de lumière et de joie. Il était un excellent élève, respectueux des adultes, aimable avec tous, poli, serviable et profondément attachant.
Puis le drame est arrivé.
Une femme, cigarette au bec, au volant d’un véhicule puissant, a provoqué un accident qui a bouleversé à jamais l’existence d’un enfant de onze ans. Après avoir causé cet accident, elle a disparu sans porter secours à sa victime et demeure encore aujourd’hui introuvable.
Par la grâce de Dieu, Jéliss a survécu.
Mais les souffrances qui ont suivi furent terribles. Les premières interventions médicales qu’il a subies ont été marquées par de graves complications. La circulation sanguine de ses pieds a été compromise. Malgré les efforts entrepris ensuite et son transfert en Tunisie pour tenter de sauver ses membres et éviter la gangrène, il a finalement fallu procéder à l’amputation de ses deux jambes.
Pour un enfant de onze ans, passionné de football, cette épreuve dépasse l’entendement. Je me souviens avec douleur du moment où il a fallu lui annoncer cette terrible nouvelle. On a demandé à sa mère, Nadia Gheilani, de l’accompagner et de lui expliquer ce qui allait se passer.
Sa première réaction fut immédiate. Il regarda sa mère et lui demanda simplement : « Cela veut dire que je ne jouerai plus au football ? »
Toute sa vie d’enfant était contenue dans cette question. Le football était son univers, son rêve, sa passion. C’était le terrain où il exprimait sa joie de vivre, son talent et sa liberté.
Puis, voyant sa mère s’effondrer en larmes devant une telle épreuve, il trouva en lui une force que peu d’adultes possèdent. Alors que c’était lui qui allait subir l’amputation, alors que c’était lui qui souffrait, il chercha à consoler sa mère.
Avec un calme extraordinaire, il lui dit : « Ce n’est pas grave. Dis à mon père que je suis guéri. » Ces quelques mots resteront gravés à jamais dans nos mémoires.
Un enfant de onze ans, privé brutalement de ses jambes, trouvait encore la force de rassurer ses parents. Là où nous étions écrasés par la douleur, lui cherchait à nous donner du courage. Ce jour-là, j’ai compris que le véritable courage n’est pas une question d’âge. Mon fils venait de perdre ses jambes, mais il conservait quelque chose que personne ne pourrait jamais lui enlever : sa dignité, sa noblesse de cœur, son amour pour les autres et sa foi dans la vie.
Jéliss a perdu ses jambes. Il a perdu la possibilité de courir derrière un ballon comme autrefois. Il a perdu le rêve qu’il entretenait de devenir peut-être un grand joueur. Mais il n’a pas perdu son âme, son intelligence, sa bonté ni son extraordinaire capacité à aimer.
Pour sa mère, pour ses frères, pour toute sa famille et pour moi-même, cette blessure restera éternelle. Nous continuerons longtemps à nous souvenir du garçon qui jonglait avec le ballon, qui connaissait les équipes du monde entier et qui remplissait notre maison de son enthousiasme.
Cette tragédie m’amène également à m’interroger sur l’évolution de notre société et de notre système de santé. Trop souvent, l’être humain semble être devenu secondaire face à la recherche du profit. Les familles ont parfois le sentiment d’être abandonnées dans leur détresse, confrontées à des erreurs, à des négligences et à l’absence de véritables responsabilités.
La médecine devrait être avant tout un engagement au service de la vie humaine. Les malades ne sont pas des numéros. Ce sont des êtres humains…des médecins marchands ambulants faisant des centaines de consultations par jour, prescrivant des médicaments…vendus par des pharmaciens barbus affichant un Islam de faux dévots.
Chbih Cheikh El Mélainine
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