
Agence de Presse Sénégalaise – Un œil fermé, l’autre bien ouvert, la photographe Hawa Sow Tall veut atteindre sa cible : les Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026, organisés pour la première fois en Afrique. Là où certains ont choisi d’écrire et de raconter ces moments, cette étudiante en deuxième année de journalisme au CESTI, l’école de journalisme de Dakar, affûte son regard et ajuste son objectif pour immortaliser les Jeux autrement, à travers les gestes, les émotions et les histoires.
À quelque 50 jours des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026, qui démarrent le 31 octobre prochain, Hawa Sow Tall se prépare à vivre une expérience qui dépasse la simple pratique journalistique.
Sélectionnée parmi les 16 jeunes reporters appelés à couvrir l’événement, la jeune Mauritanienne de 23 ans veut surtout raconter les Jeux avec son appareil photo.
Pour Hawa, la photographie sportive n’est pas seulement une technique à apprendre, c’est un art pour saisir un instant donné, voler une émotion et rendre compte d’une histoire en une seule image.
De la verdure pour atténuer la chaleur et des fleurs embaument l’espace dans cette cour de la West Africa Democracy Radio (WADR), où elle effectue depuis deux semaines son stage obligatoire, après une année universitaire intense.
C’est un secret de Polichinelle, il fait chaud à Dakar, et Sacré-Cœur, un quartier servant de siège à la WADR, n’échappe pas à la canicule.
Un vêtement à manches longues en coton et aux couleurs grises virant au vert : c’est pourtant ce que cette étudiante en deuxième année de journalisme au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (CESTI) de l’Université Cheikh Anta Diop a choisi de porter en cette période de chaleur.
Une paire de boucles d’oreilles noires aux bordures fines, agrémentées d’une touche de métal doré viennent apporter plus de féminité à ce style. Un “dress code” qui casse les codes habituels que l’on pourrait imaginer de la nouvelle génération.
Hawa a son propre style vestimentaire. Parfois surprenant, mais respectant un code exigeant, celui d’une jeune fille responsable qui met en avant les valeurs familiales. “Je veux tout le temps apparaître africaine”, s’exclame-t-elle, guillerette.

Hawa Sow Tall a grandi à Nouakchott, en Mauritanie, où son parcours scolaire commence dans le système éducatif de ce pays situé à la frontière nord du Sénégal, dans lequel l’arabe et le français sont enseignés simultanément.
Jusqu’au lycée, elle suit une filière scientifique, poussée notamment par le souhait de sa mère de la voir devenir gynécologue.
Mais derrière les sciences imposées par les circonstances familiales, une autre vocation se dessine : la jeune femme, né d’un père militaire, se découvre une attirance pour les langues. Ses résultats dans les matières secondaires, notamment linguistiques, confortent cette intuition.
Au moment de choisir son orientation après le baccalauréat, elle décide alors de suivre son propre chemin.
Elle quitte Nouakchott, la capitale mauritanienne, pour Nouadhibou, où elle passe trois années à l’Institut supérieur professionnel de langue, de traduction et d’interprétariat. Elle y étudie l’anglais et le français. Le départ du cocon familial marque une nouvelle étape dans sa vie.
“Je n’avais jamais quitté le nid familial”, se souvient-elle. À Nouadhibou, elle découvre progressivement l’autonomie et garde surtout le souvenir d’une famille d’accueil qui l’a accompagnée durant ses études. Ces trois années restent, dit-elle, “parmi les meilleurs moments” de sa vie.
Des langues à l’objectif, une curiosité devenue passion
Son amour pour les langues trouve ses racines dans son enfance. Sa mère, qui est notamment bilingue, l’encourageait déjà à s’intéresser à l’anglais. Mais sa curiosité a surtout été nourrie par des films arabes et des productions de Bollywood.
Le hindi, qu’elle découvre à travers les films indiens sous-titrés en arabe, finit par la fasciner. D’abord incompréhensible, la langue devient peu à peu familière.
Cette l’intrigue suscite de plus en plus son intérêt. Hawa apprend alors l’alphabet hindi et commence à échanger avec des internautes indiens et pakistanais.
Des amitiés, réelles et virtuelles, l’accompagnent dans cet apprentissage. “Raftar, c’est mon ami réel. Dans la vie réelle, on se voit. C’est lui qui a joué une grande partie dans mon apprentissage, et c’est lui qui m’a mise en contact avec Aditya, qui est un ami virtuel et qui m’aidait aussi dans l’écriture”, explique Hawa.
Cette curiosité linguistique finit par faire d’elle une jeune femme polyglotte, qui comprend plusieurs langues – français, anglais, arabe, hindi, hassaniya, wolof, pulaar -, ainsi que quelques notions de mandarin.
“J’aimerais aussi rajouter le mandingue dans le catalogue”, dit-elle, affirmant être tombée sous le charme de cette langue lors de son séjour en Casamance, en mai dernier.
Cette même curiosité la conduit de la Mauritanie au Sénégal, où elle choisit de poursuivre son parcours dans le journalisme au CESTI.
Le choix du Sénégal s’explique notamment par la présence de connaissances sur place et par les retours positifs de ses amis sur la qualité de la formation.
Hawa se retrouve désormais au cœur d’un événement qu’elle avait envie de vivre depuis qu’elle a découvert le travail des jeunes reporters olympiques des éditions précédentes.

Lorsqu’elle consulte leurs pages et découvre notamment leurs photographies sur Instagram, quelque chose se déclenche. “Ça m’a donné envie d’y participer, d’être sélectionnée et aussi d’apprendre la photographie sportive auprès de ces experts”, raconte-t-elle.
C’est donc avec cette envie d’apprendre qu’elle aborde Dakar 2026. Son ambition, c’est d’être un témoin privilégié de l’histoire olympique.
Avec son objectif, elle a hâte de capturer ce que les mots peinent parfois à dire. Parce que la photographe fait partie de ceux qui sont convaincus qu’une image vaut mille mots !
Parmi les nombreuses productions journalistiques possibles, son choix est déjà clair, la photographie.
Elle veut profiter des JOJ pour maîtriser les techniques propres à la photographie sportive, et pourquoi ne pas en faire davantage qu’une simple compétence journalistique.
Son intérêt pour la photographie s’est renforcé au contact de son formateur au CESTI, Aboubacar Badji.
Elle a d’abord pris l’habitude d’observer ce dernier travailler avec son appareil, avant de commencer à faire ses propres recherches et de franchir le pas en achetant une caméra. Elle s’est ensuite tournée vers cet enseignant, une valeur sûre de la photographie de presse au Sénégal, qui l’a aidé à prendre ses premiers repères.
Parmi tant de techniques qu’offre la photographie, une technique la fascine particulièrement : l’effet filet. Une découverte qui, selon elle, a changé son regard sur le déclencheur.
“Depuis que j’ai découvert cette technique grâce à un ami, je suis obsédée”, dit-elle avec enthousiasme. Ce procédé lui plaît parce qu’il oblige à observer l’image, à chercher ce qu’elle cache et surtout ce qu’elle veut raconter.
Pour la jeune journaliste, une photographie ne se limite donc pas à montrer, elle doit aussi intriguer, questionner et raconter.
C’est précisément cette approche qu’elle entend mettre au service des JOJ. Elle envisage d’abord la photographie comme son principal moyen d’expression, tout en restant ouverte à d’autres formats, si les circonstances lui en donnent l’occasion.
Photographier Dakar pour mieux raconter les Jeux
Hawa ne veut cependant pas seulement photographier des compétitions. Son regard sur Dakar nourrit déjà son envie de raconter le quotidien de la capitale sénégalaise.
Son regard dépasse toutefois Dakar. Elle a eu l’occasion de séjourner en Casamance, de visiter la Gambie et Gandiol à Saint-Louis (nord). Ces expériences lui ont permis de découvrir d’autres visages du Sénégal, loin de la capitale.
À l’approche des JOJ, Hawa Sow Tall porte, malgré son enthousiasme, un regard lucide sur les préparatifs. Depuis Gueule Tapée, son quartier de résidence, elle observe encore des travaux en cours et estime que beaucoup reste à faire. Elle espère malgré tout que Dakar et le Sénégal seront prêts pour accueillir les Jeux.
Sur le plan de la communication, elle reconnaît les efforts accomplis, mais estime qu’il aurait été possible de toucher davantage de Sénégalais, jusque dans les quartiers et les régions, afin que tous aient une plus grande connaissance de l’événement.

C’est peut-être aussi là que son appareil photo prendra tout son sens. Hawa veut saisir les Jeux, mais aussi leur environnement, leurs visages et les histoires qui les accompagneront.
Pour cette jeune journaliste, Dakar 2026 représente une occasion de progresser, d’expérimenter et de trouver sa voie.
Elle arrive avec une passion et cette envie de regarder autrement.
Son message, elle l’adresse particulièrement aux jeunes Mauritaniennes qui rêvent de journalisme. Elle les encourage à ne pas se laisser décourager par les préjugés sur le métier, mais à croire en leur vocation et à aller jusqu’au bout de leur rêve.
Aux JOJ Dakar 2026, Hawa veut être derrière l’objectif, à l’affût d’un geste, d’une émotion, d’un mouvement.
D’ici là, et jusqu’au 13 novembre 2026, date devant marquer la fin des Jeux, la photographe ne fermera plus l’œil, le temps de raconter, image après image, la belle histoire des JOJ. Peut-être aussi un déclic pour elle, le déclencheur d’une carrière.
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Source : Agence de Presse Sénégalaise (APS)
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