Mauritanie – Délinquance juvénile : Une société à la dérive ?

Le Calame En Mauritanie, la violence des mineurs ne relève plus du simple fait divers, mais d’une crise structurelle majeure. L’assassinat récent de deux jeunes en moins d’une semaine, à Nouakchott et à l’intérieur du pays, illustre la banalisation des armes blanches chez les adolescents. Livrés à eux-mêmes, des mineurs s’exposent quotidiennement à des menaces de mort mutuelles, sous le regard impuissant ou tardif de parents dépassés.

Des villes aux campagnes, la multiplication des agressions armées s’accompagne d’une profonde injustice sociale, symbolisée par l’impunité flagrante des enfants de l’élite. Cette dérive met en lumière la faillite conjointe de l’État, des familles et d’un système éducatif gangrené par les substances psychotropes. Face à des politiques de répression inefficaces, une jeunesse sans éducation ni débouchés économiques n’a plus que la violence pour s’exprimer, scellant ainsi les contours d’une société en plein naufrage.

Un tissu social déchiré

Au cœur de cette crise se trouve une fracture sociale de plus en plus béante. La pauvreté galopante pousse les familles vers une quête quotidienne de survie, provoquant une démission parentale généralisée. Dépassés par la rigueur économique, les parents perdent le contrôle d’une jeunesse livrée à elle-même. Cela ne les dédouane pas cependant ; ils ont l’obligation de se battre pour inculquer à leurs enfants de bons comportements depuis la maison, non de les protéger par un amour coupable. Cette détresse est accentuée par une profonde injustice judiciaire : la loi semble s’appliquer à géométrie variable, garantissant une impunité quasi totale aux enfants des classes privilégiées. Ce deux-poids, deux-mesures nourrit un sentiment de révolte et de haine sociale chez les jeunes des quartiers défavorisés.

Quand la drogue entre à l’école

Le système éducatif mauritanien, autrefois vecteur d’ascension sociale, subit une déliquescence profonde. Les inégalités scolaires se creusent entre un secteur privé élitiste et une école publique délabrée. Cette dernière enregistre des taux de déperdition massifs, rejetant chaque année des milliers de mineurs analphabètes et sans qualification dans la rue. Plus grave encore, l’espace scolaire est devenu le terrain de jeu des petits de narcotrafiquants. L’introduction de drogues et de produits psychotropes au sein même des établissements transforme les cours de récréation et les environs des classes, initiant les adolescents à la dépendance et à la violence.

Silence coupable

Face à cette urgence nationale, la démission des acteurs politiques est flagrante. Les débats institutionnels restent prisonniers de clivages et de divisions sur des critères ethniques et raciaux, reléguant la détresse de la jeunesse au second plan. Le sujet demeure largement tabou. Rares sont les dirigeants politiques ou les organisations non gouvernementales (ONG) qui osent dénoncer ouvertement la faillite du système ou l’impunité des élites, laissant le pays sans boussole face au péril sécuritaire. Parmi les rares voix autorisées, on peut citer celle de l’ancien président de l’Assemblée nationale, Cheikh Ould Baya. Dans ses discours d’ouverture des sessions du Parlement, l’homme est souvent revenu sur la question, mettant en garde contre le danger que représente la drogue de manière générale et surtout à l’école.

Pour cette génération, les perspectives d’avenir sont presque inexistantes. Le chômage frappe de plein fouet les diplômés comme les non-diplômés, tandis que l’accès aux financements pour des micro-projets relève du parcours du combattant. Face à ce mur et à l’impossibilité d’en sortir, beaucoup ne voient d’autre issue que l’immigration clandestine, au péril de leur vie. Pour ceux qui restent, la drogue devient un anesthésiant social, un refuge contre le désespoir qui lève les inhibitions et agit comme le principal carburant des crimes de sang.

Une réponse insuffisante

Devant l’urgence, l’État mauritanien tente d’amorcer des réponses, mais l’impact de ses politiques reste dérisoire face à l’ampleur du fléau. Sur le plan sécuritaire, les patrouilles de police et de la garde se sont intensifiées dans les zones criminogènes de Nouakchott et les saisies de stupéfiants aux frontières augmentent. Sur le plan structurel, le gouvernement met en avant son projet d’« École républicaine » pour corriger les inégalités et déploie des programmes d’insertion, via des agences publiques pour l’emploi. Toutefois, sur le terrain, les résultats se font attendre. Sans une réforme globale de la justice et une prise en charge réelle des exclus du système, le cycle de la violence juvénile menace d’hypothéquer durablement l’avenir de la Mauritanie.

 

 

Dalay Lam

 

 

Source : Le Calame (Mauritanie)

 

 

 

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