Agence de Presse Africaine – Figure centrale des deux coups d’État de 2020 et 2021 et principal artisan du pivot stratégique vers Moscou, le ministre malien de la Défense est mort le 25 avril 2026 lors d’attaques coordonnées contre plusieurs villes du Mali.
Il aura fallu une offensive d’une ampleur inédite pour abattre l’homme qui avait lui-même contribué à remodeler l’architecture sécuritaire du Mali. Sadio Camara, ministre de la Défense et des Anciens Combattants, est mort le 25 avril 2026 des suites de blessures reçues lors d’attaques simultanées revendiquées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et le Front pour la libération de l’Azawad (FLA). Il avait 47 ans.
Des origines militaires classiques
Né en 1979 à Kati, ville garnison à une vingtaine de kilomètres de Bamako, Sadio Camara suit une formation militaire à l’École militaire interarmes de Koulikoro, dont il sort major de promotion. Il s’engage ensuite comme officier de terrain dans le nord du Mali, notamment aux côtés du général El Hadj Gamou, actuel gouverneur de Kidal, la ville reprise par les rebelles et le JNIM, dans une période marquée par la montée des tensions dans le Sahel.
Dans les années qui précèdent la crise de 2012, il construit progressivement un réseau d’influence au sein de l’institution militaire, notamment à travers des fonctions d’encadrement et de formation à Kati. Ce positionnement discret mais stratégique lui ouvre les portes d’une ascension accélérée.
L’entrée dans le sillage du 18 août
Son irruption sur la scène publique est directement liée au coup d’État du 18 août 2020, qui renverse le président Ibrahim Boubacar Keïta après des manifestations initiées par l’Imam Dicko et quelques figures politiques maliennes. De retour d’une formation en Russie, Sadio Camara est nommé ministre de la Défense le 5 octobre 2020 dans le gouvernement de transition.
Sa trajectoire connaît alors une inflexion brutale : le 24 mai 2021, il est écarté de ses fonctions quelques heures avant le coup de force conduit par Assimi Goïta contre le président de transition Bah N’Daw. Sa mise à l’écart préalable à l’opération, suivie de son rétablissement rapide le 11 juin 2021, interroge les observateurs sur son rôle exact lors de cet épisode. Toujours est-il qu’il sort renforcé de la séquence, s’imposant comme l’un des piliers du pouvoir de transition et un proche du chef de l’État.
L’architecte du pivot stratégique
C’est à partir de 2021 que Sadio Camara acquiert une stature régionale. Identifié comme l’un des principaux architectes du réalignement diplomatique et sécuritaire du Mali, il incarne la rupture progressive avec les partenaires occidentaux traditionnels : retrait des forces françaises, fin de l’opération Barkhane, départ de la Minusma en 2023.
En parallèle, il œuvre au rapprochement avec Moscou, concrétisé par l’arrivée d’instructeurs russes puis par le déploiement de Africa Corps aux côtés des Forces armées maliennes (FAMa). Ce positionnement lui vaut en juillet 2023 des sanctions américaines pour son rôle présumé dans l’installation du groupe Wagner, sanctions finalement levées en février 2026.
Son nom est également associé aux opérations de Moura, menées en mars 2022 dans la région de Mopti. Des organisations internationales de défense des droits humains ont évoqué des pertes civiles massives lors de ces opérations, une version fermement contestée par les autorités maliennes.
Une mort en première ligne
Le 25 avril 2026, dès l’aube, des attaques coordonnées frappent simultanément Bamako, Kati, Gao, Kidal et Sévaré, ciblant des sites stratégiques, la résidence présidentielle, le ministère de la Défense et l’aéroport international Modibo Keïta. À Kati, la résidence de Sadio Camara est visée par un véhicule piégé conduit par un kamikaze.
Selon le communiqué officiel diffusé par la télévision nationale, le ministre engage des échanges avec les assaillants et parvient à neutraliser plusieurs d’entre eux avant d’être grièvement blessé. Il succombe à ses blessures après avoir été transporté à l’hôpital. L’explosion provoque l’effondrement partiel de sa résidence et la destruction d’une mosquée voisine, causant la mort de plusieurs fidèles.
Une disparition aux implications incertaines
Le gouvernement de transition, qui parle d’attaques « complexes et coordonnées » tout en assurant contrôler la situation, a instauré un couvre-feu de 72 heures sur Bamako. L’aéroport international reste fermé. L’Africa Corps évoque pour sa part une « tentative de coup d’État » impliquant plusieurs milliers de combattants.
La mort de Sadio Camara représente la perte politico-militaire la plus significative officiellement reconnue depuis le début de cette offensive. Elle soulève des questions sur l’équilibre interne du pouvoir de transition et sur la continuité de la doctrine sécuritaire qu’il avait largement contribué à définir. Des funérailles nationales ont été annoncées.
Source : Agence de Presse Africaine (APA)
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