Les courtisans et la tentation du troisième mandat

Le débat sur l’opportunité d’un troisième mandat fait rage et c’est encore dans certains pays du continent africain (Mauritanie, RDC). Malgré les verrous fixés par la Constitution et les prestations de serment (souvent en jurant), il se trouve toujours des bonnes volontés, qui jurent sur l’honneur (sic) et la main sur le cœur ne se soucier que de l’intérêt du pays (re sic) pour demander au sultan du moment de rempiler. Parce que voyez-vous, parmi les millions de citoyens de ces pays, aucun d’autre n’est apte pour diriger. Comme si de toutes les mamans, une seule avait mis garçon au monde, pour parler comme à Yopougon. Bien souvent, les bons samaritains qui tiennent ces discours lénifiants sont les mêmes qui promettaient au sultan précédent de sacrifier père, mère, femme et enfants pour le maintenir au pouvoir. Nul doute qu’ils en feront autant avec le prochain sultan comme ils le font si brillamment avec l’actuel. Parce que cette race de turlupins virevoltants excelle dans l’art de tenir d’une main ferme le boubou du roi actuel tout en gardant de l’autre le pan qui leur est resté du roi précédent.

Or, point besoin d’être un prix Nobel pour savoir que ces entrepreneurs politiques ne défendent que leur propre biscuit, incapables qu’ils sont de réussir quoi que ce soit dans une compétition saine, ouverte et transparente, sans passe-droits ni privilèges. Et ils savent cerner un chef pour le conduire à sa perte et à la perte de la Nation. Et un président qui, après deux mandats, juge nécessaire de modifier la constitution pour rester au pouvoir (prétextant le besoin de finir ses projets), avoue au moins un échec : il n’a pas réussi à préparer la relève et à garantir le bon fonctionnement des institutions et de la démocratie à travers la tenue des élections à échéances régulières.

Il faudra dès lors de l’imagination, du courage, de la vision et le sens de l’histoire pour que le chef se pose en véritable homme d’Etat et ne rate pas sa sortie. Et dans ce genre de situations, où le cerveau est troublé par toutes sortes de considérations, il faudra un miracle pour sortir par le haut. Beaucoup ont échoué : Mamadou Tandia au Niger, Ablaye Wade (et Macky Sall dans une moindre mesure) tout près de nous au Sénégal, Alpha Condé en Guinée… Mais d’autres l’ont réussi : Issoufou, tous les présidents de l’ère démocratique au Nigeria, au Ghana, au Cap Vert, en RDC avec Kabila fils, au Bénin (y compris Talon il y a seulement quelques jours) et… en Mauritanie où le président du Conseil Constitutionnel M. Diallo Mamadou Bathia nous avait prévenus lors d’une cérémonie de prestation de serment. Le rappel profite aux croyants. On espère toujours faire mieux que nos prédécesseurs. Travaillons-y alors. Et prions. Beaucoup.

 

 

Abdoulaye Diagana
16 juin 2026.

 

 

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