Mali : la junte vacille après des attaques djihadistes d’une ampleur et d’une coordination inédites

Les djihadistes du GSIM alliés aux indépendantistes du Nord ont mené une offensive sur plusieurs villes, dont Bamako, au cours du week-end. Sadio Camara, numéro deux de la junte et homme-clé de l’alliance avec la Russie, a été tué.

Le MondeLe Mali tient désormais à un fil très mince. Dimanche 26 avril, au lendemain du lancement d’attaques d’une ampleur et d’une coordination inédites sur plusieurs villes du pays, la junte au pouvoir ne semblait pas s’être relevée du coup sans précédent qui lui a été porté par les djihadistes du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM, affilié à Al-Qaida), alliés aux indépendantistes touareg du Front de libération de l’Azawad (FLA).

Selon plusieurs témoins contactés par Le Monde, les armes ont continué à crépiter, dimanche, notamment à Kati, ville garnison située en lisière de Bamako, où résident les généraux au pouvoir. Des assaillants du GSIM étaient encore « retranchés dans des bâtiments en construction et sur les collines entourant la ville », explique un militaire malien sur place. A Sénou, où se trouve l’aéroport international de Bamako – il a également été ciblé par la coalition GSIM-FLA, samedi –, « tout le monde reste enfermé chez soi. Personne n’ose sortir car les terroristes rôdent encore, même s’il n’y a pas eu de combats aujourd’hui », souligne un habitant, qui n’a pas souhaité donner son nom.

Dans un communiqué publié samedi, le GSIM, dirigé par Iyad Ag Ghali, s’est félicité d’avoir pris Kidal, une des grandes villes du nord du pays, l’essentiel des positions maliennes à Gao, ainsi que le « contrôle total de Mopti et de la plupart des bastions militaires à Sévaré », au centre du pays. Plusieurs sources sécuritaires ont confirmé au Monde la perte de nombreux checkpoints par l’armée régulière à Gao et à Sévaré. La situation reste toutefois incertaine et volatile : de nombreux militaires maliens et leurs alliés de l’Africa Corps – le nouveau nom de la présence russe au Sahel, au total environ 2 500 hommes sur tout le territoire malien – restaient retranchés dans des camps, à Sévaré et à Gao.

 

« Les attaques du 25 avril, orchestrées dans le dessein funeste de désorganiser notre système de défense, de semer la peur et le chaos, ne resteront pas sans réponses », a prévenu l’état-major de l’armée malienne dans un communiqué publié dimanche. Invité sur le plateau de la télévision publique, dimanche soir, le chef d’état-major des armées, le général Oumar Diarra, a évoqué « plus de 200 terroristes neutralisés » au cours de la riposte des forces armées maliennes, ayant, selon lui, permis de « mettre en déroute l’ennemi ». « Les ratissages continuent pratiquement dans toutes les localités. Nous rechercherons [les terroristes], nous les poursuivrons et nous les détruirons partout où ils se trouveront. »

Des rebelles touareg du Front de libération de l’Azawad, à Kidal (Mali), le 26 avril 2026.

 

La riposte semble néanmoins difficile. Cela fait des mois que la pression des djihadistes sur le pouvoir central s’accentue. Déjà puissants dans les campagnes, ils se sont peu à peu rapprochés des villes et ont imposé, depuis septembre 2025, un blocus sur les routes pour empêcher le carburant de parvenir à la capitale et attiser le mécontentement. Mais jamais les militaires au pouvoir depuis 2021 n’avaient eu affaire à d’aussi nombreuses offensives, aussi bien coordonnées, sur des cibles stratégiques.

Coup dur pour le régime

Aucun bilan fiable n’était disponible, dimanche, mais plusieurs des responsables-clés de la junte ont été directement victimes de ces attaques. La mort de Sadio Camara, le puissant ministre de la défense, considéré comme le numéro deux du régime, a été confirmée, dans la soirée, sur le plateau de la télévision publique, par Issa Ousmane Coulibaly, le porte-parole du gouvernement, qui a annoncé un deuil national de deux jours.

La résidence de Sadio Camara a été pulvérisée, samedi, au moyen d’un véhicule piégé conduit par un kamikaze. Selon une source au sein d’un groupe armé, une « réunion » rassemblant des hauts gradés de l’armée malienne était en cours. Le général Modibo Koné, influent chef de la sécurité d’Etat, aurait aussi été gravement blessé, d’après plusieurs sources. Le chef de la junte, Assimi Goïta, qui n’a fait ni apparition ni commentaire en public depuis le début de ces attaques, serait quant à lui « retranché avec sa propre garde quelque part en périphérie de Bamako », soutient Attaye Ag Mohamed, l’un des hauts cadres du FLA.

La mort de Sadio Camara est un coup dur pour le régime militaire, alors que cet homme de 47 ans, formé en Russie et considéré comme un « faucon », a été l’artisan de l’éviction des forces onusiennes et françaises du pays entre 2022 et 2023, au profit du déploiement des paramilitaires russes du Groupe Wagner – transformé en Africa Corps.

En l’absence d’une de ses chevilles ouvrières, l’alliance des militaires avec Moscou pourra-t-elle perdurer dans les mêmes termes ? Alors que, dès samedi, le GSIM a tendu la main aux forces russes, en leur proposant de « construire une relation future équilibrée et efficace », dimanche le porte-parole du FLA, a annoncé sur X qu’« un accord a été conclu [avec] les éléments russes de l’Africa Corps en vue de garantir leur retrait sécurisé des combats » de Kidal. « Au moins 400 Russes ont déjà été évacués, sous escorte du FLA. Tous ceux déployés dans la région de Kidal doivent se replier sur Tessalit [à environ 300 kilomètres au nord] », avant de quitter le pays par leurs propres moyens, précise Attaye Ag Mohamed, du FLA. Le sort des autres éléments de l’Africa Corps restait en suspens, dimanche soir, les négociations étant toujours en cours entre les deux parties.

D’autres alliés de la junte malienne se faisaient aussi discrets que Moscou, dimanche soir. Les militaires au pouvoir au Burkina Faso et au Niger, théoriquement liés à leurs homologues maliens par des accords de défense mutuels dans le cadre de l’Alliance des Etats du Sahel, n’avaient pas apporté de soutien explicite à Bamako.

Une occasion pour l’opposition

Les plus claires condamnations de l’offensive des djihadistes contre la junte sont venues des adversaires de celle-ci sur le plan géopolitique. Dans un communiqué publié samedi, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a appelé à un « soutien international coordonné pour faire face à la menace évolutive de l’extrémisme violent et du terrorisme au Sahel et pour répondre aux besoins humanitaires urgents ».

La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest a pour sa part appelé, dans un communiqué publié dimanche, « tous les Etats, les forces de sécurité, les mécanismes régionaux et les populations de l’Afrique de l’Ouest à s’unir et à se mobiliser dans un effort coordonné pour lutter contre [l]e fléau [du terrorisme] ».

L’opposition politique à la junte à Bamako, muselée ces dernières années – certains cadres ont été emprisonnés, d’autres poussés à l’exil –, semble pour partie voir dans cette offensive du GSIM l’occasion de se débarrasser du régime militaire. Dans un communiqué publié dimanche, la Coalition des forces pour la République, mouvement créé fin 2025 et qui rassemble une partie de l’opposition, a appelé à la « démission de la junte militaire » et à l’« ouverture immédiate d’une transition républicaine et inclusive ».

Conduite par l’influent imam Mahmoud Dicko, réfugié en Algérie voisine, cette coalition, qui s’était fait le chantre de l’ouverture d’un dialogue national avec l’ensemble des groupes armés maliens, pourrait-elle faire converger ses intérêts avec ceux du GSIM et du FLA ? Selon Attaye Ag Mohamed, des contacts ont été établis entre ces groupes avec comme objectif de « faire chuter le pouvoir militaire et de participer à la création d’une alternative politique ».

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Source : Le Monde

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