« L’immigration est positive pour l’économie dans son ensemble. Pourquoi est-elle aussi impopulaire ? »

Une nouvelle étude démontre les bienfaits économiques de l’immigration dans les pays de l’OCDE. Des données répétées depuis des décennies, qui ne changent malheureusement pas le débat, déplore Eric Albert dans sa chronique.

Le Monde – Dans neuf mois débutera l’élection présidentielle. Avec l’extrême droite en tête des sondages du premier tour, l’immigration va être inévitablement au cœur des discussions politiques. Avant que ne s’enflamme à nouveau le débat, profitons de la distance avec le scrutin pour tenter de poser des faits.

Lors du forum organisé par la Banque centrale européenne à Sintra, au Portugal, les 30 juin et 1er juillet, l’économiste italien Giovanni Peri a présenté une passionnante nouvelle étude sur l’immigration dans les 38 pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) depuis 1990 et ses conséquences économiques. En se basant essentiellement sur les recensements – beaucoup plus fiables que les statistiques des passages aux frontières –, il a créé une nouvelle base de données qui permet de tirer des leçons générales. Il apparaît que l’immigration est, dans l’ensemble, très positive pour l’économie.

Premier constat : l’immigration augmente fortement dans tous les pays de l’OCDE. La part de la population née à l’étranger a doublé depuis 1990, pour atteindre 12 % en moyenne aujourd’hui. Cette progression est particulièrement forte en Espagne (de 2 % à 19 % aujourd’hui), au Royaume-Uni (de 7 % à 18 %) et en Allemagne (de 9 % à 20 %). Elle l’est nettement moins en France, où l’immigration est plus ancienne (10 % en 1990, au-dessus de la moyenne de l’époque) mais a progressé moins vite (15 % aujourd’hui).

Deuxième constat : l’immigration permet désormais de tout juste compenser la baisse de la population active provoquée par la chute de la natalité. Entre 2020 et 2024, la population en âge de travailler dans l’OCDE n’a progressé que de 0,2 % : l’impact positif de l’immigration (+ 3,8 %) a été presque entièrement neutralisé par le recul des natifs (− 3,6 %).

Troisième constat : les immigrés sont plus qualifiés que la population locale. M. Peri calcule que la moitié des nouveaux arrivants depuis 1990 avaient un diplôme du supérieur (université ou équivalent), ce qui est plus que la moyenne locale. En France par exemple, 43 % des 25-64 ans ont un diplôme universitaire.

Cohérence des indices

A partir de là, M. Peri calcule les effets économiques. Conclusion : une hausse de 1 % des immigrés augmente le produit intérieur brut par travailleur de 1,2 % au bout de cinq ans, et de 1,9 % au bout de dix ans. Autrement dit, non seulement l’immigration apporte de la main-d’œuvre supplémentaire, mais elle fait progresser la productivité de l’ensemble de la population. Et pas juste un peu : au total, elle explique un tiers de l’amélioration de la productivité depuis 1990 dans l’OCDE.

L’explication, selon M. Peri, vient essentiellement du niveau supérieur d’éducation des immigrés. Beaucoup deviennent aussi des entrepreneurs, que ce soit par l’ouverture de petites épiceries ou lorsque des étudiants étrangers lancent des start-up à la sortie de leur master.

Si le chercheur reste prudent sur la précision des chiffres auxquels il parvient, il insiste sur la cohérence des indices, qui convergent tous vers la même conclusion : l’immigration augmente la concentration moyenne de capital par travailleur ; un pays qui desserre sa politique migratoire connaît une hausse de sa productivité ; une plus forte immigration est souvent corrélée à une augmentation du nombre de brevets déposés… Bref, l’immigration est positive pour l’économie dans son ensemble. Dès lors, pourquoi est-elle aussi impopulaire ?

M. Peri reconnaît qu’un soudain afflux localisé de migrants peut poser de vrais soucis, avec de fortes pressions sur le logement ou les services sociaux, par exemple. Mais il estime que le vrai problème est tout simplement celui de la désinformation. « On parle d’immigration quand il y a un fait divers ou qu’il s’agit de passages illégaux des frontières. Mais personne ne s’intéresse à l’histoire d’un immigré qui réussit. »

Il est cependant bien conscient que sa recherche – preuves à l’appui – fait difficilement le poids face aux discours populistes : « Le problème est que les gens comme moi n’ont pas réussi à trouver un slogan aussi efficace que “les immigrés prennent votre travail”, note-t-il. C’est faux, aucune donnée ne le montre, mais ça marche. »

 

 

 

 

Source : Le Monde

 

 

 

Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page