– Il a fallu trois jours et deux nuits pour que la France réagisse officiellement à l’offensive sans précédent des djihadistes au Mali. Un temps anormalement long à l’échelle diplomatique. Quelques heures après les attaques du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM) et de leurs alliés indépendantistes du Nord contre plusieurs villes maliennes, samedi 25 avril, qui leur ont permis de prendre Kidal et de déstabiliser profondément la junte au pouvoir, les condamnations étaient venues de multiples parts.
De la Russie, soutien des autorités de Bamako, pour lesquelles Moscou a déployé quelque 2 000 paramilitaires, aux Etats-Unis, qui ont tous deux exprimé leur « solidarité » avec le peuple malien, de l’Union africaine aux Nations unies… Les acteurs géopolitiques majeurs ont condamné les attaques des groupes terroristes et se sont inquiétés du péril que ceux-ci faisaient peser sur le pays.
Alors que son silence suscitait de plus en plus d’interrogations, la France s’est finalement exprimée à son tour, lundi 27 avril au soir : dans un communiqué minimaliste, elle a souligné « sa préoccupation et sa solidarité à l’égard » des Maliens. « Nous ne sommes pas obligés de tout commenter partout », justifiait un diplomate pour expliquer le temps de réaction du Quai d’Orsay.
A ce stade, la France est vigilante pour ses ressortissants au Mali, et si elle considère désormais que l’Afrique est « l’épicentre du djihadisme mondial », selon les termes du directeur de la DGSE, Nicolas Lerner, en novembre 2025, elle ne craint pas une exportation du terrorisme malien dans l’Hexagone.
Un ex-allié majeur
Néanmoins, le Mali n’est pas un pays comme les autres pour Paris. Cette ancienne colonie fut jusqu’à peu un de ses alliés majeurs en Afrique. La France y a investi des moyens comme nulle part ailleurs sur le continent ces dernières décennies. En 2013, le président François Hollande y a envoyé les soldats de l’opération « Serval », devenue un an plus tard « Barkhane », pour protéger Bamako du péril djihadiste. Près de 5 100 hommes déployés au maximum (en 2020), et plusieurs centaines de millions d’euros dépensés, jusqu’à ce que l’arrivée au pouvoir d’une junte souverainiste au discours populiste et antifrançais boute ces soldats hors du pays en 2022.
Cette rhétorique, alimentée par les réseaux de désinformation russes, explique en partie l’embarras français. Depuis plusieurs années, des comptes proches des militaires au pouvoir au Mali diffusent de fausses informations prétendant que la France apporte son soutien aux djihadistes à l’offensive dans le pays. Face à ces campagnes, Paris a fait depuis plusieurs mois le choix de la discrétion.
D’autant que les relations diplomatiques entre les deux pays se sont récemment dégradées. Des liens discrets, mais réels, dans le cadre d’une coopération en matière de renseignement avaient été maintenus, jusqu’à l’arrestation, en août 2025, d’un homme de la DGSE dûment accrédité à Bamako – il est toujours détenu. Depuis, les agents maliens en poste à Paris ont été expulsés, et leurs homologues français qui étaient au Mali sont rentrés boulevard Mortier. Cette rupture a complexifié l’analyse de la situation malienne par la diplomatie française depuis le samedi 25 avril.
Alors que le numéro un de la junte, Assimi Goïta, demeure invisible depuis l’attaque djihadiste, que son numéro deux, le ministre de la défense, Sadio Camara, a été tué dans un attentat contre sa résidence samedi, et que le numéro trois, le chef des services de renseignement, Modibo Koné, est, selon des sources, au moins gravement blessé, plusieurs observateurs parient désormais sur un changement de régime dans un avenir proche.
« Ces attaques sans précédent sont la preuve de l’échec des militaires maliens et de leur allié russe », souligne un diplomate français. Un revers qui profite aux djihadistes du GSIM et aux indépendantistes du Front de libération de l’Azawad, qui après Kidal, samedi, sont parvenus à s’emparer de plusieurs localités du Nord, dont Tessalit. S’ils poursuivaient leur avancée dans le nord du pays, le Mali serait replongé dans une situation similaire à celle de 2012, qui, un an plus tard, avait conduit à l’intervention militaire française.
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