Le Ramadan s’en va… et après ?

Initiatives NewsLe Ramadan s’éclipse, et ses jours bénis s’évanouissent avec la douceur d’une lumière fugace dans la nuit. Pourtant, il laisse dans les âmes une trace que le temps ne devrait pas effacer. Alors une question, discrète mais insistante, se glisse au cœur de la conscience : que restera-t-il de nous après le Ramadan ?Reviendrons-nous à ce que nous étions, ou saurons-nous faire de ce mois une naissance nouvelle ?

Le Ramadan fut une école de l’âme, un voyage intérieur où se sont révélées la patience, la maîtrise de soi et la fidélité dans l’adoration. Nous y avons goûté une proximité rare avec le Divin, une sérénité que le tumulte du monde ne saurait offrir. Celui qui s’est levé dans le silence des nuits, qui a nourri son cœur de la parole sacrée, qui a tendu la main aux autres — comment pourrait-il refermer ce chapitre comme s’il n’avait été qu’un instant sans lendemain ?Car le Ramadan ne se limite pas à ce qu’il donne : il enseigne. Il grave dans l’âme la patience, cette force discrète qui apprend à contenir les élans, à différer les désirs, à persévérer dans le bien autant qu’à se détourner du mal. Et cette patience n’est pas faite pour s’éteindre avec la fin du mois ; elle est une provision pour les jours à venir, une lumière pour traverser les épreuves avec constance et confiance.

L’effort que nous avons consenti — dans la prière, le rappel, la lecture — ne doit pas s’effacer, mais se transformer en habitude vivante. Plus l’effort se prolonge, plus il s’enracine ; plus il s’enracine, plus il éclaire. Celui qui unit patience et persévérance marche avec assurance, même lorsque les chemins deviennent incertains.Il est dit que l’un des signes de l’acceptation est la continuité. Le Dieu du Ramadan est le Dieu de tous les instants. Ce qui nous rapproche de Lui en un temps donné peut, et doit, nous rapprocher de Lui en tout temps.

Ainsi, le Ramadan ne devrait pas être une parenthèse, mais le prélude d’un engagement silencieux et durablLa constance n’exige pas la perfection — car la perfection échappe à l’homme — mais une fidélité humble, même dans la modestie des actes.

Deux unités de prière, quelques versets lus avec présence, une aumône discrète : autant de gestes simples qui, répétés, façonnent l’âme et la rapprochent de son Seigneur.

Et pour que le souffle du Ramadan ne s’éteigne pas, il est des pratiques qui prolongent sa lumière : le jeûne volontaire, discret mais profond, comme celui des lundis et jeudis, ou encore des jours blancs. Non pour multiplier les actes, mais pour entretenir le lien, raviver la flamme, et rappeler au cœur ce qu’il a goûté.

Mais l’esprit du Ramadan ne se mesure pas seulement aux actes visibles ; il se révèle surtout dans les attitudes. Dans la sincérité des paroles, la douceur des gestes, la retenue face à l’offense. Car jeûner, au fond, c’est apprendre à être meilleur.

Dans un monde marqué par les épreuves et les inégalités, ces valeurs prennent une résonance plus profonde encore. Prendre soin des plus fragiles, soulager la détresse, veiller sur son voisin — ce ne sont pas là des élans passagers, mais des devoirs qui témoignent de la vérité intérieure.Et que dire des cœurs oubliés, des orphelins, des isolés ?

Leur offrir un instant de joie, même fragile, c’est inscrire dans le temps une trace de miséricorde qui ne s’efface pas.La responsabilité, pourtant, ne saurait être individuelle seulement.

Les sociétés se construisent aussi par la justice, par le refus des divisions, par une volonté commune de dignité. Et les voix éclairées, celles des esprits engagés, ont le devoir de rappeler le sens, de raviver les consciences, de guider vers l’essentiel.

Au fond, la question « après le Ramadan » est une question de vérité intérieure. Car si quelque chose en nous a changé, alors cela se verra. Sinon, le mois sacré ne sera passé sur nous que comme une saison parmi d’autres.Faisons donc de sa fin un commencement, de son départ une continuité, de son souvenir une direction. Car l’essentiel n’est pas d’avoir vécu le Ramadan, mais d’en être sorti transformé.

Ô Dieu, accepte ce que nous avons offert, et accorde-nous de demeurer fidèles après l’élan. Fais de nos actes une habitude, de nos faiblesses un retour vers Toi, et de notre foi une présence constante.

 

 

Ahmed Mohamed Hamada Écrivain et analyste politique

 

 

 

Source : Initiatives News (Mauritanie)

 

 

 

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