L’armée française veut se préparer contre une possible « guerre ouverte » avec la Russie

Si Paris tente de se faire entendre dans la guerre entre Iran, États-Unis et Israël, la Russie de Vladimir Poutine reste la « préoccupation première » du plus haut gradé de son armée.

AFP – Mission : être en ordre de bataille. Face au désengagement diplomatique américain vis-à-vis de l’Europe et alors que les théâtres de guerre se multiplient, la France veut être prête. En particulier face à la Russie de Vladimir Poutine, avec qui la possibilité d’une « guerre ouverte » reste la « préoccupation première » du chef d’état-major français des Armées, le général Fabien Mandon.

« La permanence d’une menace russe sur notre continent, avec une guerre ouverte (…) reste ma préoccupation première en termes de préparation des armées », a-t-il affirmé ce jeudi 9 avril aux députés de la commission Défense de l’Assemblée nationale, lors d’une audition consacrée à l’actualisation de la programmation militaire renforçant le budget de la défense d’ici 2030. À l’automne 2025, le plus haut gradé de l’armée française avait déjà mis en garde contre le risque d’un « choc dans trois, quatre ans ».

« Chaque pays garde la liberté d’évoluer, mais en tout cas, les projections que l’on a aujourd’hui (…) c’est que la Russie, en 2025, représente 1,3 million de soldats, avec une projection à 1,9 (million) en 2030 », a-t-il rappelé. Le nombre de chars lourds russes doit lui passer de 4 000 en 2025 à 7 000 en 2030 tandis que le nombre de navires de combat de la marine de Moscou « devrait rester sur un format entre 230 et 240 », selon lui.

« C’est quelque chose qui n’est absolument pas dogmatique, c’est quelque chose de renseigné », a-t-il insisté, justifiant la nécessité de renforcer les moyens de la défense française.

Une V2 de la loi de programmation militaire pour « accélérer » le réarmement

En janvier, Emmanuel Macron avait réclamé une actualisation de la loi de programmation militaire (LPM), avec une augmentation de 36 milliards d’euros pour « accélérer le réarmement », en plus des 413 milliards déjà alloués pour la période 2024-2030. « Pour rester libre, il faut être craint ; pour être craint, il faut être puissant. Pour être puissant dans ce monde si brutal, il faut faire plus vite et faire plus fort », avait déclaré le chef de l’État.

L’actualisation de la loi LPM présentée en Conseil des ministres mercredi prévoit l’augmentation de stocks de munitions (400 % pour les munitions téléopérées de tous types, 240 % pour les bombes propulsées AASM, 85 % pour les missiles de croisière Scalp), deux milliards d’euros supplémentaires pour les drones de tous types, davantage de livraisons de systèmes de défense aérienne moyenne portée SAMP/T pour intercepter les missiles balistiques…

Outre le réarmement matériel, la nouvelle version de la LPM prévoit également la possibilité pour le président de la République d’instaurer un « régime d’état d’alerte et de sécurité nationale en cas de menace grave et actuelle ». Ce nouveau cadre, activable uniquement sur décision présidentielle, doit permettre « d’adapter temporairement nos règles pour accélérer les décisions, simplifier les procédures, et lever les blocages qui ralentissent aujourd’hui la conduite de nos projets stratégiques », avait précisé Sébastien Lecornu, lors d’un débat sur la situation au Moyen-Orient devant l’Assemblée le 25 mars.

Avant « l’inquiétude », la nécessité de « susciter l’éveil »

Pour le chef d’état-major des Armées, « cette loi de programmation militaire (LPM) est déterminante pour la défense de nos concitoyens, la défense de notre pays, la défense de nos intérêts ». « Nous sommes dans une période de danger. Il ne faut pas susciter de l’inquiétude, mais juste de l’éveil parce qu’on a besoin de cet investissement de défense », a plaidé le général Mandon. Le « recours désinhibé à la force », la « menace terroriste (qui) reste forte au Proche et Moyen-Orient, en Asie et aussi sur le continent africain », justifient également selon lui l’effort demandé aux Français pour leur défense.

D’autant qu’« on ne peut plus avoir le même niveau de confiance sur l’engagement des Américains pour notre sécurité », même si « le dialogue avec les autorités militaires américaines » reste de « grande qualité », a-t-il ajouté. Face à la « simultanéité des crises », les priorités des États-Unis « ne sont pas les mêmes priorités que celles de notre pays ou que celles de notre continent et ils nous alertent depuis des mois en nous disant “renforcez-vous, nous ne pourrons peut-être pas couvrir vos besoins le jour où vous en aurez besoin” », a-t-il rappelé.

La loi de programmation réactualisée doit être inscrite sous peu à l’ordre du jour du Parlement. Emmanuel Macron avait souhaité que son adoption intervienne avant le 14 juillet 2026. Un ultime héritage pour celui qui participera alors à sa dernière parade militaire en tant que chef de l’État et des Armées.

Jade Toussay avec AFP

Source : Le HuffPost (France)

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