L’armée américaine voulait balancer une bombe atomique sur la Lune juste pour voir… et elle a changé d’avis

À la fin des années 1950, face à l'avance des Soviétiques dans la course à l'espace, l'Oncle Sam projette d'intimider ses rivaux en faisant exploser une bombe nucléaire sur la Lune. Un petit pas pour l'homme…

 Slate – Notre histoire commence par une étude, commandée en 1958 par l’US Air Force à un laboratoire de recherche de Chicago, avec pour mission d’analyser «les conséquences d’une explosion nucléaire hypothétique à la surface de la Lune». Nom de code: projet A119. Leonard Reiffel, qui supervise l’équipe de recherche, est-il étonné de recevoir une telle demande? Pas vraiment: depuis 1946, pas moins de 1.200 explosions nucléaires ont frappé la planète, des déserts du Nevada aux atolls du Pacifique en passant par les steppes gelées de Sibérie. Alors pourquoi pas une cible extraterrestre ?

Il faut croire que les fantômes de Nagasaki ne hantent plus les consciences. En pleine Guerre Froide, on met de l’uranium dans les mains des enfants, on invente le «jardinage atomique» (qui consiste à irradier les plantes de rayons gamma pour booster leur croissance) et on entretient même l’idée de creuser un second canal de Panama avec des bombes H en guise de pelleteuses. Même les têtes a priori moins brûlées du programme spatial américain se laissent séduire par les promesses de l’atome.

En effet, pour des ingénieurs aérospatiaux dont le principal objectif est d’arracher des fusées à la gravité terrestre, cette source d’énergie colossale semble plus que prometteuse. En 1964, l’agence spatiale américaine déploiera d’ailleurs un satellite au plutonium, qui dysfonctionnera et retombera maladroitement sur Terre (un rapport conclura : «Il est embarrassant de constater que les débris radioactifs provenant de ce satellite sont présents sur “tous les continents et à toutes les latitudes”.»). Merci la NASA.

Mais en 1958, au moment où l’armée de l’air commande le fameux rapport au Dr. Reiffel, l’Oncle Sam n’a pas vraiment la tête dans les étoiles. Le succès de Sputnik, le satellite soviétique mis en orbite en octobre précédent, a autant démoralisé Washington que fait exulter Moscou. «L’Amérique dort sous une Lune soviétique», jubile Nikita Krouchtchev, premier secrétaire du Parti Communiste d’URSS. À ce rythme, il n’est pas impensable d’imaginer le drapeau rouge flotter à la surface de notre satellite… Ce que les Américains redoutent plus que tout.

Viser la Lune

Face à une telle perspective, le projet A119 retient l’attention des gros bonnets de l’administration américaine. Ils savent que les Soviétiques sont en bonne voie pour atteindre la Lune avant eux. S’ils ne peuvent rivaliser sur le terrain scientifique, alors une explosion atomique à la surface de la Lune consisterait en une incroyable démonstration de force.

Publiquement, Wernher von Braun, l’architecte du programme spatial étasunien, déclare que la course à l’espace est une course à la liberté et au pacifisme : «l’homme doit établir les principes de la liberté de l’espace comme il l’a fait pour la liberté des mers», confie-t-il au magazine Time. Au même moment, des physiciens envisagent pourtant la possibilité d’atomiser la Lune. «La nation qui réaliserait la première un tel exploit en tirerait des avantages concrets, ce qui démontrerait ses capacités technologiques de pointe, pointe le Dr. Reiffel dans son étude. Il est en outre tout à fait évident que cela servirait certains objectifs militaires […] concernant l’utilisation des armes nucléaires dans le cadre d’une guerre spatiale.»

En plus de ses inquiétants «mérites» sur les plans militaire et géopolitique, l’explosion devrait projeter dans l’espace des matières lunaires, permettant à des sondes de récupérer les débris à proximité de l’orbite terrestre. Ce qui offrirait une caution scientifique à une opération principalement pensée pour intimider l’URSS –et le monde. Le rapport du Dr. Reiffel précise cependant que l’envoi d’une ogive nucléaire sur la Lune risquerait d’entraîner sa contamination biologique et radioactive, ainsi qu’une réaction négative de l’opinion.

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Nicolas Méra

 

 

 

Source : Slate (France)

 

 

 

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