L’Arabie saoudite une nouvelle fois rattrapée par la guerre au Yémen

Le royaume a subi, mardi, la pire attaque houthiste sur son sol depuis des années alors que la guerre reprend sur différents fronts de l’autre côté de la frontière.

Le Monde  – Le conflit yéménite gagne à nouveau le territoire saoudien. Mardi 8 septembre, le royaume a subi la pire attaque houthiste depuis des années. Le mouvement, qui contrôle un tiers nord du Yémen, a visé, à l’aide de missiles et de drones, l’aéroport international d’Abha, la base aérienne King Khalid, ainsi que des installations du géant pétrolier Aramco à Abha et Jizan, entraînant « l’interruption temporaire de certaines opérations », selon le ministère de l’énergie saoudien. Les autorités saoudiennes font état de 73 civils blessés.

Le porte-parole militaire des houthistes, Yahya Saree, a présenté ces tirs comme une riposte à « 121 frappes » que Riyad aurait menées, en trois jours, dans les provinces yéménites d’Al-Jawf, dans le Nord, d’Al-Bayda et de Marib, dans le centre, et de Taëz, dans le Sud-Ouest. L’Arabie saoudite – qui ne revendique pas ces opérations –, alliée des forces gouvernementales, leur fournirait un soutien aérien dans les combats qui s’intensifient contre les houthistes.

Le 3 septembre, ces derniers, alliés de l’Iran, ont lancé une offensive contre les forces gouvernementales sur la côte ouest pour prendre le contrôle du détroit stratégique de Bab Al-Mandab, qui relie l’Asie à l’Europe via le canal de Suez. Ils espèrent ainsi disposer d’un levier leur permettant de paralyser le trafic maritime en mer Rouge, comme tente de le faire leur parrain iranien dans le détroit d’Ormuz.

La coalition anti-houthistes a répliqué en ouvrant d’autres fronts, dans différentes zones à travers le pays, imposant aux houthistes leur plus grand défi militaire depuis la trêve négociée avec les forces gouvernementales en 2022. « Elle cherche à les obliger à se remobiliser et à redistribuer leurs forces, et ainsi les affaiblir », analyse Mustafa Aljabzi, chercheur et ancien diplomate yéménite. Avec un certain succès. Les houthistes semblent reculer à certains endroits, comme dans le gouvernorat d’Al-Jawf.

« Un jeu à haut risque »

Ce nouveau regain de violences a déjà fait plus de 500 morts parmi les combattants et précipité la fuite de plus de 20 000 civils, selon l’Agence France-Presse. « Ces frappes en Arabie saoudite constituent une réponse au soutien saoudien apporté aux forces anti-houthistes », souligne Adam Baron, analyste au sein du centre de réflexion New America, basé à Washington. Les houthistes misent sur le fait que les Saoudiens préféreront peut-être éviter l’escalade et céderont à leurs exigences, notamment en intimant aux forces gouvernementales yéménites de faire marche arrière.

« Mais l’écart entre ce que chaque camp veut et ce qu’il est prêt à accepter est trop grand », estime Adam Baron. Et, d’une certaine manière, la guerre menée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran depuis le 28 février l’a élargi : les houthistes se sentent renforcés. Ils ont résisté pendant des années aux bombardements intensifs américains, israéliens ou saoudiens, et demeurent l’acteur majeur de l’« axe de la résistance », le réseau d’alliés et de groupes armés de Téhéran destiné à contrer l’influence israélienne et américaine au Moyen-Orient, après l’affaiblissement du Hezbollah libanais.

Depuis juillet, les houthistes usent déjà de leur pouvoir de nuisance en mer Rouge en tentant d’imposer une forme de blocus maritime à l’Arabie saoudite – deuxième exportateur mondial de pétrole après les Etats-Unis – en ciblant ses navires. « Attaquer l’Arabie saoudite n’est pas qu’un problème de sécurité saoudien, il est aussi américain, rappelle Farea Al-Muslimi, analyste yéménite au centre de réflexion britannique Chatham House. Ce genre de frappes aide donc directement Téhéran, allié des houthistes, notamment parce qu’elles contribuent à détourner la pression dont fait l’objet l’Iran à Ormuz. »

« C’est un jeu à très haut risque, poursuit Adam Baron. Tout ce que les Saoudiens ont fait depuis 2022 visait justement à éviter que ce genre d’événements arrive. Pour réduire les tensions avec les houthistes, ils ont ouvert des discussions, retiré la majorité de leurs troupes ou encore encouragé le gouvernement yéménite à conclure un accord de paix. » Les Saoudiens essaient de se protéger autant que faire se peut des retombées du conflit yéménite. Les possibles menaces pour leur sécurité nationale mettent aussi en péril Vision 2030, le plan de modernisation du royaume, dévoilé en 2017 par Mohammed Ben Salman pour réduire leur dépendance au pétrole.

Le ministère des affaires étrangères saoudien a réaffirmé, dans un communiqué, « son droit légitime à prendre toutes les mesures nécessaires pour défendre sa souveraineté ». C’est déjà au nom de la défense de ses intérêts nationaux que l’Arabie était intervenue en 2015, quand elle avait estimé devoir prendre la tête d’une coalition militaire en soutien au gouvernement yéménite qui venait d’être chassé de la capitale, Sanaa, par les houthistes. Riyad avait ensuite mené des années de bombardements meurtriers.

 

 

 

 

Source : Le Monde

 

 

 

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