Xi Jinping, en visite en Egypte, tance l’action des Etats-Unis au Moyen-Orient

Au Caire, où il est arrivé mardi, le président chinois a appelé les pays du Moyen-Orient à se défaire de la tutelle sécuritaire américaine, profitant des doutes croissants suscités par la politique de Washington dans la région.

Le Monde  – Devant les pyramides de Gizeh, près du Caire, les présidents chinois et égyptien ont posé ensemble avec leurs épouses pour la photo, mercredi 2 septembre. Xi Jinping et son hôte, Abdel Fattah Al-Sissi, ont échangé devant le masque funéraire de Toutankhamon, en dirigeants de deux civilisations parmi les plus anciennes, et se sont rappelé aussi le soutien mutuel de leurs pays, « côte à côte pour l’indépendance nationale et contre l’impérialisme et le colonialisme », selon les termes de M. Xi. Soixante-dix ans plus tôt en effet, l’Egypte de Nasser avait été le premier pays arabe et africain à reconnaître la République populaire de Chine de Mao.

Pour le président de la deuxième puissance mondiale, qui n’a de cesse de dénoncer la domination américaine, ce passé devrait inspirer le présent. Cette visite était la première de Xi Jinping en Egypte depuis dix ans, et la première en quatre ans dans un Moyen-Orient en bouleversement. L’administration américaine y fait chaque jour la démonstration de son inconséquence, six mois après avoir lancé une guerre contre l’Iran qui a mené au blocage du détroit d’Ormuz et à des frappes sur la plupart des pays du golfe Persique. Les Etats-Unis et l’Iran échangeaient des tirs au moment même où Xi Jinping arrivait en Egypte mardi soir.

« Les peuples du Moyen-Orient devraient rester maîtres de leurs propres affaires, et les ingérences extérieures doivent être rejetées », a lancé le chef de l’Etat chinois mercredi, appelant les pays de la région à « explorer la construction d’une nouvelle architecture de sécurité ».

La Chine, premier partenaire commercial

Pékin espère que son défi au rôle central de Washington dans la région profitera du doute grandissant sur les garanties de sécurité américaines – un doute qui a déjà poussé l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan à signer, le 7 août à La Mecque, un pacte de défense commune. La proposition chinoise trouve toutefois ses limites, d’un côté dans la dépendance concrète du Caire au 1,3 milliard de dollars (1,1 milliard d’euros) d’aide de défense que lui verse chaque année Washington, et de l’autre au peu de souhait de la Chine d’aller s’exposer militairement loin de son territoire, surtout dans cette région à haut risque.

« Il faut revenir sur ce qu’entend Xi Jinping. Ce n’est certainement pas d’aller engager ses troupes dans des régions éloignées (…), mais que l’architecture de sécurité menée par les Etats-Unis est inacceptable. Toutefois, la Chine ne veut pas prendre l’ascendant sur les questions de sécurité globales, préférant rester en marge et critiquer le statu quo. Pour l’instant, cela sert bien ses intérêts, tandis que la popularité des Etats-Unis décline de jour en jour », estime Eric Olander, rédacteur en chef du site China-Global South Project.

Pour Le Caire, la visite de Xi Jinping s’apparente à un succès. Elle montre que l’Egypte compte toujours au Moyen-Orient, malgré la montée en puissance de pays arabes comme l’Arabie saoudite, le Qatar ou les Emirats arabes unis, et l’influence grandissante de la Turquie. La Chine est déjà son premier partenaire commercial et cette relation économique s’approfondit encore, avec l’espoir égyptien de ne pas être seulement une plate-forme de redistribution de marchandises chinoises mais aussi d’assemblage, notamment dans l’automobile.

La Chine s’intéresse à la position centrale de l’Egypte – entre espaces méditerranéen, moyen-oriental et africain –, ainsi qu’à sa main-d’œuvre bon marché. Les deux parties ont annoncé le lancement de la troisième phase d’une zone économique au sud du canal de Suez, construite en partenariat avec la cité portuaire de Tianjin et devenue l’un des projets phares des « nouvelles routes de la soie ». Des dizaines d’entreprises chinoises s’y sont installées, dont des spécialistes de la fibre de verre exportant notamment vers l’Europe. L’armateur d’Etat chinois Cosco est, quant à lui, implanté aux extrémités du canal. D’autres entreprises chinoises ont participé à la construction de lignes ferroviaires et à celle du quartier d’affaires de la Nouvelle Capitale, le projet gigantesque du président Al-Sissi.

Selon l’agence Bloomberg, le géant Huawei devrait, par ailleurs, fournir les processeurs pour un centre de données d’intelligence artificielle destiné à des systèmes militaires, de sécurité et de surveillance gouvernementale. Un affront pour Washington dans ce domaine sécuritaire sensible, en pleine course sino-américaine sur l’IA.

 

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 (Pékin, correspondant) et  (Le Caire, correspondance)

 

 

Source : Le Monde 

 

 

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