Ce qui se déroule aujourd’hui au Sénégal entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye dépasse largement une simple rivalité politique. C’est le signe d’une époque profondément instable où même les États longtemps considérés comme solides commencent à vaciller. Le Sénégal, qui a longtemps fait exception par sa stabilité et sa démocratie, risque à son tour d’entrer dans l’œil d’un cyclone qui traverse déjà toute l’Afrique, du Sahel jusqu’aux confins du Soudan.
Même si le Sénégal dispose encore de solides atouts — une longue tradition démocratique, des institutions relativement structurées, une société civile active, une armée républicaine respectée, une presse influente ainsi qu’une forte culture du débat politique — les risques de déstabilisation semblent désormais peser davantage sur le pays. La popularité considérable d’Ousmane Sonko, particulièrement auprès d’une jeunesse confrontée au chômage, aux inégalités et au sentiment d’exclusion, crée une nouvelle réalité politique qu’aucun pouvoir ne peut ignorer. Dans un contexte régional déjà fragilisé par les crises sécuritaires et les tensions sociales, toute rupture prolongée entre les principales figures du pouvoir sénégalais pourrait alimenter des fractures internes profondes et fragiliser l’équilibre qui faisait jusque-là du Sénégal une exception dans la région.
Partout, les tensions s’accumulent : coups d’État, conflits armés, radicalisation politique, crise économique mondiale et fractures sociales grandissantes. La question du Sahara demeure également un facteur majeur d’incertitude régionale. Au même moment, le Moyen-Orient est en feu, la guerre se poursuit en Europe et l’économie mondiale traverse une période de turbulences inédites. Aucun pays ne peut désormais croire qu’il sera épargné par cette instabilité globale.
Dans ce contexte, la Mauritanie doit regarder la réalité avec lucidité. Le danger ne vient pas seulement des frontières ou des crises régionales. Il vient aussi de l’intérieur, d’un modèle de gouvernance qui montre depuis longtemps ses limites. Depuis des décennies, le pays évolue dans un paradigme politique qui patine, naviguant souvent à vue, sans vision stratégique profonde, pendant que les conditions de vie des populations se dégradent progressivement.
La flambée des prix étouffe les familles, le chômage frappe durement la jeunesse, les inégalités se creusent et la confiance envers les institutions s’érode chaque jour davantage. Pendant ce temps, les passe-droits, les nominations abusives, le clientélisme et la mauvaise gouvernance continuent d’alimenter le sentiment d’injustice et d’exclusion.
Or, dans les périodes de grandes secousses régionales et internationales, les États fragilisés de l’intérieur deviennent les plus vulnérables aux crises extérieures. Aucune stabilité durable ne peut être construite sur des déséquilibres sociaux, des privilèges et l’absence d’équité.
La Mauritanie doit aujourd’hui engager un véritable changement de paradigme. Le pays a besoin d’une gouvernance moderne, juste et prospective, capable d’anticiper les bouleversements à venir au lieu de les subir. Il devient urgent de reconstruire la cohésion nationale sur des bases solides, de réhabiliter l’État, de restaurer la confiance des citoyens et de replacer l’intérêt général au cœur de l’action publique.
Dans un monde traversé par les guerres, les crises économiques et les fractures politiques, les nations qui résisteront ne seront pas forcément les plus puissantes militairement. Ce seront celles qui auront su bâtir un État plus juste, une société plus unie et plus résiliente face aux tempêtes de l’histoire.
Nana Mohamed Laghdaf
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