La dialectique du destin entre connaissance et transformation

Il ne faut jamais accepter que le périmètre de l’embouchure de votre destin soit limité par les enseignants, les guides religieux, les hommes politiques, les chefs d’entreprise ou encore les dirigeants des institutions académiques. La maturité, c’est avoir l’audace de devenir le maître de l’horizon de sa propre destinée, quelles que soient les conditions météorologiques de son environnement. Certaines réussites, tout comme certains échecs, refusent de respecter les maquettes prédéfinies par nos différentes sociétés. Nous ne choisissons pas toujours le climat de notre existence, mais nous pouvons déterminer, examiner et assumer la direction que nous souhaitons lui donner. Ainsi, la trajectoire de René Guénon, connu sous le nom d’Abd al-Wahid Yahya (rta), montre avec évidence que les obstacles perçus comme des échecs peuvent être réutilisés comme des supports pour aller de l’avant. Il échoue au cycle préparatoire en mathématiques pour réussir sa licence en philosophie. Ensuite, il découvre le milieu soufi en France après avoir exploré les loges maçonniques en profondeur. Quelques années plus tard, un autre échec se profile sur sa trajectoire, à savoir le refus de son projet de thèse, jugé irrecevable après des années de travail sur un sujet purement ésotérique. Ce deuxième revers pousse René Guénon à bâtir son œuvre en toute liberté, à la suite d’une véritable transformation intérieure, l’autre face de son destin, qui l’amèna en Égypte, où il passa le reste de sa vie. Par conséquent, nous constatons que cette dialectique nous enseigne que la valeur d’une vie ne se limite pas à une lecture binaire de nos échecs ou de nos réussites. En revanche, notre histoire personnelle réside plutôt dans notre capacité à nous transformer et à nous élever intérieurement, alors même que l’extérieur croit que nous sommes dans l’impasse. Donc, le président Mandela avait raison de dire que « la véritable dignité commence lorsque nous cessons de mendier l’attention des autres. »

Être mukallaf, c’est donc apprendre à accepter le destin. Mais pour l’accepter, encore faut-il chercher à le connaître. Le mot DESTIN se compose ici de six dimensions symboliques, à savoir D pour Direction, E pour Existentielle, S pour Spirituelle, T pour Transformation, I pour Intérieure et N pour Naissance. Ainsi, le connaître, c’est peut-être mettre en place les conditions nécessaires pour emprunter une direction existentielle et spirituelle, à travers la transformation intérieure de notre être. Bien évidemment, cette interprétation est susceptible de changer lorsque le mot « destin » est écrit dans une autre langue (arabe, anglais ou poular). Une naissance qui ne s’accompagne d’aucune véritable évolution laisse l’être prisonnier de sa propre méconnaissance. Il demeure alors étranger à lui-même, incapable de saisir la portée philosophique de son existence. La venue au monde est un fait biologique. Mais parvenir à devenir un être conscient relève d’une métamorphose intime. C’est dans cet espace entre ce que nous sommes, ce que nous devenons et ce que nous sommes appelés à comprendre que se joue peut-être la véritable philosophie du destin. Par conséquent, une interrogation fondamentale se pose. La transformation intérieure est-elle une conséquence de sa compréhension, ou est-ce elle qui rend l’être humain capable de mieux appréhender son chemin ?

Peut-être est-ce dans cette réciprocité entre connaissance et transformation que réside toute la dialectique du destin. Accepter ce qui nous dépasse ne veut pas dire renoncer à lutter, mais plutôt apprendre à discerner ce qui dépend de nous. Il faut donc assumer nos responsabilités et transformer notre manière d’habiter l’existence.

Enfin, dans la vie, il faut, dans certaines circonstances, refuser avec véhémence que des personnes lambda, des intellectuels « Mahjoub » ou des institutions académiques déterminent l’antithèse de votre destinée. René Guénon était incompris et demeure encore rejeté par ceux qui ont voulu placer les valeurs des coordonnées (x, y) de sa trajectoire sur le repère orthonormé des connaissances, au sens véritable du terme. Oui, les intellectuels voilés par leur propre inexistence ne sont pas habilités à positionner les abscisses et les ordonnées des incompris du monde ésotérique sur la carte des savoirs vécus à travers l’expérience.

@Yoo Alla Faabo !!!

Abdoul GUISSÉ 

 

 

 

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