La course à la direction de l’Organisation internationale de la francophonie est lancée

La sortante rwandaise Louise Mushikiwabo souhaite être réélue, mais trois autres candidats sont sur les rangs.

Le Devoir – Deux outsiders dans l’ombre d’un duel RDC-Rwanda qui attire les regards : la course au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) est lancée à six mois d’un vote très attendu dans une institution en quête d’un nouveau souffle.

Engagés depuis plusieurs mois dans des tournées diplomatiques, la sortante rwandaise Louise Mushikiwabo, la Congolaise Juliana Lumumba, la Mauritanienne Coumba Ba, le Roumain Dacian Ciolos se livreront mardi à un exercice nouveau dans la campagne : une audition devant les ministres des Affaires étrangères des 53 États et gouvernements membres.

Les dirigeants de ces États et gouvernements feront ensuite leur choix en novembre au Cambodge lors du sommet de l’OIF, organisation qui représente 396 millions de locuteurs dans le monde.

Jusqu’à présent, les candidates Mushikiwabo et Lumumba ont capté l’attention.

La première est bien connue dans la francophonie. Cette ancienne ministre des Affaires étrangères de Paul Kagame (2009-2018), 64 ans, dirige l’OIF depuis 2018.

Le patronyme de Juliana Lumumba, 70 ans, est également familier : elle est la fille de Patrice Lumumba, figure de l’indépendance du Congo (actuelle République démocratique du Congo), des luttes anticoloniales et du panafricanisme, assassiné en 1961.

Derrière ces candidatures, beaucoup voient une nouvelle confrontation entre Rwanda et RDC, États rivaux de la région des Grands Lacs. Kinshasa accuse notamment Kigali de soutenir le groupe rebelle du M23, qui s’est emparé de vastes pans de territoires dans l’Est de la RDC.

Juliana Lumumba, la fille de Patrice Lumumba, brigue la direction de l’OIF.
Photo: Joel Saget Agence France-Presse Juliana Lumumba, la fille de Patrice Lumumba, brigue la direction de l’OIF.

« Réducteur »

Si leurs gouvernements participent à leurs campagnes, les deux femmes tiennent à se distancier de cette encombrante toile de fond.

« C’est très réducteur. Ce n’est pas un État qui dirige l’organisation, ce sont des personnes », estime une proche de Louise Mushikiwabo, qui fait valoir la volonté de la sortante d’« aller plus loin » lors d’un troisième mandat, notamment dans « le numérique, l’entrepreneuriat, l’employabilité des jeunes… »

« Ce n’est pas un bras de fer diplomatique. Ce n’est pas le lieu, c’est contre les valeurs de la francophonie », balaie également Juliana Lumumba : « Ma candidature n’est pas contre un pays, ni contre une personne ».

Elle préfère souligner que la RDC est — hors France — le pays comptant le plus de locuteurs de langue française (57,3 millions) et décliner son programme pour « une francophonie des peuples » et « polycentrée », qu’elle veut « sortir d’une routine » bureaucratique.

La Mauritanienne Coumba Ba dispose d’un solide réseau en Afrique.
Photo: Geoffroy Van Der Hasselt Agence France-Presse La Mauritanienne Coumba Ba dispose d’un solide réseau en Afrique.

Afrique incontournable ?

Leurs adversaires prennent soigneusement le contre-pied de cette rivalité.

« Ce que souhaitent les chefs d’État (de l’OIF), c’est un consensus et un rassemblement », souligne Coumba Ba, troisième candidate originaire d’Afrique.

Cette Mauritanienne de 56 ans entend incarner la « neutralité constructive » de son pays, « carrefour » entre Afrique subsaharienne et pays arabes, « passage vers l’Europe », et dont le gouvernement entretient aussi des contacts avec les juntes militaires souverainistes du Sahel qui ont quitté l’OIF en 2025 (Mali, Burkina Faso, Niger).

Elle revendique sa discrétion « sahélienne, culturelle ». Cette ancienne conseillère de cinq présidents mauritaniens et ministre (Fonction publique, Jeunesse et sports…) dispose d’un solide réseau en Afrique.

Le continent occupe une place importante à l’OIF : il concentre 26 des 53 États membres et 65 % des francophones dans le monde (90 % en 2050, selon des projections de l’OIF). Depuis la création de la fonction de secrétaire général en 1997, trois sur quatre venaient d’Afrique (Boutros Boutros Ghali, Abdou Diouf, Louise Mushikiwabo).

Styles

« Un candidat venant de l’extérieur, mais qui a conscience de l’importance de l’Afrique, peut être une issue à un débat (RDC-Rwanda, NDLR) qui risque d’importer des disputes au sein de la francophonie », souligne de son côté Dacian Ciolos.

Cet ancien premier ministre de Roumanie (2015-2017) passé par l’UE (commissaire européen à l’Agriculture, chef du groupe Renew au Parlement européen), âgé de 56 ans, fait valoir son expérience de la recherche du compromis.

Il prône une approche du français comme « langue d’opportunité » et de « coopération » économiques.

Dacian Ciolos, ancien premier ministre de la Roumanie, fait valoir son expérience de la recherche du compromis.
Photo: Joel Saget Agence France-Presse Dacian Ciolos, ancien premier ministre de la Roumanie, fait valoir son expérience de la recherche du compromis.

Chacun fait campagne avec un style différent — visible pour Lumumba, plus feutré pour Ba et Ciolos, en marge de ses fonctions pour Mushikiwabo — pour tenter de convaincre les dirigeants des États membres.

« La campagne de Lumumba peut agacer par son côté “bling bling”. Par opposition, Coumba Ba est peut-être trop discrète », analyse un observateur. « Il y a toujours des accords en amont, mais ce sera plus ouvert que les années précédentes », ajoute-t-il.

 

 

Simon Valmary

à Paris
Agence France-Presse
Source : Le Devoir (Canada)
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