
La ressemblance scénique entre le dispositif d’une conférence de presse et la configuration d’un amphi d’étudiants est saisissante. Même scénographie, même position de surplomb du conférencier et de l’enseignant, même (inévitable par la nature des choses) asymétrie, même distance…toutes ces choses étant plus ou moins aiguisées suivant la personnalité de « l’intervenant », son aisance, sa propension à la théâtralité… Pas étonnant que le cours magistral ait été la cible des « révoltés » de mai 1968.
En politique, la rareté et la solennité de l’exercice ajoutent à son caractère artificiel. La conférence de presse politique est aussi prisée que contrastée. Expression supposée d’un monarchisme résiduel et de la verticale du pouvoir, elle est suspectée de transformer le journaliste de service en faire-valoir ou figurant. Tendance qui aurait tendance à se creuser face à des clients d’un certain calibre : de Gaulle, Hassan II, Mitterrand, SékouTouré, Senghor…pour ne citer que des figures disparues. La conférence de presse serait davantage propice à l’exercice de style qu’à l’informatif substantiel.
Dans les grandes démocraties occidentales, la France est l’un des rares pays à conserver la formule, si loin des briefings, points de presse faisant davantage de place au droit de suite, sans compter , à l’extrême, les shouted questions (questions à la volée) que l’on a vues à l’œuvre récemment à l’occasion de la constitution en Angleterre du gouvernement du nouveau PM Andy Burnham.
Nul besoin de cooptation pour poser des questions lors du briefing à la Maison-Blanche. Une accréditation suffit. Trump a appris à ses dépens qu’il ne pouvait en fermer l’accès aux journalistes irrévérencieux tels ceux de Associated Press en représailles à leur refus d’endosser son fantaisiste golfe d’Amérique (au lieu de golfe du Mexique).
Quant au droit de suite, le même Trump en a fait l’expérience amère au sujet de l’affaire Epstein, face à la jeune (34 ans) journaliste de CNN, Kaitlan Collins. Rancunier, le Donald l’a encore étrillée hier à l’occasion du dîner de la presse (reprogrammé). Pour se venger des médias traditionnels (mainstream), Trump, avec la complicité de sa porte-parole Karoline Leavitt, a ouvert les points de presse de la Maison-Blanche aux médias dits alternatifs. Autant dire à la sphère conspirationniste dont Joe Rogan, habitué du lieu, est un parangon. Médias alternatifs probablement pour raconter des « faits alternatifs » suivant la formule de Kelly Ann Conway, une ancienne pasionaria de la propagande trumpienne.
Tijane BAL pour Kassataya.com
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