L’excision concerne plus de 230 millions de jeunes filles et de femmes dans le monde. C’est une tradition qui reste difficile à éradiquer. Une Lyonnaise en a fait le combat de sa vie. Fatoumata a elle-même été mutilée à l’âge de 16 ans. Elle milite sur les réseaux sociaux et elle a créé une association qui vient en aide aux femmes excisées en Afrique.
Il n’y a pas que le 8 mars que l’on peut parler des initiatives en faveur des femmes. L’association « Ne me mutile plus. Stop excision ! » a été créée par une femme de la région Auvergne-Rhône-Alpes. En quelques mois ses vidéos sur les réseaux ont suscité des dons et permis une chirurgie réparatrice à des femmes mutilées par l’excision.
Cette pratique interdite en France reste courante dans plusieurs pays d’Afrique.
Un calvaire imposé à des millions de jeunes filles
Fatoumata l’a vécu à l’âge de 16 ans, elle a subi cette mutilation lors d’un voyage familial au Sénégal.
« On m’a dit de me coucher au sol, on m’a écarté les jambes. Je me souviens encore du fait que je regardais le ciel. Je savais qu’à tout moment, il y avait une douleur qui allait arriver. C’est ce qui s’est passé, raconte-t-elle rapidement d’une voix posée. J’ai senti une douleur indescriptible. On te coupe sans anesthésie, à vif. À ce moment-là, je pense que j’ai fait une sorte de dissociation où les heures d’après, j’étais là sans être là».
La jeune fille mutilée est devenue Fatoumata, la femme française qui se bat sur les réseaux sociaux contre cette pratique culturelle. Ses vidéos sont sans filtre et d’autant plus poignantes.
Dans un réel, elle explique, une reproduction du sexe féminin à l’appui, les mutilations successives endurées. « On a pris des ciseaux, on a coupé le clitoris, on a coupé les petites lèvres. Et ensuite, ce qu’on a fait, c’est qu’on a coupé une partie des grandes lèvres, on a pris un briquet, on a brûlé pour pouvoir refermer.»
Elle emploie des mots simples, mais terrifiants pour décrire le calvaire vécu. « Oui, reprend-elle dans la vidéo, il y a des femmes qui ont subi ce type d’excision. L’excision de type 4, une excision extrêmement grave. Et c’est triste qu’en 2026, je suis devant vous, à vous parler de ce type d’excision.»
Presque 140 000 femmes en France
L’excision affecte plus de 230 millions de jeunes filles et de femmes dans le monde dont 139 000 en France.
Cette pratique est une tradition difficile à éradiquer. Elle mène ce combat. « Je n’aurais jamais imaginé, il y a 10 ans, que je serais en train de combattre l’excision, témoigne-t-elle. Si quelqu’un m’avait dit :’Tu as une association qui aide les femmes?’, J’aurais répondu : ‘Mais, c’est impossible, inimaginable» , dit-elle en souriant.
J’ai juste décidé de faire de mon traumatisme une force.
Fatoumata Koita, présidente de l’association « Ne me mutile plus-Stop Excision »
France 3 Rhône-Alpes
Chirurgie réparatrice
Grâce aux dons récoltés sur les réseaux, en 6 mois, elle a offert une chirurgie réparatrice au Mali à 18 femmes. Chaque opération coûte entre 800 et 1000 euros. Une petite fille de 8 ans est la prochaine sur la liste.
À Bamako, l’énergie de Fatoumata impressionne le chirurgien, Souleman Diarra qui travaille à la clinique de l’Amitié. « Son combat est noble et bien déterminé. Je n’arrêterai jamais de remercier Fatoumata pour sa lutte pour nos jeunes femmes» , confie-t-il.
En France, l’opération va de pair avec un accompagnement psychologique. Ce n’est pas le cas au Mali et c’est le prochain combat de Fatoumata avec l’éducation. « Si les femmes étudient, elles vont comprendre que l’excision n’apporte rien, dit-elle, ça a des conséquences. J’espère qu’un jour, on pourra mettre fin à l’excision.»
Dans le monde, 6% de la population féminine vit avec une excision. Leur vie sexuelle est un enfer et accoucher, constitue un traumatisme supplémentaire. Fatoumata ambitionne de développer son association en Afrique de l’Ouest.
Article rédigé d’après le reportage de Béatrice Tardy et Marie Redortier
Source : France 3 -régions.franceinfo – (Le 14 avril 2026)
Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com




