« Hubs retour » : le Rwanda devrait accueillir le premier centre pour migrants expulsés d’Europe dès 2027

 Info Migrants – Le Rwanda est pressenti pour accueillir le premier centre pour migrants expulsés d’Europe, ont indiqué mardi des sources concordantes à l’AFP. Cinq pays de l’Union européenne (UE) – Allemagne, Autriche, Danemark, Grèce et Pays-Bas – espèrent conclure un accord avec ce pays d’Afrique de l’est d’ici à la fin de l’année, afin de permettre l’ouverture d’un « hub retour » dès 2027.

Depuis plusieurs mois, cinq pays de l’Union européenne (UE) – Allemagne, Autriche, Danemark, Grèce et Pays-Bas – travaillent d’arrache-pied pour ouvrir le plus rapidement un premier centre pour migrants expulsés d’Europe.

Le Rwanda figure ces derniers mois parmi les destinations envisagées. Selon des sources proches des négociations citées par l’AFP mardi 20 octobre, il apparaît désormais comme le candidat le plus probable.

Des représentants des cinq pays se sont rendus à Kigali pour une mission début septembre, a confié une source diplomatique à l’AFP. Une délégation rwandaise a quant à elle voyagé en Europe il y a quelques jours, faisant notamment étape à Bruxelles pour des réunions.

L’accord entre le Rwanda et les pays de l’UE pourrait être officialisé mi-novembre, possiblement en marge d’une conférence à Vienne (Autriche) consacrée aux questions migratoires, ont indiqué trois sources à l’AFP. « Le dialogue avance très bien mais nous ne ferons pas de commentaire quant au timing ou au pays », a affirmé un diplomate venant d’un de ces cinq pays.

La Commission européenne participe à certaines de ces réunions en tant qu’observatrice, sans se prononcer directement sur les modalités du projet.

Expulser et dissuader

L’objectif affiché de ces cinq États européens est de conclure un accord avec Kigali d’ici à la fin de l’année, afin de permettre l’ouverture d’un « hub retour » dès 2027. Partisans d’une ligne migratoire très ferme, leur raisonnement est double : en plus d’expulser les déboutés d’asile, ils espèrent ainsi décourager des migrants de tenter de s’installer sur le continent.

Concrètement, ces « hubs retour » sont assimilables à des centres de rétention ou de transit situés hors du sol européen. Les Vingt-sept pourront y envoyer des migrants déboutés du droit d’asile qui ne peuvent pas être expulsés directement vers leur pays d’origine.

Ces centres ont été imaginés en lien avec la Commission européenne, il y a un an et demi, afin d’accroître significativement le nombre des expulsions de migrants du territoire européen.

Projet pilote

Ces « hubs retour » sont décriés par la gauche et les ONG, qui s’inquiètent du traitement des migrants dans ces établissements.

La France est également sceptique. Le président Emmanuel Macron avait vivement critiqué le concept en marge d’un sommet en juin, jugeant que ces centres n’étaient « ni efficaces », ni conformes aux valeurs de l’UE.

Des jeunes migrants venus de Libye hébergés dans le centre de transit de Gashora, au Rwanda. Crédit : DW/A.Ngarambe
Des jeunes migrants venus de Libye hébergés dans le centre de transit de Gashora, au Rwanda. Crédit : DW/A.Ngarambe

Afin de dissiper certaines des inquiétudes, les cinq pays européens entendent d’abord lancer ce centre à une très petite échelle, a expliqué une autre source diplomatique à l’AFP. Une sorte de projet pilote.

L’idée est d’y envoyer d’abord une vingtaine de déboutés de l’asile par pays européen concerné, probablement des hommes majeurs, interceptés à la frontière.

Et d’anticiper tous les scénarios possibles avant l’annonce formelle : qui les transportera, que se passera-t-il si l’un des migrants tombe malade, etc… ?

À en croire une source proche des négociations, l’établissement ne sera pas un centre de détention fermé. Le Rwanda souhaite appeler cela des « centres d’accueil » et pourrait y proposer des formations professionnelles.

Critiques

Mais ces annonces ne dissipent pas les doutes des opposants au projet. « Je ne vois pas en quoi il est accueillant d’envoyer des centaines de personnes en dehors de l’Union européenne, simplement parce que nous ne voulons pas qu’elles restent dans l’UE », rétorque l’eurodéputée Anna Strolenberg, de retour d’une mission au Rwanda il y a quelques semaines.

Sur place, l’élue écologiste néerlandaise a constaté une évolution négative « du sentiment à l’égard des réfugiés » et voit comme « une grave erreur » l’ouverture prévue de ce centre.

L’ancienne ministre britannique Suella Braverman visite un centre en construction au Rwanda, avant que le projet d’externalisation de l’asile soit abandonné par le gouvernement de Keir Starmer. Crédit : Picture alliance

Le Conseil de l’Europe, une institution qui ne fait pas partie de l’UE et qui promeut les droits de l’Homme sur l’ensemble du continent, ⁠avait déclaré en juillet que les centres de retour et autres dispositifs de ce type ⁠présentaient des « risques ​considérables en matière de droits de l’Homme ».

Début septembre, le Picum (Plateforme pour la coopération internationale sur les sans-papiers) a aussi réitiré ses critiques. « Envoyer des personnes dans des centres d’expulsion situés hors de l’UE revient à arracher des enfants, des adultes et des familles à la vie qu’ils ont bâtie en Europe, pour les soumettre à une détention prolongée dans des lieux qui leur sont inconnus.

Dans ces endroits, il sera difficile, voire impossible, de surveiller sérieusement ce qui s’y passe – et encore plus d’empêcher d’éventuels transferts en chaîne vers des pays où ces personnes pourraient être exposées à la violence ou à la mort », avait déploré Michèle LeVoy, directrice de cette coalition d’ONG.

Des droits de l’homme réduits à néant

Les opposants au projet mettent aussi en avant les droits de l’Homme au Rwanda, qui sont réduits à néant. Kigali est régulièrement épinglé pour son tour de vis sur les libertés individuelles.

Dans le pays, la liberté d’expression est une gageure. Un simple billet de blog ou une vidéo contraires aux opinions gouvernementales peuvent pour leurs auteurs avoir des conséquences désastreuses. En octobre 2021, l’activiste Ivonne Idamange a été condamnée à 15 ans de prison pour avoir critiqué le gouvernement sur sa chaîne YouTube.

Les exactions, les menaces et les détentions arbitraires réservées à quiconque critiquerait le régime de Paul Kagame – des menaces qu’ont justement fui les demandeurs d’asile dans leur pays respectifs – sont régulièrement dénoncées par les ONG.

Selon Lewis Mudge, directeur Afrique centrale pour Human Rights Watch, « des informations crédibles attestent que des agents rwandais ont mené des assassinats d’opposants rwandais à l’étranger », écrit-il sur le site de l’ONG. Et d’après lui, « de nombreux ressortissants du pays », pourtant installés ailleurs, « vivent dans la peur » des représailles du régime. Y compris à l’extérieur des frontières africaines, « en Europe, au Canada, ou en Australie ».

Un ancien militaire rwandais réfugié en Ouganda a été retrouvé mort, décapité, près de la capitale ougandaise, Kampala, a annoncé lundi 19 octobre 2026 la police du pays.

L’Ouganda et l’Ouzbékistan aussi pressentis

Ces cinq pays européens ne sont pas les premiers à s’intéresser au Rwanda. Le Royaume-Uni avait annoncé en 2022 son intention d’y ouvrir un centre. Mais le projet avait finalement été abandonné par le gouvernement de Keir Starmer, en raison d’obstacles judiciaires.

Sous la présidence de Donald Trump, les Etats-Unis ont eux intensifié leurs efforts pour expulser des étrangers qui ne peuvent légalement être renvoyés dans leur pays, en proposant de les envoyer dans des pays comme l’Ouganda, le Salvador et le Rwanda.

L’Ouganda et l’Ouzbékistan figurent également parmi les pays susceptibles d’accueillir, à terme, un de ces « hubs retour » voulus par l’UE.

 

 

 

Source : Info Migrants (France)

 

 

 

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