France – Paul Barril, ancien gendarme de l’Elysée devenu sulfureux mercenaire, est mort

Ancien numéro un du GIGN, il avait par ailleurs assuré la sécurité privée de plusieurs chefs d’Etat africains. Au cœur de la « Françafrique », il joua un rôle complexe pendant le génocide des Tutsi au Rwanda. Il s’est éteint à l’âge de 80 ans, a-t-on appris mercredi.

  – A l’intérieur d’une mallette qu’il conservait toujours avec lui, il assurait qu’il y avait « de quoi faire sauter la République ». Que contenait vraiment cet attaché-case ? Paul Barril fanfaronnait souvent, mais, sur le mystérieux contenu de ces documents, on pouvait peut-être le croire. Au milieu des années 1990, cet ancien gendarme de l’Elysée reconverti en mercenaire assurait la sécurité privée de plusieurs chefs d’Etat africains. Il était au cœur de la « Françafrique », ce système postcolonial mêlant diplomatie secrète, contrats juteux et barbouzeries. Atteint depuis le début des années 2010 de la maladie de Parkinson, Paul Barril est mort mardi soir à l’âge de 80 ans, a-t-on appris mercredi auprès du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN).

Fils et petit-fils de gendarmes, Paul Barril, né le 13 avril 1946 à Vinay (Isère), a toujours connu la vie des casernes et l’ambiance virile qui y règne. Montagnard aguerri et nageur de haut niveau, il excelle aussi dans les sports de combat lorsque, après son bac, il intègre l’Ecole des officiers de la gendarmerie nationale. Il sort major de sa promotion en 1975 et choisit comme première affectation un détachement de gendarmerie de Berlin.

L’une de ses missions est de garder le « plus vieux et le plus coûteux » prisonnier du monde : Rudolf Hess. L’indéfectible compagnon de Hitler est alors incarcéré à la prison de Spandau, dans l’ouest de la capitale allemande. « J’ai regardé pendant des heures, mois après mois, ce personnage au regard étrange, aux cheveux très blancs, aux épais sourcils », écrit Paul Barril dans Missions très spéciales (Presses de la Cité, 1984), l’une de ses nombreuses autobiographies. « J’avais 21 ans et j’étais seulement un gosse affectueux, désolé de voir cet homme errer dans cette immense et sinistre prison. » Paul Barril imagine alors un plan pour faire évader Rudolf Hess, condamné à perpétuité pour « crimes contre la paix » par le Tribunal de Nuremberg. Il suffirait d’« un uniforme d’officier supérieur français », puis de « neutraliser avec des gaz les gendarmes endormis… », échafaude-t-il. Ce qui motive Barril, c’est la gloire qu’il pourrait en tirer, le goût du défi, aussi. Sans en donner la raison, il abandonnera finalement son projet d’évasion de l’ancien chef nazi.

Son surnom : « un Mensonge par jour »

« Dangereux ! », voilà l’adjectif qui correspondait le mieux à Paul Barril, selon Christian Prouteau, son ancien ami, fondateur du GIGN. « Mais, en juillet 1976, lorsqu’il a déboulé dans mon bureau, j’ai vu arriver un officier courageux, volontaire et physiquement au top, raconte Prouteau. Paul était audacieux, ceinture noire de karaté et fier de nous rejoindre, comme il le disait avec son cheveu sur la langue qui lui donnait un côté enfantin… » Paul Barril est nommé second du commandant Prouteau. Au fil de ses interventions avec les forces d’élite, il devient « Popaul », un super-gendarme shooté à l’adrénaline. « Lors des prises d’otages, il voulait constamment en découdre tout seul, se souvient Christian Prouteau. Sa stratégie était toujours la même : “Je fonce et vous me couvrez !” Plusieurs fois, ça a failli mal tourner… Il avait aussi un côté mytho, mais on ne l’a pas remarqué tout de suite. »

Pourtant, dans les dîners en ville ou au mess des officiers, Paul Barril enjolive ses interventions et son parcours. Avec son regard bleu acier, l’athlétique capitaine aime épater la galerie. « J’ai participé à la reddition de 61 forcenés, neutralisé à mains nues 17 individus armés, libéré plus de 450 otages… », se vante celui qui va hériter dans les casernes d’un surnom taillé sur mesure : « un Mensonge par jour ».

En novembre 1979, quelques mois après une méningite « qui lui laisse des séquelles psychologiques », selon Prouteau, Paul Barril participe à la libération de 130 otages retenus par des fondamentalistes islamistes dans une mosquée de La Mecque (Arabie saoudite). « Il a apporté un soutien tactique, mais il n’a eu aucun contact physique avec l’ennemi, contrairement à ce qu’il a raconté. Popaul a menti en disant partout qu’avant de pénétrer dans la mosquée il avait dû se convertir rapidement à l’islam, assure Christain Prouteau. Bien qu’il ait insisté pour l’obtenir, la Légion d’honneur lui a été refusée. » Le capitaine, qui rêvait d’accrocher la décoration au col de son veston comme son grand-père, blessé pendant la bataille de Verdun, va alors nourrir une forme de rancœur contre les autorités politiques et la hiérarchie militaire. Quelques mois plus tard, des tensions apparaissent avec ses supérieurs. A l’arrivée de la gauche au pouvoir, en mai 1981, l’homme de droite, proche des réseaux Pasqua, dérange. Paul Barril se retrouve alors mêlé à une sombre affaire de trafic d’armes entre la Belgique et la France, mais aucune poursuite n’est engagée contre lui.

En 1982, François de Grossouvre, conseiller spécial de François Mitterrand, demande à Christian Prouteau d’assurer la sécurité du chef de l’Etat. Le commandant du GIGN crée alors le groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) et fonde à l’Elysée une cellule antiterroriste au moment où la France est frappée par une série d’attentats. Paul Barril, qui prend la place de numéro un du GIGN, l’accompagne dans cette mission au cœur même du pouvoir français. Entre les deux hommes, les liens sont alors puissants. « Pour Paul, mon ami, mon frère, avec lequel j’ai parcouru dans la sueur, le sang, la peine, la joie, dix ans qui ont marqué ma vie et l’histoire de la gendarmerie », écrit, à cette époque, le commandant Prouteau sur une photo qu’il dédicace à Barril. Mais plusieurs affaires sensibles vont faire voler en éclats leur amitié.

On retrouve le capitaine Barril dans deux scandales qui ont sérieusement terni le premier septennat de François Mitterrand. En août 1982, trois nationalistes irlandais sont interpellés dans leur appartement de Vincennes (Val-de-Marne) lors d’une opération menée par Paul Barril. Des armes sont retrouvées sur place, mais la perquisition est entachée de nombreuses irrégularités. Selon l’instruction, le gendarme de l’Elysée a lui-même apporté sur place des fusils et des explosifs afin de prouver que les nationalistes irlandais préparaient un attentat sur le territoire français. L’affaire des Irlandais de Vincennes devient celle des gendarmes et, en premier lieu, du capitaine Barril, mis en examen pour « atteinte à la liberté individuelle ».

Il y a deux choses que Barril n’a jamais prononcées publiquement : des aveux et des remords. En 2000, sur le plateau de Thierry Ardisson, il reste ambigu sur son rôle dans le complot visant à fabriquer des preuves contre les nationalistes irlandais : « Si je devais refaire cette opération, je referais la même. J’ai empêché que le sang coule en France… Mais je ne reconnais rien [sur le fait d’avoir apporté des armes]. Jamais ! » En 2002, la chambre d’instruction de la cour d’appel de Versailles annule l’ensemble de la procédure pour vice de forme. Paul Barril échappe ainsi à toute poursuite dans l’affaire, à l’exception d’un procès en diffamation perdu contre Le Monde.

Son nom revient dans un autre dossier sombre de la Mitterrandie, celui des écoutes de l’Elysée. Ces dernières sont orchestrées par la cellule antiterroriste qui, en dehors de tout cadre légal, cherche à étouffer certaines affaires compromettantes pour le pouvoir, mais également à préserver l’anonymat de Mazarine Pingeot, la fille cachée du président Mitterrand. Les premières écoutes se mettent en place dès 1983. Des avocats, des écrivains comme Jean-Edern Hallier, des journalistes ou des actrices, telles que Carole Bouquet… près de 150 personnalités sont placées sur écoute, pour des raisons souvent obscures, jusqu’en 1986.

Reçu régulièrement à l’Elysée

Après des révélations parues dans la presse, une information judiciaire est ouverte, en mars 1993, et vise notamment le capitaine Paul Barril, à la fois prévenu et victime. Accusé d’avoir permis la publication de seize comptes rendus de conversations d’Edwy Plenel, journaliste au Monde, et d’avoir fait parvenir au juge d’instruction des disquettes contenant plus de 5 000 pages d’écoutes, il est poursuivi pour « recel de fichiers informatiques ». Mais Paul Barril attaque aussi ses anciens amis qui l’ont écouté discrètement.

Lire la suite

et

 

 

Source :

 

 

Diffusion partielle ou totale interdite sans la mention : Source www.kassataya.com

↑
Quitter la version mobile